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LES INSTITUTIONS MILITAIRES ET LES DIFFERENCES DE RACE

d'attaque et de défense, en les perfectionnant; autant que possible à l'insu des nations rivales ou du moins avant elles, de façon à se donner, par la supériorité de son outillage à un point de vue ou à un autre, une garantie de succès de plus dans une guerre éventuelle.

Pour satisfaire à cette condition, il est indispensable que chaque peuple travaille constamment et sans relâche à accroître ses forces militaires, aussi bien comme étendue que comme qualité ; que sans cesse il soit à l'affût des progrès réalisés, ou sur le point de l'être, par ses rivaux, afin de ne pas se laisser distancer dans cette concurrence impitoyable, et même de devancer les autres autant qu'il le pourra.

Rien de semblable dans les institutions politiques dont le caractère essentiel est ou doit être la stabilité. Stabilité qui n'exclut ni le progrès ni les réformes, mais qui n'admet qu'un progrès relativement lent, méthodique et continu, que des réformes mûries et sagement étudiées, simple consécration légale des changements qui se produisent peu à peu dans les mœurs et les aspirations d'un grand peuple.

Or très souvent ces mœurs et ces aspirations diffèrent considérablement d'un pays à l'autre, même quand ces pays sont géographiquement voisins.

Par suite, des différences profondes peuvent naître et persister entre leurs institutions politiques respectives, tandis que l'influence mutuelle des institutions militaires les unes sur les autres doit tendre à amener, sinon leur identité, au moins leur similitude sur les points essentiels.

Existerait-il donc d'autres raisons, d'autres causes qui, agissant en sens contraire, tendraient à produire un résultat opposé, c'est-à-dire à empêcher le rapprochement et l'assimilalion entre les institutions militaires de peuples rivaux?

Bien des personnes le pensent ou du moins l'affirment; puis elles partent de là pour combattre et condamner tout emprunt fait par une nation à l'organisation militaire des nations voisines.

Manière de voir que partagent volontiers les partisans, toujours nombreux, du statu quo et de la routine, et qui, l'amourpropre national aidant, n'arrive que trop facilement à prévaloir.

Aussi n'a-t-elle que trop longtemps prévalu en France, et nous savons ce qu'elle y a produit.

Nos défaites sont dues pour une bonne part à la persistance que nous avons mise à rejeter, presque toujours sans élude préalable, les modifications introduites par nos voisins dans leur organisation militaire, dans leur matériel de guerre, dans leurs moyens d'attaque ou de défense.

Nous ignorions, nous voulions ignorer l'étranger, sur ce point comme sur bien d'autres. Et pour justifier cette ignorance, ce dédain de ce qui se faisait en dehors de chez nous, nous mettions en avant l'impossibilité d'en tirer parti, de l'appliquer à notre nation, par suite de la différence des mœurs, des habitudes, des institutions politiques et, pour

tout dire en un mot, aussi commode que vague, de la différence de « race ».

Qu'il s'agît d'armement, de tactique ou d'organisation militaire, cette singulière formule répondait à tout.

C'est avec elle qu'on écartait les novateurs gênants qui, dès longtemps avant Sadowa, conseillaient l'adoption des armes à tir rapide adoptées par les Prussiens depuis 1841 ; le tempérament allemand, disait-on, pouvait s'en accommoder peut-être; mais c'eût été chose impossible pour le tempérament français.

Et la question se trouvait de la sorte enterrée, chose infiniment plus simple que de l'étudier.

C'est par le même procédé encore qu'on se justifiait de ne point prêter l'oreille auxavertissementsde certains alarmistes comme le colonel Stoffel.

En vain notre attaché militaire à Berlin s'efforçait de nous montrer sous son véritable jour cette organisation militaire prussienne que nul Français peut-être avant lui n'avait sérieusement étudiée, qu'il découvrait en quelque sorte, et devant la redoutable puissance de laquelle il restait confondu: ses dépêches allaient s'entasser dans les cartons du ministère sans qu'on en crût devoir ou pouvoir tirer aucun profit. A quoi bon tant se préoccuper des institutions militaires d'un peuple dont la « race » et les « mœurs » différaient tellement des nôtres, et dont par conséquent nous ne pouvions songer à copier, en tout ou en partie, l'organisation militaire ?

Si bien que nous laissâmes aller ainsi les choses jusqu'à ce que les catastrophes de 1870 nous eussent permis d'éprouver matériellement la puissance de l'organisation militaire allemande; comme le coup de tonnerre de 1866 nous avait révélé la puissance des armes à chargement par la culasse que nous avions méconnue pendant vingt-cinq ans.

Et pour n'avoir pas voulu introduire de réformes dans notre organisation militaire, nous y dûmes subir une révolution; — fait si fréquent chez nous dans le domaine politique. — Nous acceptâmes sans examen et par acclamation des principes d'organisation militaire que, la veille encore, nous repoussions à priori comme absolument incompatibles avec nos « habitudes », nos « mœurs », notre « tempérament », notre « race », etc.

11 était à craindre qu'un revirement si brusque ne fût suivi, comme c'est trop souvent le cas, d'un autre non moins prompt en sens contraire. C'est en effet ce qui a eu lieu, et déjà l'on en peut signaler de nombreux symptômes qui vont s'accentuant chaque jour.

Qui donc, parmi ceux qui s'occupent de ces questions, n'a rencontré souvent, aussi bien dans la presse militaire que dans les journaux politiques, des articles de critique et de discussion tendant à prouver que nous avions copié beaucoup Irop servilement les institutions militaires allemandes, qu'elles étaient incompatibles avec nos « mœurs», notre « caractère », notre « organisation civile, politique, sociale », etc.?

Dernièrement un journal militaire présentait les mêmes conclusions sous une forme inverse. Après y avoir fait

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