PREMIÈRE PARTIE
ANTIQUITÉS ÉGYPTIENNES ET GRECQUES
Il y a de cela bien des années, lorsque j’étudiais la gravure dans l’atelier de Calamatta, avec Charles Nordlinger et Charles Thévenin, nous vîmes entrer un jour dans cet atelier silencieux un visiteur bruyant, un homme d’esprit, M. Grasset, qui était consul de France à Athènes, si j’ai bonne mémoire, et qui apportait à son ami Calamatta, pour lui en faire cadeau, une terre cuite trouvée en Grèce. C’était une statuette grande a peu près comme la main et qui représentait une jeune femme, enveloppée, serrée dans un manteau collant, dont les plis accusaient toutes les parties saillantes du nu, comme font ceux d’une draperie mouillée. Ce petit morceau était modelé très finement et d’une grâce tout a lait avenante. La découverte en était assez recente, et elle fit sensation, a Paris, parmi les artistes qui la virent, car dans ce temps-là ces sortes de sculptures de style grec étaient ici fort rares. lous les ai liste s
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qui venaient voir Calamatta en furent charmés, Paul Delaroche, Ary Scheffer, Henriquel-Dupont, Thévenin père, ancien directeur de l’Académie de France à Rome. On aimait à prédire, ce que d’ailleurs avait affirmé M. Grasset, que bientôt un grand nombre de ces figurines, qui avaient dû être déposées dans les tombeaux ou être enfouies par des familles, comme des dieux lares, à la veille d’un désastre, seraient trouvées en Grèce , au fur et à mesure que les constructeurs des villes ressuscitées ou les cultivateurs des terres environnantes seraient conduits à fouiller plus ou moins profondément le sol de l’Attique et du Péloponèse.
Depuis lors, cette prédiction s’est accomplie. Des statuettes en terre cuite, et en très grand nombre, ont été découvertes sur plusieurs points, notamment dans Pile de Chypre, à Mégare et à Tanagra en Réotie. Les grandes vitrines du Louvre se sont remplies de figurines de femmes admirables, reproduisant dans un style familier, mais d’une élégance souvent exquise, le spectacle que devait présenter la société grecque sur le seuil des maisons, dans les rues, au bord des fontaines, la manière dont s’ajustaient les jeunes femmes lorsqu’elles allaient puiser de l’eau ou lorsqu’elles vaquaient aux soins de la vie domestique, leurs costumes, leurs attitudes dans le repos, leur grâce dans le mouvement.
Le musée de terres cuites grecques formé au Louvre est tellement riche, tellement varié, et il renferme tant de figures dans un état parfait de conservation, que les petits morceaux, pour la plupart fragmentés, de la collection Thiers n’ont plus que bien peu d’importance, comparés à ce que nous pouvons voir chaque jour dans les salles du Louvre. Cependant, parmi les divers fragments acquis par M. Thiers, il y en a de ravissants, par exemple la tête de femme coiffée d’un pétase semblable à la clochette renversée d’un liseron, et la tête de femme couronnée de fleurs, et celle dont la chevelure est serrée sous un bonnet de toile collant.
Délicieux ouvrages d’une plastique légère, fine et libre! Et c’est à
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Tanagra qu’on a exhumé les plus belles de ces statuettes ! C’est en Béotie, dans un pays dont le nom était chez les Grecs, et reste encore chez nous, synonyme de lourdeur et d’ignorance, que se sont produits ces petits chefs-d’œuvre de grâce facile et de spirituelle liberté, ces ébauches délicates d’une figure qui est si dignement conçue qu’elle pourrait être grandie sans dommage jusqu’aux proportions naturelles, et qui est si attrayante dans ses petites dimensions qu’elle a pu former un motif de décoration intime dans l’intérieur du gynécée ! Comment croire que les Béotiens furent un peuple grossier, lorsqu’ils vivaient au sein de la nature fertile et riante qui avait inspiré les Travaux et les Jours d’Hésiode, lorsque chez eux florissaient des poètes tels que Myrtis, Pindare et Corinne, lorsqu’ils possédaient l’Hélicon et le bois sacré des Muses, lorsqu’ils avaient enfin pour femmes et pour filles les créatures charmantes aux yeux glauques, aux cheveux châtain doré, à la taille élégante et souple, qui ont servi de modèles au génie plastique des sculpteurs et des potiers de Tanagra? Qu’est-ce à dire? Si les Tanagriens eussent été une race pesante et stupide, auraient-ils orné leurs demeures de figurines aussi gracieuses, en auraient-ils mis jusque dans les tombeaux, où la plupart ont été trouvées, comme pour charmer le sommeil d’un mort et pour offrir encore à son âme immortelle l’image de ce qui lui avait plu durant sa vie? N’est-elle pas éminemment poétique l’idée d’enfermer avec les restes de ceux qu’on a perdus, des vases peints, enrichis de figures qu’on y voit apparaître comme des ombres, et rendus significatifs par une inscription poétique, par une sentence consolante? Quelle tendresse, quelle délicatesse de sentiments ne suppose pas chez un peuple 1 usage de faire passer de l’intimité de la vie dans l’intimité de la tombe ces figurines qui toutes rappellent des femmes si aimables, qu’elles ont du être aimées, des femmes que le trépassé peut revoir dans ses songes éternels comme il les avait vues au soleil des vivants, avec le ton chaud de leur chevelure, avec leurs sourcils allongés par l’antimoine, leurs lèvres rehaussées d’un soupçon de rouge vif, et leurs joues légèrement animées par une touche à peine sensible de rose clair ! Non, non ! ce
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n’étaient pas des Béotiens comme nous l’entendons aujourd’hui, ces habitants de la Béotie qui surent exprimer si bien la beauté des femmes dans leur sculpture, et les beautés de la nature dans leur poésie.
Du reste, ce n’est, pas en Béotie seulement qu’on trouve de ces jolies terres cuites. En fouillant le sol de l’Attique et des îles de l’Archipel, on rencontre, aujourd’hui encore, de petits masques tragiques, satiriques ou grotesques, des têtes de femmes élégamment coiffées et des figures entières, grandes comme la main, qui accusent voluptueusement toutes leurs formes sous des draperies adhérentes au nu. Il nous est arrivé à nous-même, dans une excursion à Rhamnus, où l’on se rend d’Athènes en passant par Marathon, de mettre la main sur d’innombrables terres cuites, enfouies par monceaux dans les restes de cette ville jadis si fameuse par son temple de Némésis ( Rhamniisia Virgo) dont la statue était de Phidias. Après avoir franchi les remparts de l’Acropole, dont les assises de marbre sont maintenues dans leur blancheur par une source d’eau vive, nous parcourûmes une enceinte montueuse, jonchée de ruines. Çà et là s’ouvraient des excavations où des milliers de vases et de figurines gisaient entassés, comme si la forteresse eût été, la veille même, prise d’assaut. Que de désastres, que de familles désolées, que de générations ensevelies et que de choses à la fois nous représentaient ces vases brisés, ces lambeaux de draperies, ces fragments de têtes et de bras, ces doigts de pieds, ces torses rompus qui offraient par places des parties intactes et polies !
Quelques-uns de ces débris furent emportés par nos compagnons et par nous avec une tristesse inexprimable. Elle est inexprimable en effet la tristesse de ces lieux déserts dont le silence est augmenté encore, pour ainsi dire, par le murmure de la mer Egée qui vient expirer sur la grève. Déjà les lentisques et les lauriers-roses cachent les ruines des temples dédiés à Thémis et à Némésis, et nous étions partis avec le regret de n’avoir pu les découvrir, lorsqu’un pâtre homérique, laissant errer son troupeau de chèvres noires, nous ramena de loin sur un plateau <[ue nos chevaux avaient déjà foulé, et nous montra les ruines que nous
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avions cherchées en vain. Elles étaient confondues dans un désordre inextricable et paraissaient avoir été dispersées par un tremblement de terre. L’emplacement des deux temples ressemblait à un champ de bataille sur lequel on aurait oublié des cadavres. Les chapiteaux étaient enfouis dans l’herbe ; des cannelures commencées semblaient avoir été interrompues par la guerre. Un siège de marbre était renverse sut le seuil du temple, et un pli de tunique, sculpté peut-être par Phidias, était recouvert de broussailles... Ces souvenirs nous revinrent en foule quand nous vîmes dans le cabinet de M. Thiers, mêlées aux antiquités égyptiennes, les petites terres cuites qu’il y avait placées comme échantillon de l’art familier des Grecs.
1 AMULETTE ÉGYPTIENNE ANTIQUE, en verre bleu imitant le lapis; sphinx debout.
— Hauteur, 0,01G.
2. — FRAGMENT DE DIVINITÉ ÉGYPTIENNE ANTIQUE, en verre bleuâtre; partie inférieure du corps. — Hauteur, 0,028.
3 divinité ÉGYPTIENNE ANTIQUE, enterre cuite émaillée bleu et formant amulette. — Hauteur, 0,030.
4. AUTRE DIVINITÉ ÉGYPTIENNE ANTIQUE, en lapis, formant amulette. - Hauteur, 0,037.
5. STATUETTE DE DIVINITÉ ÉGYPTIENNE, à tête de lion, portant au revers une inscription hiéroglyphique; terre émaillée bleu clair. — Hauteur, 0,112.
6 — STATUETTE DE DIVINITÉ ÉGYPTIENNE, à tète de lion, en terre émaillée gris. - Hauteur, 0,031.
7 DIVINITÉ ÉGYPTIENNE DEBOUT, à tête de lion, en terre émadlée bleu turquoise clair, formant amulette. — Hauteur, 0,030.
8. — DIVINITÉ ÉGYPTIENNE DEBOUT, coiffée du (pschent ?), en terre émaillée bleu turquoise, formant amulette. — Hauteur, 0,043.
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9. — AMULETTE composée d’un groupe de trois divinités égyptiennes debout, en terre émaillée bleu turquoise clair (vente Roussel, 3 mai 1857). — Hauteur, 0,039; largeur, 0,028.
10. — STATUETTE DE DIVINITÉ DEBOUT, à tête de lion, en terre émaillée bleu tu. quoise, formant amulette. — Hauteur, 0,046.
11. — AUTRE DIVINITÉ ÉGYPTIENNE, sous la forme d'un animal fantastique, en terre émaillée bleu turquoise. — Hauteur, 0,05t.
12. — DIVINITÉ DEBOUT, à tête de lionne; elle porte au revers une ligne d’hiéroglyphes; amulette en terre émaillée bleu turquoise. — Hauteur, 0,064.
Cette divinité est sans doute celle que les égyptologues nomment Sekhet. Elle symbolisait l’ardeur dévorante et funeste du soleil ; elle était chargée du rôle de bourreau dans l’enfer égyptien.
13. — BUIRE ANTIQUE à goulot à trèfle (œnochoé) en terre peinte de Nola, figures rouges sur fond noir. Apollon, lauré et assis, à demi enveloppé de sa draperie, chante en s’accompagnant de la lyre. Devant lui, une biche debout, qui l’écoute. En arrière se voit un objet dont le nom et l’usage sont inconnus. — Hauteur, 0,241.
Cette peinture peut aussi représenter Orphée, ou Thamyris, petit-fds d’Apollon, ou quelque autre poète de l’antiquité.
14. — CRATÈRE ANTIQUE en terre peinte de Nola, garni de deux anses. Dans la partie concave est représentée Thétis, assise sur un dauphin, portant à Achille le casque et le bouclier forgés par Vulcain. La partie convexe est ornée de palmettes et décorée de quatre figures debout, dont une femme en tunique entre deux éphèbes. Peinture rouge sur fond noir. — Diamètre, 0,240; hauteur, 0,067; largeur, avec les anses, 0,305.
15. — VASE A PANSE OVOÏDE, à trois anses, en terre peinte de Nola, figures et ornements rouges sur fond noir. Sur la panse, un satyre court après une ménade qui tient un thyrse et, tout en fuyant, tourne la tête de son côté. — Hauteur, 0,20t.
16. — LÉCYTHUS à panse large et goulot étroit, en terre de Nola, fond noir et peinture rouge. Sur la panse, un pygmée, armé d’un bâton noueux et le bras gauche couvert d’une peau tachetée, attaque un héron qui étend ses ailes et s’apprête au combat. — Hauteur, 0,190.
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Cette peinture, dans laquelle on a cru reconnaître un Hercule dactyle, a été publiée par l’auteur des Antiques du Cabinet Pourtales , planche VIII.
Les quatre vases dont la description précède proviennent de la vente Pourtalès.
17. OENOCHOÉ à goulot à trèfle, en terre peinte de Nola, fond noir et peinture rouge; sur la panse, figure de nymphe debout. — Hauteur, 0,207.
18. — PETIT VASE apode en forme d’amphore, en albâtre oriental; travail antique égyptien. Il provient de la collection Louis Fould. — Hauteur, 0,349.
19. — PETIT MASQUE scénique, riant et barbu, terre cuite antique; sur socle en bois noir. — Hauteur du masque, 0,050.
20. — TÊTE D'UN JEUNE HÉROS casqué (Achille?), fragment de terre cuite antique; sur socle en bois noir. (Collection Louis Fould.) — Hauteur, 0,067.
21. — TÊTE DE MACCUS, polichinelle romain, fragment de terre cuite antique; sur socle en bois. (Collection Louis Fould.) — - Hauteur, 0,049.
22. — TÊTE DE FEMME diadémée, fragment de terre cuite antique; sur socle en bois noir.
— Hauteur, 0,067.
23. — TÊTE DE FEMME couronnée de fleurs, fragment de terre cuite antique, représentant un masque scénique; sur socle en bois noir. Hauteur, 0,049.
24. — TÊTE DE CHANTEUR, en caricature, fragment de terre cuite antique; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,05t.
25. — TÊTE DE FEMME coiffée en cheveux, fragment de terre cuite antique. (Collection Louis Fould.) — Hauteur, 0,049.
26. — FRAGMENT DE MASQUE DE FEMME, les prunelles percées; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,072.
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27. — TÊTE DE FEMME coiffée d’un pétase pointu, en forme de convolvulus renversé. — Hauteur, 0,068.
28. — TÊTE DE FEMME diadémée, fragment de statuette antique, en terre cuite; les cheveux sont légèrement colorés en rouge ; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,054.
29. — TÊTE DE FEMME coiffée en cheveux, fragment de terre cuite antique, ton clair; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,048.
30. — AUTRE TÊTE DE FEMME coiffée en cheveux, fragment de terre cuite antique, ton rougeâtre; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,052.
31. — FRAGMENT DE TÊTE DE FEMME coiffée d'un serre-tête, terre cuite antique; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,050.
32. — FRAGMENT DE STATUETTE antique en terre cuite, représentant un acteur vu à mi-corps et drapé; sur socle en bois noir. — Hauteur, 0,044.