DES CATHOLIQUES DE FRANCE
tous d'accord, que penser du mot de " Révolution " ? Si par révolution on entend rénovation, la société française du XYIII© siècle avait besoin de rénovation. Mais, au lieu de se faire sans Dieu et contre Dieu, il fallait que cette rénovation se fît avec Dieu et par le Christianisme. De là viennent tout le malentendu et toutes les calamités déchaînés sur notre pays.
*' Il en est du mot révolution comme du mot réforme, bon en lui-même, puisque les meilleures institutions ne vivent qu'en se réformant continuellement. Néanmoins l'histoire a attaché le mot de Réforme à la révolte impie qui a bouleversé l'Europe au XVIe siècle. Il est probable qu'elle attachera de même le nom de Révolution à l'entreprise antireligieuse à laquelle nous assistons depuis près de cent ans. Quant à moi, c'est là le sens très réel que je lui donne aujourd'hui. (^ApplaudissemevUs.)
" Enfin, que dirons-nous de 1789 ? Certes, nous ne sommes pas moins altérés de justice, affamés de progrès et de civilisation que nos aïeux. Nous pensons, comme eux, et Pie IX lui-môme aimait à le répéter, que la liberté, l'égalité et la fraternité sont des choses excellentes et parfaites; mais, ajoutait ce grand Pape, les hommes de 1789 se sont trompés en cherchant ces biens en dehors de l'Eglise, qui peut seule les réaliser en ce monde. Oui, c'est là qu'est la grande erreur de notre temps."
A.-B. ROUTHIER. Paris, 23 mai 1888.
DONNÉS PAR l'université LAVAL A MONTRÉAL
Annie 1887-88
Nous ne songeons pas à donner ici de ces cours une analyse détaillée. Ce travail a été fait pour chaque leçon et chaque conférence par la presse quotidienne de Montréal, et nous craindrions de le répéter ici sans profit pour le lecteur et au risque de défigurer des études qui doivent leur principal mérite à l'originalité et au talent avec lesquels les différents sujets ont été développés. Quelques traits suffiront à donner une idée d'ensemble des travaux accomplis pendant cette première année par une faculté naissante \ qui ne semble pas vouloir rester en retard sur ses aînées.
Quatre cours occupent la plus grande partie du programme : l'apologétique chrétienne, l'histoire universelle, celle de l'Eglise et l'archéologie.
M. l'abbé Bruchési rappelle, au début de son cours d'apologétique, quelques principes, quelques notions fondamentales qui déterminent la mission de cette science, son champ d'action et de combat. Dieu a donné à l'homme deux lumiiree pour découvrir la vérité : la raison et la foi. Emanant l'une et l'autre du même foyer divin, elles sont bonnes et vraies et ne peuvent conduire à des conclusions opposées. Les contradictions qu'on se plaît à relever entre elles ne peuvent donc provenir que de malentendus, et disparaîtront devant une étude consciencieuse et approfondie. Dans cette étude, l'apologiste se gardera également de deux excès contraires : du rationalisme et du traditionalisme. M. le professeur analyse ces deux systèmes ; il en fait l'historique et les réfute comme erronés et condamnés par l'Eglise. Pas san ensuite à la principale objection des rationalistes contre la révélation, il prouve la possibilité, la convenance du mysthre, La nature en est remplie : pourquoi Dieu n'aurait-il pas les siens ? Descartes n'a-t-il pas démontré que l'incompréhensibilité est contenue dans la raison formelle de l'infini? Après le mystère, fondement de la religion, M. l'abbé Bruchési aborde l'étude de
COURS PUBLICS DE l'UNIVERSITÉ LAVAL A MONTRÉAL 481
la religion elle-même. Elle doit être une comme Dieu, comme l'humanité dont il est le principe et la fin uniques. L'indifférence en matière de religion est philosophiquement fausse. Après l'avoir démontré, M. le professeur réfute les objections tirées soit, de l'inconvénient de l'intolérance civile, soit de la multiplicité des cultes et des religions diverses dans le monde. Il distingue les différents degrés de tolérance et expose, relativement au second point, la doctrine de la transmission médiate de la religion, qui concilie l'unité nécessaire de la croyance avec les exigences de la miséricorde et de la bonté divines. Il énumère enfin les attributs ouïes notes de la vraie religion, positives etnéga-^ tives, intrinsèques et extrinsigues, faisant observer que les premières occupent une plus large part dans l'apologétique moderne, qui réalise par là le mot de Chateaubriand : "On a prouvé jusqu'ici que le christianisme est excellent parce qu'il vient de Dieu ; il faut prouver qu'il vient de Dieu parce qu'il est excellent." M. le professeur termine par la thèse classique du miracle et de la prophétie, et à la question : " Où est donc cette unique et véritable religion ? " il promet une réponse pour l'année prochaine.
Le cours d'histoire universelle touche de près, à ses débuts, à l'apologétique. Comme le fait observer M. l'abbé Rousseau dans son introduction, l'histoire, depuis un siècle surtout, s'est trop souvent placée à un point de vue systématiquement hostile à la Révélation et à l'Eglise. L'historien catholique, en rétablissant les faits contestés ou dénaturés par la science et la critique irréligieuses, en renversant leurs systèmes et réfutant leurs conclusions, s'élève véritablement au rang d'apologiste, et l'étude de l'histoire rentre dans celle de la religion. M. l'abbé Rousseau applique ce principe au récit des premiers jours du monde et de l'humanité. Le Chaos, Fiat lux I Homme et singe, sont les titres de trois études ou l'histoire et l'exégèse, la science et la poésie mêlent leurs lumières et leurs charmes. L'autorité historique de la Bible y est solidement établie, en même temps que son but religieux et moral strictement déterminé.
Le parallèle du récit mosaïque avec les découvertes et les inductions de la science moderne, met en relief leurs nombreux points de contact, et s'il reste des obscurités et des lacunes, elles ne prouvent rien contre le livre sacré dont l'auteur n'a pas voulu faire un manuel scientifique. Ce récit, du reste, garde une supé'