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M. RODWELL. — LAVOIS1ER ET LA SCIENCE MODERNE

cette chaux à une température plus haute, elle se décomposait, et que le métal réapparaissait. Cela aurait dû suffire pour montrer la fausseté de l'explication proposée; mais les partisans du phlogistique n'indiquaient pas cette expérience dans leurs livres. Ils ne faisaient jamais usage de la halance.

Stahl affirme que la chaux de mercure ne pèse pas plus que le mercure qui l'a produile. Macquer, contemporain de Lavoisier et son collaborateur en plusieurs occasions, ne voulut jamais abandonner la théorie qui lui était chère, même en présence des faits les plus convaincants.

11 ne voulait pas admettre que la chaux de mercure fût une chaux véritable, et il décrit l'opération de la calcination du mercure sous ce titre : « Donner au mercure par l'action du feu l'apparence d'une chaux métallique. »

11 admettait bien qu'il pouvait revenir à l'état métallique sans la présence d'une substance contenant le phlogistique, comme le charbon, mais il affirmait que pendant sa longue calcination il ne perdait rien de ce phlogistique.

Tel était l'état de la question, lorsqu'en 1772 Lavoisier en entreprit l'étude. Pendant nombre d'années, son but fut de renverser la théorie du phlogistique. En 1772, il fit plusieurs expériences qui lui démontrèrent que l'augmentation de poids de certains métaux pendant leur calcination est due à la fixation de l'air. 11 ignorait les propositions de Hey et les conclusions de Mayovv et croyait à la nouveauté et à l'importance de sa découverte. En conséquence, il déposa sur le bureau de l'Académie des sciences, le 1" novembre 1772, la déclaration suivante :

« 11 y a environ huit jours que j'ai découvert que le soufre, eu brûlant, loin de perdre de son poids, en acquérait au contraire; ...il en est de même du phosphore; ...cette augmentation de poids vient d'une quantité prodigieuse d'air qui se fixe pendant la combustion et qui se combine avec les vapeurs.

« Cette découverte, que j'ai constatée par des expériences que je regarde comme décisives, m'a fait penser que ce qui s'observait dans la combustion du soufre et du phosphore pouvait bien avoir lieu à l'égard de tous les corps qui acquièrent du poids par la combustion et la calcination, et je me suis persuadé que l'augmentation de poids des chaux métalliques tenait à la même cause. L'expérience a complètement confirmé mes conjectures; j'ai l'ailla réduction de la litharge dans des vaisseaux fermés, avec l'appareil de Haies, et j'ai observé qu'il se dégageait, au moment du passage de la chaux en métal, une quantité considérable d'air et que cet air formait un volume mille fois plus grand que la quantité de litharge employée. Cette découverte me paraissant une des plus intéressantes de celles qui aient été faites depuis Stahl, j'ai cru devoir m'en assurer la propriété, en faisant le présent dépôt entre les mains du secrétaire de l'Académie, pour demeurer secret jusqu'au moment où je publierai mes expériences.

« A Paris, ce lr* novembre 1772. »

Lavoisier avait déjà commencé ses expériences sur l'augmentation de poids des substances que l'on brûle ou calcine. D'autres furent publiées dans les Opuscules, et cela antérieurement à 177Zi, car le rapport fait sur ce livre par la commis-

3e SÉRIE. — BKVDE SCIENTIPIOfE. — XXXI.

sion de l'Académie des sciences porte la date du 7 décembre 1773. Elles étaient relatées dans un mémoire ayant pour titre Sur la calcination de l'élain dans des vaisseaux fermes, et sur la cause de l'augmentation du poids qu'acquiert ce métal pendant celle opération. Ce mémoire fut lu à la rentrée publique de la Saint-Martin, 1774-

Dans ses expériences de 1773, Lavoisier prouvait que, si l'on calcine le plomb ou l'étain dans un vase clos placé sur l'eau, ou le mercure dans un verre allant au feu, le volume de l'air diminue de 1/20% et, en môme temps, le métal se trouve avoir augmenté de poids dans une proporlion à peu près égale à celle de l'air absorbé.

11 chercha alors à vérifier, par une analyse quantitative précise, si l'augmentation était due, comme l'avait avancé Boyle, à la pénétration de la matière du feu à travers le récipient, ou à quelque autre cause.

tl employa dans ses recherches une balance d'une extrême délicatesse. Un poids connu d'étain était introduit dans une cornue de poids et de capacité connus, qui fut hermétiquement fermée. Puis l'étain fut fondu, jusqu'à ce que la calcification cessât, dans la quantité d'air limitée de la cornue. Lorsqu'il pesa à nouveau le récipient et son contenu, il constata que le poids était resté le même. Ce résultat était la contradiction absolue de l'hypothèse de Boyle. Celui-ci, on s'en souvient, croyait à une augmentation de poids acquise par le métal pendant la calcination, et l'attribuait à l'absorption des corpuscules ignés qui avaient pénétré en traversant le verre. Or, si cette hypothèse était exacte, le poids du vase scellé hermétiquement et de son contenu aurait dû être plus considérable après l'opération.

La cornue fut ouverte et l'air y fit irruption. En la pesant à nouveau, on trouva qu'elle avait augmenté de poids. La pesée de l'étain calciné démontra qu'il avait gagné en poids une quantité exactement égale à celle de l'air qui était entré dans la cornue lorsqu'elle avait été ouverle.

Il devenait évident qu'une quantité d'air égale en poids à celle qui avait pénétré dans la cornue à la fin de l'opération s'était unie à l'étain, et que la chaux d'étain était un composé d'étain et d'air.

Lavoisier conclut d'expériences dont il n'a pas donné le détail que l'air est composé de deux gaz : l'un, qui s'unit avec l'étain, un peu plus lourd que l'air, l'autre un peu plus léger. Il termine en disant qu'il croit pouvoir conclure de ses expériences que, par la calcination, les métaux se combinent avec un seul des deux éléments de l'air; que l'autre élément, au contraire, ne se combine pas; il croit que l'air, loin d'être un corps simple, est fait de deux substances très différentes, et il ajoute :

« Le travail que j'ai entrepris sur la calcination et la revivification des chaux de mercure m'a singulièrement confirmé dans cette opinion. »

Il dit aussi qu'il a des raisons de croire qu'une partie seulement de l'air atmosphérique est respirable, et que c'est précisément cette partie qui se combine avec les méfaux pendant la calcination; celle qui subsiste après la calcination

M. RODWELL. — LAVUISIER ET LA SCIENCE MODERNE.

est une espèce de mofette, incapable d'entretenir la combustion et la respiration.

Lavoisier continua ses recherches et lut devant l'Académie, à la rentrée publique de Pâques 1775, un important mémoire dans lequel il discutait la nature du principe qui se combine avec les métaux pendant leur calcination et qui en augmente le poids (1).

Dans une note, il nous informe que les premières expériences qu'il a décrites dans son mémoire ont été faites un an auparavant, tandis que celles qui sont relatives au mercure précipité per se ont été tentées au verre ardent, dans le mois de novembre 177A, et refaites en mars 1775, en présence de MM. le duc de la Rochefoucauld, Trudaine, Macquer et Cadet.

11 débute en posant cette question : Existe-t-il plusieurs natures d'air, ou n'existe-t-il que des modifications de l'air atmosphérique ? Il avait d'abord regardé le gaz dégagé d'une chaux métallique, réduite par le charbon à l'état de métal, comme identique avec celui que dégageait le métal en se transformant en chaux, mais il admet dans ce mémoire que, suivant toute probabilité, le premier est une combinaison du charbon avec le gaz absorbé par le métal pendant la calcination. Pour en faire la preuve, il chercha à expérimenter avec une chaux qui fût réductible à l'état métallique sans charbon de bois. 11 essaya d'abord ses expériences avec plusieurs chaux de fer, mais n'en obtint pas de résultats satisfaisants. Il expérimenta alors avec le mercure précipite' per se, mercure chauffé à l'air libre jusqu'à transformation en poudre rouge. Au dire de plusieurs écrivains, dit-il, ce corps est une véritable chaux ; mais, pour s'en convaincre, il le réduisit à l'état métallique en le chauffant avec de la poudre de charbon, et découvrit que la substance produite était de l'air fixe, semblable à ce qu'il avait obtenu déjà en chauffant du plomb rouge avec du charbon de bois.

Il n'y avait donc pas de doute : le mercure précipite' per se était bien une chaux véritable.

Nous avons vu que Macquer, qui assista aux expériences de Lavoisier, qui fut son ami et quelquefois son collaborateur, n'admettait pas que la chaux de mercure fût une cIkiux véritable.

Il restait donc une seule question à élucider. Cette chaux dégageait-elle le môme air que toute autre chaux métallique réduite avec addition de charbon de bois?

La chaux de mercure fut chauffée dans une cornue pendant deux heures et demie, et l'on obtint 78 pouces cubes de gaz : Lavoisier observe avec beaucoup de surprise, pensant presque y trouver de l'air fixe :

1° Que le gaz est insoluble dans l'eau;

2° Qu'il ne précipite pas l'eau de chaux ;

3° Qu'il ne se combine pas avec les alcalis fixes ou volatils;

li° Qu'il ne diminue pas leur acidité caustique;

5° Qu'il peut servir encore à la calcination des métaux;

6° Enfin qu'il ne possède aucune des propriétés de l'air fixe. Loin d'être nuisible à la santé, il parait propre à faciliter la

(1) OEuvres. Tome II, p. 122.

respiration. Les flammes ne s'y éteignent pas ; elles brûlent, au contraire, avec plus de vigueur et donnent une lumière plus vive qu'à l'ordinaire.

Le carbone y brûle bien et tous les combustibles, en général, s'y consument avec une étonnante rapidilé.

Ce nouvel air est donc plus pur que l'air ordinaire, et c'est l'air qui se combine avec les métaux pendant l'opération de la calcination. Le charbon, lorsqu'il forme avec le nilre un mélange détonant, donne de l'air fixe, c'est-à-dire un air semblable à celui que les chaux mélalliques donnent lorsqu'on les réduit par du charbon en poudre. Donc le nitre contient le même air pur que celui que l'on tire de la chaux de mercure. Lavoisier appelle l'air nouvellement découvert air pur ou air éminemment respirable.

Priestley s'était livré depuis plusieurs années à l'étude des gaz, et on le trouve cité à chaque instant par Lavoisier dans les Opuscules. Son nom est plus d'une fois mentionné dans cet ouvrage. Il obtient un gaz en chauffant, au verre ardent, du mercure précipité per se.

En octobre 1774, il se rend à Paris et il prépare dans le laboratoire de Lavoisier le gaz oxygène en chauffant dans un canon de fusil de l'oxyde rouge de mercure, et il lui signale les propriétés qui distinguent ce gaz.

Priestley, en racontant la découverte de ce nouveau gaz considéré par lui comme un air sans phlogistique, et pour cette raison nommé par lui air déphlogistiquë, reconnaît qu'il ne hasarda aucune hypothèse quant à sa nature. 11 ne pensait pas pouvoir obtenir un air plus pur que l'air ordinaire, et il avait chauffé diverses substances pour voir quelle, espèce d'air elles donneraient : entre autres, la chaux de mercure. Il en obtint un gaz qui n'était pas absorbé par l'eau et dans lequel une chandelle brûlait avec une flamme très vive « ressemblant beaucoup à la flamme d'une chandelle brûlant dans l'air nitreux ».

Il prépara également le gaz à l'aide du précipité rouge de mercure, obtenu en dissolvant le mercure dans l'acide nitrique et calcinant ensuite. En examinant les propriétés du nouvel air dégagé, il en vint à cette conclusion, que c'était de l'air ordinaire contenant du nitre. Il croyait toutefois que son mercure calciné était impur et peut-être préparé par solution dans l'acide nitrique, évaporation et ignition. Aussi se trouvant à Paris, au mois d'octobre suivant, il chercha à se procurer de la chaux de mercure à l'état pur et s'adressa à M. Cadet.

Pendant son séjour à Paris, il écrit :

« J'ai souvent exprimé mon étonnement d'obtenir un tel gaz par cette préparation à M. Lavoisier, à M. Le Roy et autres savants, qui m'ont honoré de leur relation pendant mon séjour à Paris ; je suis convaincu qu'ils s'en souviendront. »

Dans le paragraphe qui suit immédiatement, il nous dit qu'il n'avait pas la moindre idée que ce gaz fût sain, et il était convaincu que c'était une espèce d'air nitreux. 11 obtint ce même gaz par l'oxyde de plomb, et il ajoute :

« Je n'ai jamais fait mystère de mes observations. J'ai signalé celte expérience ainsi que celle du mercure calciné et

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