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M. RODWELL. — LAVOISIER ET LA SCIENCE MODERNE

En d'autres termes, c'est lorsque le corps a atteint la température de combustion. Chaque corps a une température spéciale de combustion. Le phosphore brûle à 92° F. (33° C.) Le soufre à 482° F. (250° C.) et ainsi des autres.

« 3° Cette action de dissolution produit ou engendre une très grande chaleur, c'est ce que nous nommons jeu.

« h" Cette action a une si grande violence; elle est si complète, elle agite si rapidement les plus petites molécules de la matière combustible qu'elle produit l'action de lumière dans le milieu diaphane de l'air. »

Par cela Hooke entend dire probablement que la lumière est une l'orme intensifiée de chaleur, qu'elle peut être produite de la môme manière et qu'on peut l'assimiler à un mouvement très rapide.

« 5° La dissolution des corps sulfureux est faite par une substance inhérente à l'air, se rapprochant de celle que l'on trouve dans le salpêtre, peut-être même tout à l'ait semblable. »

On savait déjà à une époque fort ancienne que le l'eu ne peut pas brûler sans air; on avait déclaré que « l'air nourrit le feu », que « l'air est la base du feu ». L'effet d'un courant d'air dirigé sous un brasier était trop évident pour passer inaperçu. Lors de la découverte du nitre, corps qui a toujours eu une grande importance en chimie, on remarqua tout de suite que sa présence dans un corps combustible en ignilion amenait une déflagration, et qu'une poignée de nitre jetée sur des charbons produisait à peu près le même effet que le courant d'air d'un soufflet de forge. D'où cette idée que d'une façon ou d'une autre, il y avait une relation entre le nitre et l'air. Boyle parle de la présence dans l'air d'un nitre volatil ; Clark attribue le tonnerre et les éclairs à la présence du nitre dans l'air; Gassendi croit que des molécules de nitre existent dans l'atmosphère; Priestley, obtenant l'oxygène en 1774 et trouvant qu'il supporte mieux la combustion que l'air atmosphérique, en conclut que le mercure calciné employé a tiré de l'atmosphère quelque chose du nitre et que c'est simplement de l'air atmosphérique chargé de corpuscules nitreux. Un siècle auparavant, Lemery avait dit que le nitre contenait des corpuscules ignés; Hooke dans sa cinquième proposition avait indiqué nettement le rapport entre l'air et le nitre : d'après lui, il était facile de prouver que la combustion est produite par ce constituant de l'air que l'on trouve fixé dans le salpêtre ; malheureusement, il ne fait pas mention d'expériences. Nous savons aujourd'hui que le nitre renferme, en réalité, une substance qui n'est autre que l'oxygène découvert cent ans plus lard, substance qui fait de l'air le dissolvant des corps combustibles. 11 est probable que le rapport entre l'air et le nitre a été connu par l'observation de la poudre brûlant dans le vide, phénomène qui n'avait pas échappé à Hooke et à ses contemporains. Si les corps combustibles qui composent la poudre, le carbone et le soufre, brûlent dans un milieu dépourvu d'air, grâce au nitre qui entre dans leur mélange, la seule conclusion à en tirer est que le nitre contient cet élément de l'air nécessaire à la combustion.

« 10° Les parties dissolvantes de l'air sont peu nom-

breuses le salpêtre est un mcnstruum (dissolvant univer-

Bi i loi qu'il est en fusion ou chauffé au rouge ; l'action se produit alors sur toutes les molécules; une petite quantité sera suffisante pour dissoudre une masse considérable de soufre, et la dissolution sera très rapide et très violente. »

Hooke avait été probablement amené à cette conclusion en observant qu'un morceau de charbon chauffé au rouge et jeté dans du nitre en fusion brûle avec une intensité beaucoup plus grande qu'à l'air libre. Il fait aussi la remarque que si l'on dirige un courant d'air rapide sur un morceau de charbon en fusion, ce dernier brûlera comme si on l'avait jeté dans du nilre.

« 12" Il semble raisonnable de croire qu'il n'y a pas d'éléments de feu Le phénomène brillant nommé flamme

n'est qu'un mélange d'air avec les parties volatiles et sulfureuses des corps dissolublesou combustibles. »

Cette théorie avait été préparée plusieurs années avant d'èlre publiée ou appuyée par des expériences. Hooke déclare qu'il a eu le temps seulement d'émettre une hypothèse.

« Si Dieu m'en donne le temps et les moyens, dit-il, je pourrai la poursuivre, l'améliorer et la publier. »

Malheureusement pour la science, il ne le fit pas; mais un jeune médecin d'Oxford nommé John Mayow (1645 1679) publia un travail resté inconnu comme celui de Hooke et qui a pour titre : Observai ions sur la citait. c.

Mayow, lors de son séjour à Oxford, aida probablement Hooke dans les expériences que fit ce dernier pour arriver à la confirmation de sa théorie. Les expériences de Mayow ont été publiées dans un traité qui a pour titre : Traclalus quinque medico-phijsici : quorum primus ai/il de sul nilro el spirilu nitro aereo, secundus de respirations, Oxonii, 1674. Cet ouvrage est important à plus d'un point de vue dans l'histoire de la science. Pour le sujet que nous traitons, non seulement il indique la théorie de la combustion de Lavoisier en termes plus explicites que les propositions de Hooke, mais les expériences qu'il contient servent aussi de base à la chimie pneumatique, c'est-à-dire à la chimie des gaz, qui fit l'objet des études spéciales de Scheele, de Priestley, de Cavendish et de Lavoisier, un siècle plus tard. Nous ne savons pas si Lavoisier a connu cet ouvrage, mais Haies cite souvent Mayow et appuie ses propres expériences et ses procédés d'opération en grande partie sur ceux de Mayow. Priestley devait aussi agir de même avec les expériences de Haies. De fait, il est difficile de trouver une originalité de manipulation dans les expériences de ces différents savants.

Mayow désigne les parties dissolvantes de l'air dont parlait Hooke sous les noms d'air nitreux. air de [eu, esprit miroaérien. Un siècle plus tard, Scheele, lorsqu'il découvrit l'oxygène, lui donnait aussi le nom d'air de feu.

L'air n'est composé qu'en partie de cet élément, car une bougie qui brûle en vase clos ne consume qu'une partie de l'air. L'air nitreux est contenu en grandes proportions dans le nitre, car les combustibles mélangés au nitre brûlent sous l'eau et dans le vide. L'air nitreux ne brûle pas seul. Le nitre ne contient pas de corps combustibles, car si

M. RODWELL.

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