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LAVOISIER. ET LA SCIENCE MODERNE

on le fait chauffer au rouge dans un creuset, l'ignition n'aura lieu que lorsqu'on y aura ajouté un combustible.

Tous les acides contiennent du nitre. Le vin devient aigre lorsqu'il l'absorbe et s'unit à lui. C'est le nitre qui amène aussi la fermentation et la putréfaction; c'est pour cela que les corps recouverts d'une couche d'huile ne se putréfient pas. L'accroissement de poids des métauv pendant leur calcination, du plomb et de l'antimoine, par exemple, chauffés à l'air libre, est dû à l'absorption de l'air nitreux. La chaux d'antimoine est le métal qui contient le plus d'air nitreux. En effet, une substance absolument identique avec la chaux d'antimoine peut être obtenue en mélangeant le métal avec de l'acide nitrique et en évaporant jusqu'à dessiccation.

Mayow prouva que la combustion et la respiration diminuent la quantité d'air. Il devança complètement la théorie de la respiration de Lavoisier en démontrant que l'air nilreux (plus tard air vital ou oxygène) intervient seul dans le phénomène. Les poumons consistent dans une quantité de petits tissus creux au travers desquels passe l'air nitreux; celui-ci est absorbé par le sang, il s'unit à ses parties combustibles et produit la chaleur animale.

Ainsi, avant l'année 1G75, Mayow établissait clairement l'analogie qui existe entre la combustion et la respiration. D'après lui, l'air n'est pas un élément ; il est composé d'une première substance activant la vie et la combustion, principe de l'acidité, cause de la fermentation et de la putréfaction et d'un poids plus lourd que l'air ordinaire, et d'une autre substance incapable d'entretenir la vie et la combustion et plus légère que l'air atmosphérique.

Mayow mourut à trente-quatre ans; s'il eût vécu assez longtemps pour développer ses vues, pour donner à ses théories l'appui d'expériences plus complètes, si son ouvrage eût été connu dans le monde de la science, toute la chimie aurait été changée et la plupart des découvertes du xviii8 siècle auraient été faites pendant le xvne. La théorie du phlogistique n'aurait jamais pris naissance et tout ce vasle édifice de la fausse science que Lavoisier renversa n'aurait jamais été construit. Si cela devait signifier que les admirables expériences de Lavoisier n'auraient jamais été faites, que sa puissance lumineuse de raisonnement, ses merveilleuses applications à la science des méthodes mathématiques et logiques auraient été perdues pour le monde, les choses sont bien telles qu'elles sont; mais si l'on suppose que Lavoisier eût dirigé son intelligence vers d'autres sujets, pour le plus grand bien de la civilisation et des connaissances humaines, alors nous pouvons regretter que l'œuvre de Mayow n'ait pas été mieux connue et mieux comprise.

Quelques années avant la publication des Tractatas quinque, Joachim Bêcher avait fait paraître son ouvrage Physica subterranea (1669), dans lequel nous trouvons les germes d'une théorie qui devait dominer la science pendant plus d'un siècle. Nous voulons parler de la célèbre théorie du Phlogistique, qui attribuait les diverses opérations de changement chimique à l'absorplion ou au dégagement d'une malcrin aut principium ignis, non ipse ignis, d'un principe de feu, qui n'était pas le feu actuel et visible, mais quelque chose

d'analogue au pur élément de feu dont nous avons déjà purlé. D'après Bêcher, les éléments étaient une forme modifiée du sel, du soufre et du mercure de ses devanciers. Le sel, principe de solidité, devenait la terre vitrijiable ; le mercure, principe de volatilité, la terre mercuriellè ; le soufre, principe de combustibilité, la terre inflammable. Il donne indifféremment à cette dernière les noms de sulphur aduslibile, sulphur ardens et de sulphur (pXofiaTov (1).

Bêcher considérait ce principe inflammable comme une chaleur innée. Il n'employait le mot (fXc-jiorov que comme adjectif; son élève et successeur Stahl (1660-1734) en fit un substantif et l'employa dans le sens de materia ignis, celle malière diffuse de chaleur dont les anciens chimistes avaient si souvent parlé. Il lui attribua encore quelques propriétés qu'il avait empruntées à Descartes. De fait, la chimie phlogistique était la chimie cartésienne, le œX^aTov était le feu pur des anciens, le soufre des chimistes, la materia cœlestis de Descaries, réunis en un seul et accomplissant des fonctions chimiques.

Stahl le définissait comme une substance invisible et subtile qui ne brûle pas, ne s'enflamme pas et peut pénétrer au travers des substances les plus denses. Il est agité d'un mouvement igné {igneo molu) et peut transmettre ce mouvement aux molécules de matières aptes à le recevoir. Certaines molécules de matière animées de ce mouvement constituent le feu visible. Le mouvement est gyralorius scu verlicellaris : il constitue la forma du feu; le phlogistique en est la materia.

La théorie est appliquée à la chimie de la manière suivante. Lorsqu'un corps brûle, il perd du phlogistique; lorsqu'il n'est pas brûlé, il s'assimile du phlogistique. Dans le langage de la chimie moderne, perte de phlogistique signifie combinaison avec l'oxygène et assimilation de phlogistique signifie désoxydalion.

Met-on du plomb en fusion en contact avec l'air pendant un certain temps, il se transforme en une substance poudreuse et grise, la lilhargc ou chaux de /ilomb d'autrefois, l'oxyde de plomb de nos jours. D'après Stahl, le plomb a perdu le phlogistique, la chaux est le vrai métal, moins le phlogistique. D'un autre côlé, si cette même chaux est mélangée à de la poudre de charbon, elle retournera à l'état de plomb, car le charbon lui a rendu le phlogistique. Le soufre est de l'acide sulfurique avec du phlogistique, donc le soufre sans phlogistique est de l'acide sulfurique.

On savait déjà qu'un métal devient plus lourd après sa calcination; on en déduisait, conformément à la théorie, que perte de phlogistique était synonyme d'augmentation de poids; comment expliquer cette contradiction ? Le phlogistique, disaient les partisans de la théorie, donne un poids négatif aux corps, il les rend plus légers, absolument comme des vessies attachées aux reins d'un nageur le font tlotter sur l'eau; c'est un principe de légèreté. Cette explication avait satisfait tout

(I) ^Xo^iaTov, ca grec, signifie ardent. C'est un adjectif dérivé du verbe yXo^i^to, j'enflamme. A rapprocher de pXsYo>, je brute, et de y\!>\, flamme.

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