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tend expliquer cette première et souveraine manifestation du maître de Punivers. Trois actes d'abord sont par lui supposés en Dieu : l'abstraction, l'imagination et la synthèse. Dieu, par la merveilleuse puissance de son regard, abstrait du sein de sa nature absolue l'être initial, virtuel, indéterminé, fondement des choses finies. Â cette abstraction succède l'imagination, second acte par lequel l'esprit divin conçoit et détermine les limites réelles que l'être initial pourra recevoir, et d'où bientôt surgira l'immense variété dos créatures (Prop. 14). Vient enfin le troisième acte : c'est une sorte de synthèse, c'est l'union des éléments produits par les actes antérieurs, de l'être virtuel commun à tout ce qui est, et des termes divers qui en doivent définir les contours. Dans cette union ou synthèse consiste proprement l'action créatrice (Prop. 15). A bien dire, Dieu ne produit pas l'être des choses ; il n'a qu'à le poser, selon ce qu'exigent les traits distinctifs de chacune d'elles (Prop. 17).
Mais cet acte divin, constitutif des choses créées, est-il libre? Eh I comment le serait-il, lorsque l'être que Dieu aime nécessairement en lui-même, se retrouve dans les créatures, univocjue et identique ? Aussi Rosmini est-il d'avis que l'amour dont Dieu s'aime dans ses œuvres le détermine à créer par une nécessité morale, par une sorte d'entraînement auquel lui, l'être parfait, jamais ne résiste (Prop. 18).
Telle est l'idée que Rosmini s'est faite de la création ; et quelqu'étrange qu'elle soit, après ce que nous savions déjà du fameux être initial sur lequel s'élève toute sa philosophie, elle ne nous surprend pas. Ce qui plutôt nous étonne, c'est que le besoin d'inventer de telles chimères n'ait pas fait soupçonner à leur auteur l'éclatante fausseté de son système. Chimères ! Voilà bien le mot dont il faut qualifier ces fantastiques couleurs, sous lesquelles on s'eflforce de nous représenter Dieu créant le monde, A coup sûr, l'œuvre accuse un pinceau panthéiste.
Cette abstraction, d'abord, premier acte attribué par Rosmini au Créateur, répugne souverainement à la nature divine. Selon que le remarque un profond théologien i , si, en effet, l'être de Dieu pouvait s'abstraire de sa nature au moins par la pensée,
1. Mgr SatoUL — In Summam theologicam Divi Thomœ Aquhvitii prcelec' tiones.—Yol I, p. 164.
Ces commentaires tout réci^nts, également remarquables par l'élévation des aperçus, la rigueur de la méthode et une fidélité sans reproche à la doctrine de S. Thomas, ont déjà, soit dit en passant, conquis dans les écoles une juste célébrité. Ntius osons les recommander à tous ceux qu'intéresse la restauration des études philosophiques et théoiogiques si glorieusement entreprise par Léon XIIL
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Dieu, dans cette hypothèse, ne serait plus son être : en lui, icomme dans les créatures, régnerait la composition d'essence et <1 'existence ; conséquence impossible, entièrement contraire à sa simplicité, et que la saine théologie repousse.
Cette même théologie ne repousse pas moins le concept rosminien de l'acte créateur ; car elle y voit, disons-le de suite, une négation presque formelle de la croyance catholique. D'après «ne définition consacrée par tous les siècles chrétiens, créer c'est faire une chose de rien, c'est lui communiquer cet être premier et substantiel qu'elle n'a pas, qui ne préexiste que dans la vertu de sa cause. Oreaiio est prodt^io totiiLS entis ex non ente : — Erreur, s'écrie Rosmini ; pourquoi obliger Dieu à tirer du néant un être nouveau ? Vous lui faites la tâche trop difficile. Créer, selon moi, ce n'est que poser, qu'enfermer Têtre divin, éternel, incréé dans diverses limites qui, en le déterminant, constituent la variété des êtres finis. Voilà tout.
Oui, en vérité, voilà tout. Sous les voiles trompeurs de ce système, elle disparaît, la majesté souveraine de notre Dieu, promenant sur le néant le bras de sa toute-puissance, et faisant jaillir d^un fiât toute la substance des mondes qui nous entourent. La théorie rosminienne rabaisse le Créateur au simple métier de peintre, disposant des couleurs sur une immense toile, incréée comme lui et destinée à représenter tous les êtres.
Il n'aurait même pas, ce Dieu- peintre, la liberté de son œuvre, lorsque cependant les conciles, la tradition, la raison, tout pro- •clame qu'aucune nécessité, soit physique, soit morale, ne portait Dieu à créer ; que rien dans les créatures, pâles reflets de sa face, n'offrait assez de charmes pour forcer le consentement de sa libre volonté. Ici, comme sur bien d'autres points, ce qui a trompé Rosmini, nous le comprenons, c'est le principe fondamental de son système, principe panthéistique confondant l'être divin avec l'être des créatures, et faisant de celles-ci une manifestation nécessaire de leur auteur.
Il n'est peut-être pas au monde de puissance plus aveugle et plus inexorable que la logique de l'erreur.
Mais suivons le développement de la pensée rosminienne. Voyons ce qu'elle dit de l'Aomme, ce roi de la création; en quels termes elle essaie d'expliquer sa nature, son origine, l'immortalité de son âme. Ces importantes questions font l'objet des pro« positions 20, 21, 22, 23 et 24.
Nous ferons observer d'abord que, dans l'esprit centralisateur de l'abbé Rosmini, tout ce qui existe cache au fond de son être «n principe sensitif, principe plus ou moins parfait, et dont la
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progression sti£6it à rendre compte des différentes sortes de mouvement, depuis l'action mécanique jusqu'à l'acte intellectueL C'est pourquoi, dans cette théorie, l'Âme humaine n'est ellemême qu'un principe sensitif transformé, une &me sensitive tinie à un organisme supérieur, et qui, par cette raison, venue en contact avec l'être idéal, lumière des esprits, s'est soudainement changée en nature intelligente. Il ne répugne donc pas, ton* jours dans le même système, que l'âme de l'homme, semblable en cela à celle des animaux, se propage par voie de génération : cela plutôt découle sans effort des prémisses posées. Autres conséquences : l'&me humaine raisonnable n'est pas la forme substantielle du corps ; son union avec ce dernier ne repose que sur un acte, la perception de l'être, et cette perception elle* même est l'unique fondement de son immortalité.
Vous conviendrez, lecteurs, qu'un tel débordement d'opinions téméraires et d'erreurs malsaines appelait au plus tôt les censures de l'Eglise.
• Qui ne sait que, selon une doctrine depuis longtemps reçue, élaborée par S. Thomas, définie par les Conciles \ l'homme se Compose d'un corps et d'une âme physiquement et immédiatement unis de façon à ne former qu'une seule substance ? Or cette âme ainsi enchaînée au corps, comme la forme à la matière, c'est une âme raisonnable, intelligente par nature, et non point seulement par une perception accidentelle de l'être, une âme sortie des mains augustes du Créateur et non des langes d'un embryon. Aussi, quoique enveloppée de chair, n'est-elle pas tellement retenue par ses liens qu'elle ne puisse subsister et agir en dehors de toute condition matérielle ; loin de là. Vivant dans la matière, elle la dépasse, la domine ; ni son être, ni le principe subjectif de ses actes intellectuels n'en dépendent. C'est le secret de sa grandeur et de sa gloire ; de là viennent tous ses titres de substance immatérielle, spirituelle, immor* telle. Regarder, à l'exemple de Rosmini, l'âme raisonnable comme une évolution de l'âme sensitive, essentiellement inférieure et périssable, c'est nier le dogme de sa spiritualité; placer son caractère rationnel dans une perception sans intelligence d'où cet acte émane, sans sujet incorruptible qui l'appuie, c'est renverser le trône de son immortalité. Evidemment ici, le "Système rosminîen livre au matérialisme les plus nobles prérogatives de notre nature.