Mattb. II
562 QUAND A COMMENCÉ l'ÈRE CHRÉTIENNE
mort. Aussi bien, ajoute-t-on, Antipater, d'après Josèphe^régnait en maître sur le cœur du roi, et il était dévoré d'une telle ambition de monter sur le trône, que, pour parvenir à ses fins, il n'eut pas horreur de conspirer contre la vie de ses deux frères, Alexan* dre et Aristobule, et contre celle de son père lui-même. D'autre part, il pouvait se croire menacé, lui aussi, et même plus que le vieil Hérode, par le nouveau roi des Juifs qu'on annonçait. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait été compté par 8t Matthieu au nombre de ceux qui cherchaient à faire périr l'Enfant. Or, poursuit-on, cette conjuration d'Hérode et d'Antipater contre les Innocents n'a pu avoir lieu que quelque temps avant le départ de celui-ci pour l'Italie, vers le milieu de 748, puisque, à partir de cette époque, toutes les machinations d'Antipater furent découvertes, et qu'il perdit ainsi toute son influence sur le cœur du roi. D'où il suit qu'on ne peut pas placer le meurtre des Saints Innocents plus tard que le printemps de 748, et que par conséquent, le Sauveur a dû naître en Décembre 747. ^
Ce raisonnement suppose, mais ne prouve pas, qu'Antipater a été complice du massacre de Bethléem. Vouloir fonder la preuve de cette complicité sur l'ambition d'Antipater et sa toute-puissance sur l'esprit du roi, c'est présupposer que le massacre eut lieu avant le départ du prince pour Rome, ce qui est précisément en question ; vouloir l'appuyer sur le texte de St Matthieu, rapporté plus haut, c'est faire une hypothèse gratuite, que rien n'autorise. Dans le texte évangélique, il n'est question que d'Hérode : *' à la mort d'Hérode, " dit-il, " l'ange du
Seigneur apparut à Joseph, en Egypte, et lui dit Retourne
dans la terré d'Israël : car ils sont morts, ceux qui voulaient tuer l'Enfant. " 2 Mais pourquoi ce pluriel ? Par cette façon de parler, l'ange fait sans doute allusion à une parole que Jéhova avait autrefois adressée à Moyse dans une circonstance analogue : " Le Seigneur dit à Moyse dans la terre de Madian : Va, et retourne en Egypte : car tous ceux qui en voulaient à ta vie sont morts. " 5 II ne s'agissait, là aussi, que du Pharaon. D'ailleurs, qui ne sait que, dans le langage usuel, le pluriel est assez fréquemment employé pour le singulier, alors même que ce pluriel n'est pas ce que les grammairiens appellent un pluriel de majesté?
1. V. Patrizzi : De Urang. lib. III, dissert. XXXIII, c. U ; ainsi quo Wallon : De la croyaixce à VÈuattgUe : p. 383.