LÀ COMTESSE DE MONTFORT A HEMNEBON
Le roi de France et le roi d*Angleterre étaient en paix depuis sept mois, lorsque, le 30 avril 1341, mourut Jean III, duc de Bretagne. Deux prétendants s'offrirent alors pour recueillir sa succession. De là une guerre interminable, c|ue Froissart raconte avec une sorte de prédilection, parce qu'elle est pleme de beaux faits d^ armes et de grandes aventures , et qu'elle, renlùmine grandement son livre. Cette guerre devait mettre en* core en présence les Français et les Anglais.
Jean III, fiis d'Arthur II, était mort sans enfants. Il avait eu deux frères. L'ainé, Gui de Pentbièvre, né de la même mère que lui, était mort en 1331 ; l'autre était Jean de Montfort, né de la seconde femme d'Arthur II. Gui de Penthièvre avait laissé une fille appelée Jeanne » qui fut mariée à Charles de Blois. Jean III voulait donner son duché à eette nièce ; mais, quand il courut, Jean de Montfort accourut à Nantes, et se fit reconnaître comme duc par les bourgeois. Avec l'argent qu'il trouva dans cette ville et à Limoges, il soudoya des gens de guerre^ qui l'aidèrent à s'emparer de Brest, de Rennes, d'Hennebon, de Vannes et d'Auray. Charles de Bbis ne songea pas d'al)ord à recourir aux armes pour faire valoir les droits <te Jeanne, son épouse; il s'adressa à Philippe de Yalois, qui somma Montfort de comparaître à sa cour. Montfort obéit; mais quand il sut que les gens du roi de France étaient décidés à prononcer contre lui, il se hâta de quitter Paris.
Charles de Blois voulut, à son tour, soutenir ses droits par la force; il rassembla, dans les environs d'Ancenis, ime armée avec laquelle il parvint bientôt jusqu'aux portes de Nantes. Les bourgeois lui li^Tèrent la ville. Montfort se trouvait dans le château. Il tomba au. pouvoir de Charles de Blois, qui l'envoya à Paris, où il fut «afermé dans la tour du Lotivre.
Alors parut la comtesse de Montfort.
Comment la comtesse de Montfort conforta ses sondoyers , et comment elle mit bonnes garnisons par toutes ses forteresses. — ( Chron., Hv. I , part. I, cbap. f08.)
Or, veux-je retourner à la comtesse de Montfort, qui bien avait courage d'homme et cœur de lion , et était en la cité de Rennes quand elle entendit que son sire était pris, en la ma-
nière que vous avez ouï. Si elle en fut dolente et cotfhroucée, ce peut chacun et doit savoir et peuser ; car elle pensa mieux que on dût mettre son seigneur à mort que en prison. Et combien qu'elle eût grand deuil au cœur, si ne fit- elle mie comme femme déconfortée , mais comme homme fier et hardi , en reconfortant vaillamment ses amis et ses soudoyers ; et leur montrait un petit fils qu'elle avait, qu'on appelait Jean, ainsi que le père , et leur disait : « Ha ! seigneurs , ne vous déconfortez mie, ni ébahissez pour monseigneur que nous avons perdu ; ce n'était qu'un seul homme : véez ci mon petit enfant, qui sera , si Dieu plaît, son restorier, et qui vous fera des biens assez. £t j'ai de l'avoir en plenté : si vous en donnerai assez, et vous pourchasserai tel capitaine et tel mainbour par qui vous serez tous bien reconfortés. »
Quand la dessus dite comtesse eut ainsi reconforté ses amis et ses soudoyers qui étaient à Rennes , elle alla par toutes ses bonnes villes et forteresses , et menait son jeune fils avec elle, et les sermonnait et reconfortait, en telle manière que elle avait fait de ceux de Rennes ; et renforçait les garnisons de gens et de quant que il leur fallait ; et paya largement partout , et donna assez abondamment partout où elle pensait qu'il était bien employé. Puis s'en vint en Hainebon sur la mer, qui était forte ville et grosse , et fort châtel ; et là se tint , et son fils avec li , tout cet hiver. Souvent envoyait visiter ses garnisons et reconforter ses gens ,^ et payait moult largement leurs gages.
La cause de la comtesse semblait perdue. Elle-même n'ignorait point le danger qu'elle courait. Dans sa détresse , elle s'adressa au roi a'AngleteiTc. Edouard accueiUit volontiers son messager, Amaury de Qisson. // lui ocirvya, dit Froissart, toute sa requête; car il y 'voyait son avait" tçge en deux manières. Car il lui fut avis que c'était grand" chose et no» hle de la duché de Bretagne, s'il la pouvait conquérir; et si était la plus Belle entrée qu'il pouvait avoir pour conquérir le royaume de France, à quoi il tendait (I). Mais, avant l'arrivée des secours envoyés d'Angleterre, deux, nouvelles terribles furent apportées à la comtesse. Sa bonne ville de Rennes s'était rendue ; et Charles de Blois, après avoir brrtlé Saint-Aubin du Cormier, s'avançait avec son armée pour assiéger Hennebon.
(1) Chap. 171. '
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Comment les seigneurs de France se partirent de Rennes et allèrent assiéger Hainebon, où la comtesse de Montfort était. — ( Ghap 173. )
Quand la cité de Rennes fut rendue , ainsi que vous avez ouï, et les bourgeois eurent fait féauté à messire Charles de Blois, messire Charles eut conseil quel part il pourrait aller à tout son ost , pour mieux avant exploiter de conquérir le remenant. Le conseil se, tourna à ce que il se tk^ist pardevers Hainebon , où la comtesse était; car puisque le sire était en prison , s'il pouvait prendre la ville, lechâtel, la comtesse et son fils , il aurait tôt sa guerre affinée. Ainsi fut fait : si se trairent tous vers Hainebon , .et assiégèrent la ville et le ctiâtel tout autour tant qu'ils purent , parterre* La comtesse était si bien pourvue de bons chevaliers et d'autres suffisants gens d'armes qu'il convenait pour défendre la ville et le châtel; et tondis *était en grand soupçon du secours d'Angleterre qu'elle attendait; et si n'en oyait aucunes nouvelles : mais avait doute que grand meschef ne leur fût avenu , .ou par fortune de mer, ou par rencontre d'ennemis.
Avec elle était, en Hainebon, Tévéque de Léon en Bretagne, dont messire Hervey de Léon était neveu, qui était de la partie messire Charles ; et si y était messire Yves de Tresseguidy , le sire de Landernaux , le châtelain de Guinganp , les deux frères de Rerriec^ messire Henry et messire Olivier de Pennefort , et plusieurs autres. Quand la comtesse et ces chevaliers entendirent que ces seigneurs de France venaient pour eux assiéger, et qu'ils étaient assez près de là, ils firent commander que on sonnât la ban-cloche , et que chacun s'allât armer et allât à sa défense, ainsi que ordonné était. Ainsi fut fait, sans contredit. Quand messire Charles de Blois et les seigneurs de France fureot approchés de la ville de Hainebon , et ils la virent forte , ils firent leurs gens loger ainsi que pour faire siège. Aucuns jeunes compagnons gennevois , espaignols et français allèrent jusques aux barrières pour pàleter et escarmoucher; et aucuns de ceux de dedans issircnt encontre eux , ainsi que on fait souvent en telles besognes. Là eut plusieurs butins ; et perdirent plus les Gennevois qu'ils n'y gagnèrent, ainsi qu'il advient souvent en soi trop follement abandonnant. Quand le vespre approcha , chacun se retrait à sa loge Lendemain , les seigneurs eurent
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conseil qu'ils feraient assaillir les barrières fortement, pourvoir la contenance de ceux de dedans , et pour voir s'ils y pourraient rien conquéter, ainsi qu'ils firent; car au tien jour y assaillirent au matin, entour heure de prime, aux barrières très-fort; et ceux de dedans issirent hors , les aucuns tes plus suffisants; et se défendirent si vaillamment que ils firent Tassant durer jusques à heure de nonne que les assaillants se retrairent un p^t arrière, et ils laissèrent foison de morts, et en ramenèrent plenté de blessés. Quand les seigneurs virent leurs gens retraire, ils en furent durement courroucés; si firent recommencer l'assaut plus fort que devant, et aussi ceux de Hainebon s'efforcèrent d'eux très-bien défendre^ et la comtesse qui était armée de corps, et était montée sur un bon coursier, chevauchait de rue en rue par la ville, et semonnait ses gens de bien défendre, et faisait les femmes , dames, damoiselles et autres, défaire les chaussées et porter les pierres aux créneaux pour jeter aux ennemis, ^t faisait apporter bombardes et pots pleins de chaux vive , pour jeter sur les assaillants.
Comment la comtesse de Montrort ardit les tentes des seigneurs de France tandis qu'ils se combattaient aux barrières. — ( Chap. 174.)
EncorC'fit cette comtesse de Montfort une très-hardie emprise qui ne fait mie à oublier, et que on doit bien recorder à haiîii et outrageux fait d'armes. Ladite comtesse montait aucune fols en une tour tout haut, pour voir mieux comment ses gens se maintenaient. Si regarda, et vitque tous ceux de Fost, seigneurs etautres, avaient laissé leurs k^is, et étaient presque tous allés voir l'assaut. Elle s'avisa d'un grand fait , et remonta sur son coursier, ainsi armée comme elle était, et fit monter environ trois cents hommes d*armes avec elle à cheval^ qui gardaient une porte que on n'assaillait point. Si issit de cette porte à toute sa compagnie, et se férit très-vassalement en ces tentes et en ceslogis des seigneurs de France, qui tantôt furent toutes arses, tentes et loges , qui n^étaient gardées fors de garçons et de varlets, qui s'enfuirent sitôt qu'ils virent bouter le feu , et la comtesse et ses gens entrer. Quand ces seigneurs virent leur logis ardoir , et ouïrent
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le bu et le cri qui en venaient, ils forent tous ébahis et coururent tous vers leurs logis , criant : « Trabis! trahis !» Et ne demeura donc nul à Tassaut. Quand la comtesse vit l'ost émouvoir et gens courir de toutes parts ^ elle rassembla toutes ses gens et vit bien qu'elle ne pourraittentrer en la ville sans trop grand dommage : si s'en alla un autre chemin diiott pardevers le cbâtel de Brest , qui sied à trois lieues près delà(l).
Quand messire Louis d'Espaigne, qui était maréchal de tout Tost , fut venu aux logis qui ardaient , et vit la comtesse et ses gens qui s'en allaient tant qu'ils pouvaient, il se mit à aller après pour les raconsuir s'il eût pu , et grand'foison de gens d'armes avec lui ; si les enchâssa , et fit tant qu'il en tua et meshaigna aucuns, qui étaient mal montés, et qui ne pouvaient suivre les bien montés. Toutes voies , ladite comtesse chevaucha tant et si bien , qu'elle et la plus grand'partie de ses gens vinrent assez à point au bon cbâtel de Brest, où elle fut reçue et fêtée à grnnd'joie, de ceux de la ville et du cbâtel très-grandement. Quand messire Louis d'Espagne sçut^ par les prisonniers qu'il avait pris, que c'était la comtesse qui tel fait avait fait et qui échappée lui était, il s'en retourna en Fost, et conta son aventure aux seigneurs et aux autres, qui grand'merveille en eurent. Aussi eurent ceux qui étaient dedans Hainebon ; et ne pouvaient penser ni imaginer comment leur dame avait ce imaginé, ni osé entreprendre; mais ils furent toute la nuit en grand'cuisançon de ce que la dame ni nul des compagnons ne revenait. Si n'en savaient que penser ni que aviser ; et ce n*était pas grand'merveille.
Comment les Français assaillirent Hainebon moult asprement; et oomiAent messire Charles de Blois alla assiéger Anray. — ( Ghap. I7S.)
Lendemain les seigneurs de France, qui avaient perdu leurs tentes et leurs pourvéances, eurent conseil qu'ils se logeraient d'arbres et de feuilles plus près de la ville , et qu'ils se maintiendraient plus sagement. Si s'allèrent loger à grand'peine plus
(1) C'est ime erreur. La comtesse se réfugia an château d' Anray.
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près de la ville, et disaientsouvent à ceux de la ville ainsi : «c Allez,, seigneurs, alle^ querre votre comtesse; certes elle est per- V^ due, vous ne la trouverez mie de pié^/» Quand ceux de la ^ ville, gens d'armes ^ autres, ouïrent telles paroles, ils fu» rent ébahis, et eurent grand' peur que ce grand meschef ne fût avenu à leur dame; si n'en savaient que croire, pourtant qu'elle ne revenait point et n'en oyaient nulles nouvelles. Si demeu- rèrent en tel peur par l'espace de cinq jours. Et la comtesse, qui bien pensait que ses gens étaient en grand meschef pour li et en grand'doutance , se pourchassa tant, qu'elle eut bien cinq cents compagnons, armés et bien montés; puis se partit de Brest entour mie-nuit, et s'en vint à soleil levant, et chevauchant,- droit à l'un des côtés de l'ost, et ût ouvrir la porte du châtel de Hainebon, et entra dedans à grand'joie et à grand son de trompettes et de nacaires; de quoi l'ost des Français fut durement estourml. Si se firent tous armer, et coururent devers la ville i)our assaillir; et ceux de dedans aux fenêtres pour dé* fendre. Là commença grand assaut et fort, qui dura jusques à haute nonne; et plus y perdirent les assaillants que les défendants. Environ heure de nonne, les seigneurs firent cesser l'assaut, car leurs gens se faisaient tuer et navrer sans raison; et retrairent à leur logis. Si eurent conseil et accord que messire Charles de Blois irait assiéger le châtel d'Auray, que le roi Artus fit faire et fermer; et iraient avec lui le duc de Bourbon, le comte de Blois son frère, le maréchal de France messire Robert Bertrand, et messire Hervey de Léon, et partie des Gennevois; et messire Louis d'Espaigne, le vicomte de Rohan, et tout le reinenant des Gennevois et Espaignols» demeureraient devant Hainebon , et manderaient douze grands engins qu'ils avaient laissés à Rennes, pour jeter à la ville et au châtel de Haindi)OD; car ils véaient bien qu'ils ne pouvaient gagner ni rien profiter ù l'assaillir. Si que ils firent deux osts; si en demeura l'un devant Hainebon , et l'autre alla assiéger le châtel d*Auray, qui était assez près de là : duquel nous parlerons , et nous souffrirons un petit des autres.
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~GoinHient inessire Charles de Blois se loj^a devant Aiiray ; et comment niessire Amaury de Cliçon amena à la comtesse grand secour» d*Angtcterre.— ( Chap. 176. )
Messlre Charles de Blois se mit devant le diâtel d'^Auray à toute sa compagnie , et se logea , et tout son ost environ , et y Ot assaillir et escarmoucher; car ceux du châtel étaient bien pourvus et bien. garnis de bonnes gens d*armes pour tel siège soutenir. Si ne se voulurent rendre, ni laisser le service de la com*^ tesse, qui grands biens leur avait faits , p^ur obéir audit niessire Charlesi^ pour promesses. Dedans la forteresse avait deux cents compagnons aidables, uns et autres^ desquels étaient maîtres et capitaines deux chevaliers du pays, vaillants hommes et hardis durement, messire Henry de l^ennefort et Olivier son frère. A quatre lieues près de^e château sied la bonne eité de Venues , qui fermement se tenait à la comtesse; et en était messire Geoffroi de Malestroit capitaine, gentil homme et vaillant durement. D*autre part sied la bonne ville de Dignant(l) en Breta^e, qui adonc n'était fermée , fors de fossés et de palis i Bi en était capitaine , de par la comtesse , un durement vaillant homme que on appelait le châtelain de Guinganp : mais il était adonc dedans Hainebon.avec la comtesse; mais ilavait laissé à Oignant, en son hôtel , sa femme et ses 6lles ; et avait laissé capitaine , en lieu de lui , messire Regnault son fils, vaillant chevalier et hardi durement^
Entre ces deux bonnes villes sied un fort châtel qui se tenait adonc à messire Charles de Blois, et l'avait garni de gensd'ar-. mes et de soudoyers qui tous étaient Bourguignons. Si en était * souverain et maître un bon écuyer assez jeune, que on appelait Girard de Maulain ; et avait avec lui un hardi chevalier qu'on appelait messire Pierre Portebeuf. Ces deux , avec leurs compagnons , honnissaient et gâtaient tout le pays de là entour, et contraignaient si ouniement la cité de Venues et la bonne ville de Dignant, que nulles pourvéances ni marchandises ne pouvaient entrer ni venir, fors en grand péril et en grand'aventure ; car
(t) Ce ne peut être Dinant. Peat-ètre bonrg situé non loin de Vannes et - feat-il liie Bignant. C'est le nom d'an d'Auray.
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ils chevauchaient l'un jour pardevers Yennes , Fautore jour pardevers Dignant
Tant cheyauchèrent ainsi les dessus dits Bourguignons et leui^ routes , que le jeune bachelier messire Regnault de Guinganp prit ^ à un embudiement qu'il avait établi , le dit Girard de Maulain à toute sa compagnie, qui étaient eux vingt-cbq compagnons ; et rescouit jusques à quinze marchands à tout leur avoir qu'ils avaient pris, et les emmenaient pardevers leurs garnisons, qu'on appelle Roche-Périoa. Mais le jeune bachelier messire Regnault de Guinganp les conquit tous par son sens et par sa prouesse, et le$ emmena à Dignant tous en prison, dont tout le pays d'entour eut grand'jme ; et en fut grandement ledit messire Regnault loué et prisé.
Si me tairai un petit à parler des gens de Venues , de Dignant et de Roche-Pâriou , et reviendrai à la comtesse de Montfort , qui était dedans Hainebon, et à messire Louis d'Ëspaigne, qui tenait le siège devant, et avait si débrisé et si froissé la ville par les engins, que ceux de dedans se commencèrent à ébahir, et avoir volonté de faire accord ; car ils ne véaient nul secours venir, ni n'en oyaient nouvelles. Dont il avint que l'évé* ^ue messire Guy de Léon , qui était oncle de messire Hervey de Léon , par qui pourchas et conseil le comte de Montfort avait été pris, ai, comme on disait^ dedans la cité de Plantes, parla un jour audit messire Hervey son neveu, sur assurément, par long-temps ensemble d'une chose et d'autres; et tant que le* ^dit évéque devait pourchasser -accord à ses compagnons, pourquoi la ville de Hainebon serait rendue à messire Charles de Blois ; et ledit messire Hervey devait pourchasser d'autre part que ceux de dedans seraient apaisés envers messire Charles , quittes et délivrés, et ne perdraient rien de leur avoir. Ainsi se départit ce parlement. Ledit évéque entra en la ville pour parler aux autres seigneurs. La comtesse se douta tantôt de mauvais pourchas : si pria à ces seignrars de Bretagne , pour l'amour de Dieu, qu'ils ne fissent nul dé£eiute, et que elle aurait grand secours dedans trois jours. Mais ledit évéque parla tant, et montra tant de raisons à ces seigneurs , qu'il les mit en grand effroi cette nuit. Lendemain il recommença , et leur dit tant
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de raisons d'une et d'autres, qu'ils étaient tous de son accord ou assez près. Et jà était ledit messire Hervey venu assez près de la ville pour la prendre de leur accord , quand la comtesse, qui regardait aval la mer par une fenêtre du châtel , commença à crier et à faire grand'joie ; et disait tant comme elle pouvait : « Je vois venir le secours que j'ai tant désiré. » Deux fois le dit : chacun de la ville courut tantôt , qui mieux mieux , aux fenêtres et aux créneaux des murs pour voir que c'était ; et virent grand*foison de naves , petites et grandes , bien bastillées , venir pardevers Hainebon : dont chacun fut durement reconforté , car bien tenaient que c'était messire Amaury de Gliçon qui amenait ce secours d'Angleterre dont vous avez par deçà devant ouï parler, qui par soixante jours avait eu vent contraire sur mer.
CTétait, en effet, le secours tant désiré. L'arrivée des Anglais et de Gauthier de Mauny, Tun des chevaliers les plus renommés du siècle^ rendit courage à la comtesse, et aux Bretons qui défendaient sa cause. L'armée de Charles de Blois ne tarda pas à lever le siège d'Hennebon.