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Rosmini, au reste, n'explique pas comment le péché d'Adam, en tant que péché, puisse sans injustice être imputé à sa postérité. Il ne montre de cette faute que la transmission matérielle qu'il paraît confondre avec la transmission formelle. Un mot pourtant, un seul mot de S. Thomas comparant le genre humain à une immense société contenue dans Adam, comme dans son chef et solidaire de sa chute, eût éclairé cette question de si vives lumières I Mais on sait quel ostracisme pesait alors sur les œuvres du moine d'Aquin I
L'erreur appelle l'erreur. Une fois engagé dans de fausses notions sur le péché originel, il est diflScile que lesprit ne s'égare point en même temps dans les matières qui touchent à la justification et à la grâce. Rosmîni a dû subir ce funeste entraînement. C'est ainsi que, s*appuyant sur certaines expressions de l'Ecriture, il croit devoir distinguer les iniquités qui sont remisée des péchés qui sont couverts (Prop. 35). Celles-là, lui semble- t-il, sont les fautes actuelles et libres, ceux-ci sont les péchés non libres des enfants de Dieu.
Des péchés non libres I Y en a-t-il, pourrions-nous demander d'abord ? Tout péché, dans le sens formel du mot, ne supposet-il pas un exercice de notre liberté, et le péché de nature luimême, considéré par rapport à nous, n'a-t-il pas été libre dans la volonté d'Adam, père et représentant de l'humanité entière î Cette distinction nouvelle du docteur de Rovereto est pour le moins périlleuse ] obscure et équivoque, elle glisse sur la pente d'une idée luthérienne, que l'Eglise a justement réprouvée. *' Par la justice de Dieu, dit le Concile de Trente, non seulement nous acquérons la réputation d'être justes, mais en vérité nous le sommes. ^ " C'est donc une résurrection, un renouvellement intérieur que cette justice opère : renouvellement impossible dans l'hypothèse que fait naître l'interprétation naturelle des paroles de Rosmini. Qu'on admette en effet l'existence de péchés non libres, péchés couverts, il est vrai, du manteau de la miséricorde divine, mais que Dieu ne remet pas, que son baptême n'efface pas. Ces fautes demeureront comme attachées au fond de l'âme, et le chrétien, sorti des sources purifiantes que lui ouvrent les sacrements, tout en passant pour juste, ne sera en réalité qu'un pécheur. Cela est faux, cela répugne.
La proposition 28 décrit l'union de l'âme avec Dieu par la grâce : ^* Selon la doctrine chrétienne, le Verbe s'imprime dans l'âme de ceux qui, avec la foi, reçoivent le baptême du Christ."