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Non, elle ne suffit pas. Les rosminiens soutiennent qu'en Dieu et dans les créatures Têtre initial conserve la même essence. Force alors leur sera de conclure qu'il y conserve aussi chacune de ses propriétés essentielles, puisque le propre n'abandonne jamais la nature dont il émane. D'autre part, qui ne sait qu'à raison même de son être, en vertu de sa nature. Dieu est éternel, sans principes, infini? Donc cette éternité, donc cette infinité, apanage nécessaire de l'être divin, devront l'accompagner dans toutes les créatures, jusqu'aux derniers confins de l'univers visible. La conclusion slmpose fatale, inéluctable : elle fait de l'être rosminîen ce que nous disions, un centre de panthéisme.
Mais, rhistoire nous l'apprend, il n'est pas de système philosophiquement faux, dont les principes, pressés dans leurs conclusions, n'affectent et n'ébranlent, d'une manière plus ou moins grave, la notion catholique des dogmes révélés. Le rosminianisme en est un exemple ajouté à mille autres, et c'est de cet exemple, aussi affligeant que vrai, qu'il nous reste à parler.
Comment, en premier lieu, les théories rosminiennes, sapent par la base Vordre surnaturel, nous l'avons insinué plus haut.
Ce qui constitue le fondement et la racine même de cet ordre, essentiellement distinct de l'ordre naturel, c'est, nous le savons, la vision suprême, immédiate de Dieu, en tant que cette vision, à laquelle la grâce prédispose le? justes, dépasse absolument les forces natives de tout esprit créé, et ne peut briller au regard des bienheureux que par la lumière de gloire dont le ciel les inonde. Supposez à une créature la faculté d'atteindre par ses propres forces jusqu'à l'intuition de l'essence divine, ce foyer de mystères: du coup, vous supprimez les plus hautes barrières naturellement élevées entre Dieu et nous ; vous niez le surnaturel dans l'ordre de connaissance. C'est ce qu'ont fait, assurément sans le vouloir, les défenseurs de l'ontologisme ; c'est ce que fait Rosmini en soutenant l'intuition naturelle et spontanée de l'être idéal, universel, lequel en réalité, n'est autre chose que Dieu même. Voilà, sans doute, aussi l'erreur fondamentale visée par l'Eglise dans la condamnation des propositions 36 et 37.
De quelle manière Rosmini entend-il le mystère de la Trinité t
Pour bien saisir sa pensée sur ce point, sachons que le philosophe de Rovereto distingue trois états de l'être, c'est-à-dire trois formes que l'être revêt en tout sujet existant : la forme réelle ou subjective, la forme idéale ou objective et la forme morale. C'est dans un sens analogue que nous attribuons à chaque chose les prédicats généraux d'être, de vrai et de bon. Or, d'après le système rosminîen, ce sont précisément ces trois formes de l'être,
la réalité, l'idéalité, la moralité, qui, transportées en Dieu, nous font concevoir trois personnes divinement subsistantes, le Père, le Fils et le Saint Esprit (Prop. 26). De là vient, dans le même système, que, à l'aide de sa raison, l'homme peut démontrer d'une façon scientifique, quoique indirecte, l'existence du mystère de la Très Sainte Trinité, cette vérité cependant une fois révélée. Autrement, dit Rosmini, la doctrine de l'être serait un non - sens, la Téosofie rationnelle un chaos d'absurdités (Prop. 25).
Quiconque a ouvert et tant soit peu médité un traité de théologie ne saurait tarder à comprendre ce qu'il y a d'erroné dans cet exposé du premier de nos mystères. C'est une vérité acquise, presque un axiome auprès des théologiens, que le principe de distinction des trois personnes divines réside dans les relation» d'origine : relations réelles d'abord, parce que le Verbe et l'Amour procèdent réellement de leurs sources ; relations distinctes, par l'opposition bien établie de leur termes ; relations subsistantes, comme tout ce qui est en Dieu. Malheureusement Rosmini semble ignorer cette doctrine. La réalité ou l'être, l'idéalité ou le vrai, la moralité ou le bien, voilà pour lui d'où résulte l'auguste Trinité ! Par contre, selon nous, voilà ce qui l'anéantit, au profit de l'antique sabellianisme. En effet, vainement nos yeux chercheraient-ils parmi les formes ci-dessus énoncées ces caractères de mutuelle opposition, qui seuls peuvent constituer une distinction réelle des personnes divines. L'être, le vrai, le bien, si on les compare entre eux, ne présentent à l'esprit que distinctions de raison.
Ce que Rosmini ajoute des forces de notre intelligence mise en face de ce grand mystère d'un Dien en trois personnes, n'est qu'une fausse conclusion logiquement issue de principes viciés Aucun mystère véritable ne saurait être, soit avant soit après sa révélation, directement ou indir ctement démontré par des preuves rationnelles. Tel est l'enseignement des écoles catholiques, et il repose sur un fondement plus solide, plus évident aussi que le système rosminien, nous voulons dire : le manque nécessaire et absolu de proportion entre les créatures, objet naturel des intelligences créées, et l'essence incomparable du Créateur. ^
Rosmini, ce semble, eût aisément souscrit à cette doctrine, si ses funestes théories sur la création n'avaient si radicalement faussé son esprit. — ^Voici CDmment l'ingénieux théosophe pré-