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Le concile cecuménigne, par Tabbë J.-B. Jaugey

mais surtout dans la vieille Europe, une guerre si acharnée, qui a fait briller la lumière de la vérité aux yeux des peuples encore plongés dans d'épaisses ténèbres et de grossières superstitions ? n'est-ce pas elle qui a détruit l'esclavage et rappelé l'homme à sa dignité naturelle? n'est-ce pas elle encore qui a établi la vraie fraternité humaine, et rallumé le flambeau presque éteint des sciences et des arts ?

Ahl si les nations de l'Europe, si favorisées entre toutes les autres, avaient gardé la mémoire du cœur, au lieu de persécuter cette Eglise, leur mère, elles courraient sejeter dans ses bras, et, au lieu d'abandonner à ses ennemis, qui sont aussi les leurs, le Vicaire de Jésus-Christ, leur père, qui les a faites ce qu'elles sont, elles se repentiraient de leur coupable indiflFérence, elles voleraient à son secours, et par la seule force de leurs volontés réunies, elles lui feraient restituer ses domaines et sa liberté.

Mais, si telle est la cause des maux dont soufiFrent, avec l'Eglise elle-même, les sociétés humaines, quels remèdes faut-il employer pour les guérir ?

Il faut, avant tout, rendre à l'Eglise et au Pontife romain leur autorité tout entière, éloigner les obstacles qui s'opposent à l'exercice de leur divin magistère, et leur restituer cette situation stable, assurée, dans laquelle les veut la Providence. Léon XIII terminait son encyclique en exhortant les évêques à réunir leurs efforts pour répandre partout ces idées, éclairer les peuples et leur faire bien comprendre la doctrine du concile du Vatican. Enfin, il les conjurait de se tenir toujours étroitement unis au Siège de Pierre et à joindre leurs prières aux siennes.

Cette première encyclique fut suivie d'une seconde encore dirigée contre les ennemis de la société et de l'Eglise. Le pontife y poursuit jusque dans leurs derniers retranchements ces sectes qui, sous les noms de Socialisme, de Communisme et de Nihilisme, ne cachent plus dans des assemblées clandestines leurs criminels desseins, mais qui affichent au grand jour leur projet de renverser les fondements de toute autorité civile ; qui s'attaquent aux lois divines et humaines, poussent les peuples à secouer le joug des puissances, veulent anéantir le droit de propriété, et mettre de côté la révélation et l'ordre surnaturel pour leur substituer les seules lumières de la raison. Il rappelle les cris d'alarmes que n'ont cessé de faire retentir ses prédécesseurs, les grands papes Léon XII, Grégoire XVI, Pie IX, et, en dernier lieu, les Pères du concile œcuménique du Vatican.

Les souverains, les gouvernements, aussi bien que les peuples, avaient besoin d'être éclairés et sur leurs droits et sur les devoirs

qui en découlent. C'est l'objet d'une troisième constitution, non moins admirable par la largeur des vues et la solidité des raisonnements.

Que l'autorité vienne de Dieu comme de son principe naturel et nécessaire, c'est l'enseignement de l'Eglise et des Pères ; c'est la voix de la nature elle-même qui impose aux hommes la nécessité de vivre en société. Or une société ne saurait exister ni même être comprise, sans qu'il y ait à sa tête un pouvoir souverain qui domine toutes les volontés et les fasse converger vers le bien commun. Cette disposition naturelle ne peut venir que de Dieu créateur, et par conséquent l'obéissance au pouvoir légitime est pour les sujets un devoir rigoureux. Il ne saurait y avoir qu'une seule exception à cette loi, et cette exception ne peut être admise que dans le cas où le pouvoir exigerait quelque chose qui fût ouvertement contraire au droit naturel ou au droit divin, car alors les sujets seraient aussi coupables en obéissant à une pareille loi, que l'aurait été le pouvoir en la promulguant.

Et que l'on ne dise pas que l'autorité tire son origine et sa force du consentement des volontés et de la cession des droits individuels faite par tous à un seul, car les hommes ayant été créés naturellement pour vivre en commun, le pouvoir nécessaire au maintien de la société ne saurait dépendre d'eux-mêmes, mais bien d'une autre puissance, supérieure, indépendante, de Dieu créateur et conservateur. Ce prétendu pacte n'est au reste qu'une invention mensongère, une fiction, incapable d'assurer au pouvoir suprême la stabilité et la splendeur qui lui sont indispensables. Que les princes et les peuples se convainquent bien de cette vérité, qu'ils acceptent franchement la vraie notion du pouvoir et ils ne manqueront de force, ni les uns pour exercer leur pouvoir, ni les autres pour lui soumettre leurs volontés et obéir. Mais, d'un autre côté, les devoirs correspondent aux droits. Donc aussi, que les gouvernements s'appliquent à remplir exactement leurs devoirs ; qu'ils prennent Dieu, source de l'autorité, pour leur modèle; qu'ils usent de leur puissance, " comme il le fait lui-même, pour le bien du monde, et qu'ils commandent et gouvernent avec foi, charité et justice."

Il était impossible sans doute que ces constitutions doctrinales ne produisissent pas une profonde impression. Ce résultat fut visible dans l'empire d'Allemagne et surtout dans le royaume de Prusse. On sait ce qui s'y était passé. On avait d'abord attribué aux sujets catholiques certains désordres, certains attentats criminels contre le Souverain ; de là étaient sorties les funestes lois du Kulturkampf. Mais on s'aperçut bientôt qu'on avait fait

fausse route. On se convainquit, par les rapports mêmes de la police, que le danger qui menaçait, soit la personne du prince, soit l'ordre public, ne venait ni de Rome, ni des religieux, ni des catholiques en général, mais bien des doctrines professées par les sectes maçonniques et socialistes. Pour remédier à ce mal, le chancelier de fer " qui, disait-il, ne voulait pas aller à Canossa, " prêta une oreille plus attentive à la voix toujours si modérée, si conciliante de Léon XIII. Les lois de malheur furent, en grande partie, rappelées. Depuis lors, les évêques, aux grands applaudissements de leurs diocésains, reviennent de l'exil ; on rouvre les séminaires ; les religieux et les religieuses regagnent leurs pieux asiles ; et le temps n'est probablement pas éloigné où l'église d'Allemagne jouira paisiblement d'une liberté que plusieurs nations catholiques sont actuellement déjà réduites à lui envier.

Depuis la publication de ces premières encycliques, Léon XIII a continué à poursuivre son but : l'indépendance de l'Eîglise, l'amélioration religieuse et morale des peuples, et le maintien de la paix entre ceux-ci, soit par d'autres constitutions apostoliques ; soit par des lettres spéciales d'une grande importance, adressées quelquefois à une nation en particulier, quelquefois à certains ordres religieux, d'autrefois à des personnages dont la position officielle ou l'influence personnelle pouvait servir utilement la cause de la religion et de la société ^ ; soit par T envoi de nonces et de délégués ; soit enfin par sa propre intervention dans les affaires générales de l'Europe.

Notre-Seigneur enseignait avec autorité et agissait en tout et à l'égard de tous avec beaucoup de douceur : Docebat tangriam

auctoritatem habena Arwndinem quasaatam non confringet et linum

fumigans n(m extinguet. C'est ce qu'avait prédit le prophète Isaïe, qui, par ces paroles, marquait un des caractères distinctifs du Messie.

C'est là aussi la devise et la politique de Léon XIII, son Vicaire sur la terre. Qui, en effet, n'a pas admiré la hardiesse, la fermeté, la clarté qui régnent dans ses Lettres Apostoliques ? mais qui n'admirerait la charité, le zèle et l'esprit de conciliation qui caractérisent ses actes? Le Maître a dit qu*il était venu pour appeler à lui et pour guérir de leurs maladies spirituelles et morales les pécheurs, " parce que ce sont les malades qui ont besoin du médecin et non pas ceux qui sont en bonne santé. "

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