R08MINI
fruits plus abondants, Nous dérogeons pour cette fois au mode de nomination prescrit par la règle, et Nous l'établissons pour la vie Prévôt-Général de l'Institut de la Charité ".
On remarquera en passant, — ce qui n'est pas sans importance pour bien apprécier la conduite du St-Siège — que les éloges ainsi décernés par le Souverain Pontife Grégoire XVI à l'abbé Rosmini ne portent nullement sur la valeur de ses doctrines,
L'Institut Rosminien, dont le but se révèle dans son nom même, devait, d'après sa constitution et l'idée de son fondateur, tenir le milieu entre le clergé régulief et le clergé séculier. Alliant à l'essence de l'état religieux certaines formes extérieures plus souples et plus libres, ce devait être comme un corps de vdltigeurs, prêts à tout, capables d'aider, de soutenir, en cent façons diverses, le sacerdoce militant.
Les commencements furent de bon augure. Bientôt on vit la nouvelle congrégation se remplir de prêtres dévoués, et étendre le rayon de sa charité à un grand nombre d'oeuvres pieuses, telles que missions, retraites, desserte des paroisses, direction des écoles, etc. Les provinces septentrionales de l'Italie furent, avec l'Angleterre, les premiers théâtres où brilla le zèle des religieux rosminiens. Il est vrai que certains établissements tentés dans le Tyrol durent échouer par suite de l'odieux Joséphisme dont l'Autriche, maîtresse de cette contrée, n'avait pas cessé de subir l'influence. Appelé au Piémont par le roi Charles Albert, Rosmini y fut plus heureux. En Angleterre surtout, où la semence de la nouvelle société fut portée en 1835, les résultats ne tardèrent pas à dépasser toute espérance. On ne saurait nier que l'Institut Rosminien ait été, entre les mains de la Providence, un auxiliaire très puissant pour hâter et effectuer ce consolant retour au catholicisme, qui s'est naguère produit dans une assez large portion de la nation anglaise.
Toutefois, avouons-le, les attaques dirigées dès l'origine de l'ordre contre les doctrines de son fondateur ne lui ont pas permis de prendre tout l'accroissement qu41 pouvait attendre d'abord. L'avenir lui réserve-t-il des jours plus prospères ? Nous, voulons l'espérer, quoiqu'il y ait lieu de craindre que, par la force même des choses et malgré le vœu contraire de Rome, il ne ressente trop violemment le contre-coup de la condamnation dont le rosminianisme vient d'être frappé.
Si l'abbé Rosmini se distingua par ses vertus, par un vif amour de l'Eglise et un grand zèle pour ses frères, ce fut surtout par ses écrits qu'il éveilla Pattention'de ses contemporains.
Personne n'ignore qu'à Taurore de ce siècle, l'Europe presque •entière souffrait d'un mal profond. Sous le nom de philosophie nouvelle, des opinions perverses, aussi nuisibles à la foi que contraires à la raison, s'étaient peu à peu glissées dans les écoles, et dominaient déjà un très grand nombre d'esprits. Le panthéisme d'une part et le sensualisme de l'autre exerçaient leurs ravages, non seulement en Allemagne et en France, mais encore en Italie, cette terre classique des saines et pures doctrines. Comment les catholiques de ce pays n'eussent-iis pas accueilli par des transports de joie tout athlète se levant, avec un noble courage, du sein de tant d'erreurs, pour couvrir de sa parole la vérité outragée ?
Rosmini fut salué comme un oracle.
Tout d'ailleurs semblait s'unir en lui pour lui concilier la faveur publique. A une érudition vaste et brillante, le philosophe de Bovereto joignait une grande élévation de pensées, les charmes d'un style vigoureux, élégant et facile.
Ce fut la ville de Milan qui applaudit à ses premiers faits d'armes. Cette cité, dominée par les théories sensualistes, était devenue à cette époque comme un centre d'erreurs. Le terrain semblait donc bien choisi pour la lutte. Rosmini entra en lice avec toute l'ardeur de ses trente ans. Différents opuscules, écrits pour la plupart contre les fausses doctrines du temps, sortirent alors de sa plume, et firent grand bruit dans la sphère des lettrés.
Deux années après, en 1829, profitant d'un voyage à la Ville Eternelle, il y publia, avec les encouragements d'illustres personnages, son Nouvel essai sur Vorigine des idées, ouvrage qui porte en germe toute la philosophie rosminienne. Plusieurs autres travaux, concernant des matières delà plus haute importance, suivirent de près cet essai. A vrai dire, il n'est guère de question philosophique ou théologique que Tabbé Rosmini n'ait, un jour ou l'autre, hardiment abordée et tenté de résoudre.
Parmi tous ses écrits, celui où son système se reflète avec le plus de fidélité, c'est sa Téosofie, à laquelle il consacra les dernières années de sa vie. Ce livre se trouve au nombre de ses •œuvres posthumes, et c'est de lui que sont ctj traites le plus grand nombre des propositions condamnées.
Si le talent pouvait servir à l'esprit de garantie suflisante contre toute faiblesse, on n'aurait certes pas à déplorer aujourd'hui les erreurs de Rosmini. Ce docte abbé, nous l'avons reconnu déjà, avait reçu du ciel une intelligence d'élite : tous ses ouvrages «n font foi, spécialement ses préfaces, là où il développe quelque idée d'une portée plus générale. On en jugera par le passage