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ART MILITAIRE

Les Institutions militaires et les différences de race (1).

Quand on cherche la solution d'un problème quelconque, il est naturel de commencer par jeter les yeux autour de soi, de se demander si ce mCme problème n'a pas été déjà abordé par d'autres et comment ils l'ont résolu.

C'est là tout simplement mettre à profit l'expérience du passé; pratique éminemment rationnelle, que ce passé soit le nôtre ou celui du voisin.

Il est même des cas où cette façon de procéder est impérieusement commandée.

C'est lorsqu'il s'agit de questions dont la solution, dans chaque pays, peut Otre influencée par celle-là même que lui auront donnée les autres nations.

Tel est précisément le cas pour les institutions militaires.

Un peuple ne saurait, sans une grave imprudence, se permettre de déterminer les siennes d'une façon indépendante et sans autrement se préoccuper de celles des autres peuples, ses rivaux, ses ennemis peut-être.

Il y a sous ce rapport, entre les institutions politiques elles institutions militaires, une différence capitale et que trop souvent on perd de vue.

Les premières sont, par leur nature même, essentiellement intérieures au pays, si je puis ainsi dire.

Leur fonctionnement n'intéresse directement que les nationaux et les étrangers qui viennent, à demeure ou temporairement, résider sur le même territoire.

Pourvu qu'à ces derniers la sécurité pour leurs personnes et pour leurs biens soit garantie, pourvu que la régularité des relations internationales soit assurée, deux ou plusieurs nations peuvent vivre en parfait accord les unes avec les autres, bien que soumises à des régimes politiques entièrement différents. — 11 n'est pas difficile d'en trouver des exemples.

Pour les institutions militaires il en est tout autrement.

Leur principale, et l'on peut même dire leur seule raison d'êlre, c'est la possibilité prévue et admise, d'une lutte violente entre chaque nation et une ou plusieurs de celles qui l'environnent.

C'est seulement quand l'une de ces luttes éclate, que les

(1) Voyez dans la Revue scientifique, n° 12, 1883. L'opinion publique

et les institutions militaires.

institutions militaires des pays engagés entrent pleinement en jeu et y entrent précisément pour se mettre en opposition mutuelle, pour se mesurer les unes avec les autres.

D'où cette conséquence qu'il ne saurait y avoir entre les institutions militaires des différents peuples la même indépendance qu'entre leurs institutions politiques respectives.

A ces dernières on ne doit demander que d'assurer, dans les meilleures conditions possibles, la prospérité et le développement économique de la contrée qu'elles régissent.

Aux premières au contraire il faut demander avant tout de fournir à cette contrée des moyens de défense et aussi d'attaque, autant, et si possible plus puissants que ceux auxquels elle pourra se heurter, ou qui pourront être dirigés contre elle.

D'où cette autre conséquence qu'il n'existe pas nécessairement entre les institutions politiques et les institutions militaires d'un même pays la dépendance étroite que certains esprits ont affirmée; que le seul fait d'être organisée en république, par exemple, ne justifierait nullement l'abandon, par une nation, d'institutions militaires établies sous le régime monarchique, ou son refus d'accepter celles qu'une nation voisine, pratiquant cette dernière forme de gouvernement, aurait adoptées.

11 n'y a donc pas de raison pour qu'un peuple modifie plus ou moins profondément ses institutions militaires, sous l'unique prétexte qu'il a cru devoir changer la forme de son gouvernement.

Et inversement les modifications apportées à l'organisation gouvernementale ne doivent pas nécessairement se répercuter sur l'organisation militaire.

Sans doute l'armée d'une république sera une armée républicaine; l'armée d'une monarchie sera uni' armée monarchique. On aura d'une part des citoyens qui seront uniquement au service de leur pays ; de l'autre des sujets qui se considéreront avant tout comme les serviteurs d'un homme. Les idées morales qui régneront dans ces deux armées pourront et devront même différer profondément. Mais il n'y a nulle raison pour que leur constitution soit diverse, pour que les principes fondamentaux de leur organisation ne soient pas les mêmes.

Tout comme seront fort analogues, sinon fout à fait semblables, les armes et les méthodes de combat qu'elles emploieront quand elles se Irouveronf en présence sur le champ de bataille.

Une autre conséquence encore de la différence d'objet entre les institutions politiques et les institutions militaires, c'est que celles-ci doivent être infiniment plus mobiles, plus variables que les autres; elles doivent surtout éprouver d<" modifications plus brusques et plus profondes.

Napoléon 1" a dit qu^une armée doit changer de tactique tous les dix ans.

Cet aphorisme, qui naturellement ne doit pas être pris au pied de la lettre, signifie tout simplement que, d'une façon générale, une nation doit fréquemment modifier ses moyens

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