I. — PARTIE FRANÇAISE
Signalons tout d'abord un document qui, pour n'être pas officiel, n'eu a pas moins une très grande valeur. C'est le rapport, par l'organe de M. le docteur Th. Roussel, de la commission chargée d'examiner une proposition d'initiative parlementaire et un projet ministériel de loi relatifs à la protection de l'enfance. A ce rapport sont joints les résultats d'une enquête ouverte par le ministre de l'intérieur sur les établissements charitables, tant laïques que congrèganistes, consacrés en France à l'enfance malheureuse. Nous emprunterons à ces deux documents les renseignements statistiques suivants.
Le nombre des enfants recueillis par l'Assistance publique proprement dite s'élevait au 31 décembre 1877, à 116 2G7 dont 72 952 de 1 jour à 12 ans, et 43 315 de 12 à 21 ans. Le premier de ces deux chiffres se décomposait comme suit : enfants secourus temporairement (pendant la maladie, l'absence ou l'incarcération des parents), 30 211; — élèves des hospices au-dessous de 12 ans (enfants trouvés, abandonnés ou orphelins), 42 740. L'enquête préfectorale, prescrite, sur la demande de la commission, parle minisire de l'intérieur en 1881-82 constate l'existence de 210 établissements publics de charité, se consacrant à la garde ou à l'éducation de l'enfance, et de 713 œuvres de charité privée fondées dans le même but. Sur ce dernier nombre, 100 seulement sont laïques et 613 congrèganistes. Des œuvres laïques, 33 sont consacrées aux garçons et 67 aux filles; des œuvres congrèganistes, 34 aux garçons, 516 aux filles. Ces œuvres sont
REVUE DE SÏATlS'lIQUE.
très inégalement distribuées sur le territoire. Si l'on en comple, par exemple, dans la Seine, 163 secourant près de 13 000 mineurs, on n'en trouve dans la Vendée que 2, recueillant à peine 56 enfants. Sur 11H maisons ouvertes à l'enfance dont l'enquête a constaté la situation légale, 103 seulement sont reconnues d'utilité publique; 292 ont été assez (?) régulièrement autorisées.
Le bureau de statistique du minislère des finances a publié (n° Je janvier dernier) un travail considérable des agents extérieurs de ce ministère; c'est l'évaluation, en exécution d'une disposition de la loi de finances de 1879, du revenu foncier des propriétés non bâties. Disons d'abord que, d'après le cadastre (document fort ancien, comme on sait), les contenances imposables avaient, avec une superficie de 50 035159 hectares, un revenu dit cadastral (inférieurd'environun tiers au revenu réel) de 805 035 008 francs. Les nouvelles évaluations n'ont pas touché naturellement aux contenances cadastrales, qui ont été déterminées avec une exactitude suffisante; elles ont donc porté seulement sur le revenu; or le revenu net imposable (déduction faite, croyons-nous, des frais ou charges de l'exploitation) était, en 1880-81, de 2 645 505 565 francs ou de 52 fr. 89 par hectare et la valeur vénale de 91 583 966 075 francs ou de 1830 fr.39 par hectare. Le rapport du revenu net imposable à la valeur vénale, ou, en d'autres termes, l'intérêt du capital représentant celte valeur est de 2,89 pour 100. Ainsi la culture du sol ne produirait pas tout à fait 3 pour 100 net. Il va sans dire que ce revenu n'est qu'une moyenne et qu'il varie suivant la nature des cultures. Ainsi il est de 3,62 pour les terrains de qualité supérieure; de 2,58 pour les terres labourables; de 3,26 pour les prés et les herbages; de 4,38 pour les vignes; 3,02 pour les bois; de 3,32 pour les cultures dites diverses.
Un document officiel vient de faire connaître la diminution du produit de la vigne depuis l'invasion du phylloxéra. Aujourd'hui (5 avril 1883), il exerce ses ravages dans 51 départements, et il n'existe plus en culture que 1995 290 hectares, voués à une destruction plus ou moins complète et prochaine, sur 2 415 986 avant la maladie. Ainsi 763 799 bectares de vignes ont entièrement disparu. A 2000 francs seulement par hectare — chiffre très inférieur à la réalité — c'est une perte de 1 527 598 000 francs.
Les propriétaires opposent certainement la plus vive résistance à la marche du fléau; mais les résultats sont encore de peu d'importance. En effet, 32 697 hectares seulement ont été traités, avec un succès plus ou moins complet, dans 50 départements, par les procédés divers que la science a indiqués (submersion, sulfure de carbone et sulfo-carbonates), et des cépages américains n'ont été plantés que dans 22.
Nous avons rendu un comple sommaire, beaucoup trop sommaire peut-être, du très intéressant Rapport sur la criminalité en France de 1826 à 1880. Nous y revenons pour, signaler une curieuse statistique des morts accidentelles parvenues à la connaissance de l'autorité judiciaire dans ces
54 années. En divisant ces années en il périodes quinquennales, nous obtenons les moyennes annuelles ci après :
Morts Pèr accidentelles.
L846-60 s. mu
ÎXM-Oo 9,124
1*50-00 10 -JJS
1871-75 12,1 tri
Ainsi, de 1826-30 à 1876-80, l'accroi.' sèment absolu des morts accidentelles a été de 8,420, et relatif de 176 pour 100, quand, dans le même intervalle, celui de la population n'a pas dépassé 18 pour 100.
La distinction des sexes n'est donnée qu'à partir de 1856, soit pour cinq périodes quinquennales. Nous allons voir que les femmes participent aussi à l'accroissement des accidents :
Périodes. Hommes. Ftmmes.
lsr.G 60 8,385 1,303
Pour les hommes, l'accroissement a été, d'une période à l'autre, de 2334 ou de 27,8 pour 100, et, pour les femmes, de 579 ou de 30 pour 100. Sur un total, dans ces cinq périodes, de 60 804 accidents mortels, sans distinction de sexe, 10 823 ou 17,8 pour 100 ont atteint des femmes et 19981 ou 82,2 pour 100 des hommes. Les accroissements que nous venons de relever pour les femmes s'expliquent probablement par leur part de plus en plus adive aux travaux de la grande industrie.
.La détermination des principales causes des accidents appelle l'attention. Ainsi les décès par immersion (asphyxie dans l'eau) se sont accrus presque sans interruption de 1836-40 (moyenne annuelle, 2,887) à 1876-80 (4,130). C'est une augmentation de 43 pour 100, due probablement au progrès des transports sur la voie fluviale et maritime. Peut-être aussi l'autorité locale a-t-elle compris dans cette catégorie des suicides non exactement constatés comme tels.
Les accidents sur les chemins de fer ont naturellement suivi le développement du réseeu ferré : 25 en 1841-45 et 360 en 1876-80. N'oublions pas qu'il s'agit ici de moyennes annuelles.
Une cause analogue, c'est-à-dire le progrès industriel, a produit le même effet. Ainsi le nombre des accidents mortels par des explosions de chaudières à vapeur a monté, de 9 en 1841-45, à 87 en 1876-80. Il doit en avoir été de même des accidents dans les mines et les houillères, que ne