CUB0N1QUES
VOUS avez le nom et la renommée de souveraine gentillesse et noblesse ; or ne veuHlez donc faire chose par* quoi elle soit amenrle, ni que on puisse parler sur vous en nulle vilenie. Si vous n*avez pitié de ces gens, toutes autres gens diront que ce sera grand cruauté , si vous êtes si dur que vous fassiez mourir ces honnêtes bourgeois, qui de leur propre volonté se sont mis en votre merci pour les autres sauver. » A ce point grigna le roi les dents, etdit : « Messire Gautier, souffrez vous: iln*en sera autrement , mais on fasse v^r le coupe-tête. Ceux de Calais ont fait mourir tant de mes hommes , que il convient ceux-ci mourir aussi. »
Adonc fit la noble roine d'Angleterre grand'humilité, qui était durement enceinte , et pleurait si tendrement de pitié que elle ne se pouvait soutenir. Si se jeta à genoux pardevant le roi son seigneur, et dit ainsi : « Ha! gentil sire, depuis que je repassai la mer en grand péril , si comme vous savez, je ne vous ai rien requis ni demandé : or vous prié-je humblement et requiers en propre don que pour le fils sainte Marie, et pour Tamour de moi, vous veuiliiez avoir de ces six hommes merci. »
Le roi attendit un petit à parler , et regarda la bonne dame sa femme, qui pleurait à genoux moult tendrement; si lui amollia le cœur, car envis Feût courroucée au point où elle était ; si dit : « Ha ! dame , j'aimasse trop mieux que vous fussiez autre part que ci. Vous me priez si aeertes que je ne le vous ose escondire; et combien que je le fasse envis, tenez, je vous les donne ; si en faites votre plaisir. » I^a bonne dame dit : « Monseigneur, très grands mercis ! » Lors se leva la roine, et fit lever les six bourgeois et leur ôter les cbevestres d'entour leur cou, et les emmena avec li en sa chambre, et les fit revêtir et donner à dîner tout aise, et puis donna à chacun six nobles , et les fit conduire hors de Tost à sauveté ; et s'en allèrent habiter et demeurer eu plusieurs villes de Picardie.
Edouard III prit possession de Calais le 3 ou le 4 août de Tannée 1347. Lt ville devait rester à l'Angleterre pendant deux siècles. Ce fut le 8 janvier 1558, sous le règne de Henri II, que le duc de Guise, après u:i siège de huit jours , la reprit aux Anglais et la rendit à la France.
DB FROISSABT. 99