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DES CATHOLIQUES DE FRANCE 47S

lège de réaliser runion volontaire des âmes et la libre obéissance des cœurs sous une autorité dont la foi et Pamour assurent et gardent le respect. Puissance mystérieuse etimmanente, toujours attaquée, jamais vaincue : quand elle semble voilée car les obscurités de la bataille, on la voit tout à coup resplendir dans le raieunissement de son éternel éclat. Comme son divin Maître, l'Eglise traverse souvent les angoisses de la passion ; elle entend souvent le crucifigatur de ses ennemis. Mais, pour elle aussi, après le troisième jour, c'est Vhosanna du triomphe et Vallehiia de la résurrection." (Bravos et applaudisaementa répétés,)

Après cet hommage ardent rendu à la puissance et à l'immortalité de l'Eglise, l'éminent orateur contemple avec admiration la Ville-Eternelle. Il plonge un regard ému dans la Rome souterraine I II traverse en courant la Rome païenne, et se tournant vers la Rome chrétienne, il s'écrie :

'•Que de beautés et de magnificences! Saint- Pierre et le Vatican, Sainte-Marie-Majeure, Saint- Jean-de-Latran, Saint- Paul-hors-les-Murs, Saint-Laurent, Sainte-Agnès, plus de trois cents autres belles églises ; des fontaines magnifiques, des colonnes et des obélisques qui semblent porter jusqu'aux cieux la croix qui les surmonte • partout l'architecture, la sculpture, la

f ceinture, la mosaïque étalant les plus rares chefs-d'œuvre ; dans es palais comme dans les temples, les tableaux des plus grands maîtres ; dans le musée du \ atican, tout ce que l'art ancien avait produit de plus parfait et tout ce que l'art chrétien réalisa de plus sublime ; voilà Rome telle que les Papes l'avaient faite ! On y rencontre à chacjue pas, dans chaque rue, des merveilles dont une seule suffirait à la célébrité d'une autre ville. Ifsemble que la Papauté ait voulu montrer que, de même qu'en Dieu tout est harmonie, de même que la vérité innnie et la justice parfaite s'y rencontrent avec la beauté suprême, de même aussi il convenait que là où Dieu avait placé le centre de son Eçlise, et par cela même le centre de la vérité et du bien, là aus?i se trouvât le centre du beau dans son expression la plus haute, la plus pure et la plus idéalisée. Quand on admire à Rome les créations tour à tour si majestueuses et si ravissantes de l'art chrétien, comme on comprend bien que la religion ne comprime aucune sève, n'éteint aucune flamme, n'arrête l'épanouissement d'aucune faculté; qu'au contraire, elle les agrandit, elle les épure toutes, en les maintenant dans la sphère de l'honnête et en les élevant à la hauteur du beau I A Rome, Messieurs, on prend en quelque sorte sur le fait l'action souveraine et féconde des sublimités de la foi chrétienne sur les créations du génie. Honneur à la Papauté qui sut être à la fois la sévère gardienne de la foi et l'inspiratrice généreuse du génie !'* {Applaudissements.)

Aux pèlerins français, qui formaient un groupe de 6,000 hommes, s'étaient joints d'autres groupes venus de divers pays, et l'on reconnut bientôt que la Loggia où le Saint-Père devait

célébrer la messe pour les pèlerins, ne pourrait pas contenir une telle foule. La cérémonie eut donc lieu à Saint- Pierre, et longtemps avant l'heure fixée 15,000 pèlerins étaient rangés autour de la Confession.

'* A 9 heures, dit M. Chesnelong^ la maîtrise de Saint- Pierre fit entendre le Tu es Petrus qui retentit, avec un éclat puissant, dans l'immense enceinte de la basilique. Puis les trompettes sacrées firent résonner leurs fanfares. Le Souverain Pontife apparut, et des acclamations partirent de toutes les poitrines. Il s'avança, porté sur son trône, dans sa majesté sereine, répondant aux acclamations par des bénédictions; sur son passage, tous les fronts se courbaient, une émotion religieuse gagnait tous les cœurs, des larmes coulaient de tous les yeux. Vous vous rappelez, Messieurs, le mot de Royer CoUara, à l'aspect des foules qui, à Paris, dix ans à peine après la Terreur, s'agenouillaient sous^ la fcénédiction de Pie Vil : " Le respect était perdu, disait-il ; il vient de se retrouver ". A Rome, c'était plus que le respect : c'était une vénération religieuse venant de la foi et s'épanchant en cris d'espérance et d'amour. Rien n'était banal dans ces démonstrations ; rien n'était factice dans cet enthousiasme. Tout y était haut, sincère, profond, pénétrant. (Fi/i applaudissements,)

'* Lorsçiue le Pape fut arrivé au pied de l'autel, les acclamations, qui jusque-là n'avaient cesse de retentir, firent place au silence du recueillement. Tôt après, au milieu des chants et des

Erières, le saint Sacrifice commença. La messe dura plus d'une eure: le Saint- Père la célébra avec une majesté lente, avec une piété émue ; sa voix, quand elle se faisait entendre, avait un accent qui semblait sortir des profondeurs de l'âme. Il disait la messe pour la France, et guand il arriva au Mémento des vivants, il entra dans une méditation recueillie (jui se prolongea pendant de longues minutes. Que se passa-t-il entre Notre-Seigneur Jésus-Christ et son Vicaire, dans ce colloque où la prière du Pontife implorait pour la France la protection miséricordieuse du Dieu rédempteur? Il ne nous appartient pas de chercher à pénétrer le secret de cette supplication partant de si haut et montant plus haut encore. Ce que nous savons bien, c'est que le Saint- Père y apporta tous ses sentiments de tendresse pour cette France, dont il ne désespère pas et qu'il désire voir remonter aux hauteurs de sa grande vocation. {Applaudissements prolongés.) Ce que nous espérons, c'est que Celui qui s'est fait homme pour racheter les hommes appliquera à la France quelques gouttes de son sang divin, qu'oubliant ses délaissements, ses fautes et ses ingratitudes, se souvenant seulement qu'elle fut souvent généreuse jusqu'au sacrifice et fidèle jusqu'à la mort, il voudra beaucoup lui pardonner parce qu'elle a beaucoup aimé, et au 'il lui fera un avenir où elle retrouvera l'union dans la foi, la paix dans le respect, le relèvement dans la dignité de ses vieilles croyances et de son vieil honneur. ( Vifs applaudissements.) Pendant que le Pape priait, avec quelle émotion nous nous identifiâmes à ses vœux et à ses pensées I Et comme nous demandions

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