DES CATHOLIQUES DE FBANCE
Mgr Bichard, archevêque de Paris, a clos la séance par quelques paroles d'encouragement, pleines de cette onction et de cette bonté qui sont les caractères distinctifs de ses allocutions.
La seconde séance du Congrès catholique était présidée par Mgr d'Hulst, que j'ai déjà fait connaître aux lecteurs du Canada- Pbançais. Elle s'est ouverte par un rapport sur le Cercle catholique du Luxembourg,lu par M. Terrât, son président. M. Terrât n'a pas seulement succédé dans cette charge au regretté M. Beluze ; il l'a remplacé, et ce n'était pas chose facile : car M. Beluze, que j'ai bien connu dès mon premier voyage à Paris, en 1875, était l'un des plus admirables chrétiens que j'aie jamais rencontrés.
M. Terrai est en même temps l'un des professeurs les plus éminents de l'Institut catholique, et c'est avec beaucoup de verve et d'esprit qu'il a su mettre en regard du Cercle qu'il préside une autre association du même genre, mais dont le but est tout opposé.
Vint ensuite une causerie fort spirituelle de M. d'Herbelot, qu'il aurait pu intituler : examen de conscience. L'année dernière, le Congrès avait pris diverses résolutions et formulé plusieurs vœux. Ses membres avaient pris l'engagement de faire respecter autant que possible par les propriétaires chrétiens le repos dominical, d'encourager l'œuvre des petits catéchismes, d'organiser des conférences aux ouvriers et aux paysans, de favoriser la circulation des bons journaux.
Qu'ont-ils fait depuis lors ? Ont-ils travaillé pour le succès de ces œuvres qui leur étaient recommandées ? En développant les matières de cet examen de conscience, M. d'Herbelot dispensait ses auditeurs de répondre, mais il leur faisait entendre délicatement que plusieurs auraient à faire une confession assez longue et un acte de contrition.
Le centenaire de 1789 fut le sujet du discours suivant prononcé par M. de MaroUes, qui parla avec plus de chaleur que de précision et de clarté.
Mon tour était venu de prendre la parole ; car j'avais eu l'honneur d'être invité à parler de mon pays dans cette réunion. Ce n'est pas à moi de dire comment je me suis acquitté de ma tâche ; mais j'ai lieu de me féliciter de la bienveillance que l'éloge de mon pays a rencontrée, tant dans l'auditoire que dans la presse catholique de Paris.
Avec l'esprit et l'habileté qui le distinguent, Mgr d'Hulst est venu clore cette séance par un compte rendu trop court des travaux du Congrès scientifique tenu à Paris en avril dernier.
478 AaSEMBLiE GÉNÉRALE
La troisième séance a été consacrée exclusivement aux œuvres d'éducation et d'enseignement. Une courte mais chaleureuse allocution de M. Chesnelong, un rapport excellent de M. le baron de Ravignan, un autre rapport très curieux et intéressant pour moi, à raison des faits étranges qu'il relatait sur la laïcisation des écoles en France, un discours fort applaudi de M. Thellier de Poncheville, député du Nord, ont admirablement rempli cette séance et envisagé l'œuvre de l'enseignement libre sous tous ses aspects.
Lorsque le Congrès aura publié le compte rendu de ses travaux, je me ferai un devoir de les faire mieux connaître aux lecteurs du Canada-Français.
Pour le moment je me contente de les indiquer. Et comme cette lettre est déjà fort longue, je me hâte de la terminer par une page éloquente du discours que M. Keller a prononcé dans la quatrième séance.
L'éminent orateur, qui est connu et aimé au Canada, parlant du centenaire de 1789, a voulu répondre à ceux qui accusent toujours les catholiques de vouloir revenir à l'ancien régime, et il s'est expliqué avec une grande clarté.
Lisez plutôt :
" Mais, me dira-t-on, allez-vous porter la main sur l'arche sainte de 1789, qu'il faut bien distinguer des horreurs de 1793? Méconnaissez -vous les incontestables bienfaits de la Révolution, et voulez- vous nous ramener à l'ancien régime ?
'* Je n'éprouve aucun embarras à vous aire là-dessus toute ma pensée, car, si nous ne voulons pas revoir un nouveau 93 produit logiquement et fatalement par les mêmes erreurs, un nouveau 93 auquel nous touchons, il n'est que temps de renoncer aux équivo(jues, aux illusions, aux chimères ; il faut avoir le courage de sortir des lieux communs, des phrases de convention dans lesquelles on se traîne depuis si longtemps, et de dire nettement la vérité. (Très bien ! très bien /)
'* Et d'aoord il est faux, absolument faux, que nous voulions revenir à l'ancien régime. L'ancien régime était hérissé d'abus que nous ne désirons nullement revoir. L'ancien régime avait fait à la société chrétienne, et par suite à toutes nos libertés, de profondes blessures. Par le gallicanisme, il avait séparé la France du Pape, gardien suprême de l'indépendance des âmes, et du même coup il avait supprimé la liberté politique. On avait vu sur le trône, affranchi de toute loi et de tout contrôle, l'audacieuse apothéose de l'adultère, et, poursuivant l'association chrétienne sous ses formes diverses, le pouvoir civil avait proscrit à la fois les Jésuites et les corporations ouvrières. ( Vive approbation et applaudissements répétés,) Non, ce n'est pas là que nous voulons revenir. Puis, pour en finir avec les querelles de mots qui paraissent parfois nous diviser quand, au fond, nous sommes