JEAN DE MONFORT DEVANT LE CADAVRE DE CHARLES DE BLOIS
Nous avons déjà emnriiiilé à Froissart un épisode de la guerre de I^retagoe. Cette guerre acharnée, qu^interrompirent à peine quelques trêves mal observées, et que ne put terminer la captivité même de Charly de Blois, dura plus de vingt années. La bataiUe d'Auray (29 septembrel364), suivie du traité de Guérande, 1 1 avril 1365, en fut, pour ainsi dire, le dernier événement (1).
Le matin même de la bataille, lès partisans des deux maisons rivales , Bretons, Anglais et Français, également fatigués de cette lutte jusqu*alors sans résultat , résolurent, s'il faut en croire les cx)ntemporains , de frapper un dernier coup. On lit dans Froissart : « Et me semble quM avait été ainsi ordonné en Tost des Anglais au matin , que si on venait au-dessus de la bataille , et que messire Charles de Blois fût trouvé eu la place, on ne le devait point prendre à nulle rançon ,irmais occira. Et ainsi, en cas semblable, les Français et les Bretons avaient ordonné de messire Jean de Montfort ; car , en ce jour, ils voulaient avoir fin de bataille et de guerre (2). »
Jean de Montfort l'emporta. Charles de Blois oérit les armes à la main , à côté de sa bannière renversée.
Ci parle des paroles amoureuses que le comte de Montfort disait à messire J4>an Chandos, et des piteux regrets que le dit comte fil sur monseigneur Charles de Blois, et comment il le lit enterrer à Guingaot très-révéremment. — ( Chap. 191.)
Après la grande déconfiture, si comme vous avez ouï, et la place toute délivrée , les chefs des seigneurs anglais et bretons d'un lès retournèrent et n'entendirent plus à chasser, mais en laissèrent convenir leurs gens. Si se trairent d'un lès le comte de Montfort, messire Jean Chandos, messire Robert Canolle,
( I ) Voyez pour la bataille d' Auray et eh. 36 et soir. — Dara , Hist. de Breia-
le traité de Guéraude, qaiassura le duché gne^ t. Il, lir. IV, p. 122 et suiv.
de Bretague à la maison de Montfort : (2) Chroniques, livre I, partie 11 , cha-
Loblneau , IH$t. de Bretagne, t. l, Uv. XI, pitre lUO.
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messire Eustache d'Aubrecicourt , luessire Matthieu de G ournay , messire Jean Boursier, messire Gautier Huet , messire Hue deCavrelée, messire Richart Burlé , messire Richart Taotou et plusifurs autres , et s*ea vinrent ombroier du long d'une haie, et se commencèrent à désarmer; car ils virent bien que la journée était pour eux. Si mirent les aucuns leurs bannières et leurs pennons à cette haie , et les armes de, Bretagne tout en haut sur un buisson , pour rallier leurs gens. Àdonc se trairent messire Jean Chandos, messire Robert CanoUe, messire Hue de Cavrelée et aucuns chevaliers devers messire Jean de Montfort, et lui dirent en riant. $ « Sire, louez Dieu et si faites bonne chère, car vous avez huy conquis l'héritage de bretagne. » Il les inclina moult doucement , et puis parla que tous l'ouïrent : « Messire Jean Chandos , cette bonne aventure m'est* avenue par le grand sens et prouesse de vous;et cesais-je de vérité, et aussi le savent tous ceux qui cl sont; si vous prise , .buvez à mon hanap. » Adonc lui tendit un flacon plein de vin où il avait bu , pour lui rafraîchir, et lui dit encore , en lui donnant : « Après Dieu , je vous en dois savoir plus grand gré que à tout le monde. » £n ces paroles revint le sire de Clisson tout échauffé et enflammé , et avait moult longuement poursuivi ses ennemis : à peine s'en était-il pu partir, et ramenait ses gens et grand'foi-' son de prisonniers. Si se trairent tantôt pardevers le comte de Montfort et les chevaliers qui là étaient , et descendit jus de son coursier, et s'en vint rafraîchir de lès eux. Pendant qu'ils étaient en cel état, revinrent deux chevaliers et deux hérauts qui avaient cerchié les morts , pour savoir que messire Charles de Blois était devenu ; car ils n'étaient point certains si il était mort ou non. Si dirent ainsi tout en haut : « Monseigneur, faites bonne chère ; car nous avons vu votre adversaire , messire Charles de Blois , mort. » A ces paroles se leva le comte de Montfort , et dit qu'il le voulait aller voir, et que il avait grand désir de le voir, autant mort comme vif. Si s'en allèrent avec lui les chevaliers qui là étaient. Quand ils furent venus jusques au lieu 011 il gisait , tourné à part et couvert d'une targe, il. le fit découvrir, et puis le regarda moult piteusement, et pensa une espace, et puis dit: « Haï monseigneur Charles, mou»
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seigneur Charles , beau cousin, comme pour votre opinion main, tenir sont avenus en Bretagne maints grands mesctiefs! Si Dieu m'aist,ilme déplaît quand je vous trouve ainsi ^ si être put autrement. » £t lorà commença à larmoyer. Adoucie tira arrière messire Jean Gbandos, et lui dit : « Sire, sire, partons de ci, et r^raciez Dieu de la belle aventure que vous avez; car sans la mort de cestui-cine pouviez-vous venir à l'héritage de Bretagne. » Adonc ordonna le comte que messire Charles de Blois fût porté à Guingant; «til fut ainsi fait incontinent, et là enseveli moult révéremment : lequel corps de lui sanctiûa par la grâce de Dieu, et Tappelle-t-on saint Charles; et £|ipprouva et canonisa le pape Urbain V^ (1), qui régnait pour le temps ; car il faisait et fait encore , au pays d» Bretagne , plusieurs miracles tous les jours.
' (1) Urbain V ne fit qu ordonner une que, contrairement à l'opinion de Froiaenquête , qui Ait commencée etf achevée sart, la canonisatioB ne «oitit paa l'entous Grégoire XI. Tout semble attester quête.
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