Justin Winsor, Nw^, and Crit, Hist, III, p. 52, note
l'accomplissement fidèle de tous les devoirs d'un bon citoyen. Si jamais l'on trouve une entrée spéciale pour Jean, elle devra donner le lieu de sa naissance. De là il suit que Jean Cabot est venu à Venise en 1461, au plus tard, et dans un âge assez avancé pour y remplir les devoirs d'un bon citoyen, c'est-à-dire à sa majorité, ou à peu près. La date de sa naissance doit donc se trouver vers 1436, comme celle de Christophe Colomb. Je donne sous toute réserve ces dates approximatives, n'ayant pas eu le plaisir de trouver mieux: les documents font défaut sur les jeunes années de Jean Cabot.
Il en est de môme à propos de son départ de Gênes. Toutefois, l'histoire de cette ville peut nous amener à des conclusions assez probables ; mais de là à la certitude, il y a loin. En 1461, Gênes était ruinée : Venise lui avait ravi le commerce de la Méditerranée, et les dissensions des Génois plaçaient la République dans la triste nécessité de se livrer aux Français pour goûter quelques instants de repos. C'est à cette occasion que Louis XI fit à leur supplique l'accueil suivant : " Les Génois se donnent
à moi, et moi je les donne au diable! " Pour Cabot, qui se
livrait aux études cosmographiques et à la navigation. Gênes n'offrait que des avantages bien médiocres ; et l'on sait que Christophe Colomb ne put rien obtenir de cette ville, lorsqu'il voulut lui consacrer son talent et ses espérances.
Jeune et instruit. Cabot jeta les yeux sur Venise, où l'avenir semblait plus assuré. C'était vers 1461, la république avait besoin d'hommes. Cette année même, Venise avait à défendre ses colonies contre Mahomet II, maître de Constantinople depuis 1453. Dans cette guerre, qui dura 16 ans, Venise s'honora par une défense glorieuse. Néanmoins, elle se fit enlever par Mahomet plusieurs îles de l'Archipel, entr'autres Négrepont et toutes les places de la Morée. — A la mort de l'invincible Scanderberg, elle posséda momentanément quelques districts de l'Albanie, Scutari «n particulier, qu'elle dut remettre à Mahomet malgré sa noble résistance.
Quel était le rôle de Jean Cabot ? Il était arrivé à Venise au commencement de la guerre, en 1461. — Nous savons qu'il servit la république pendant 15 ans, au moins. — De quelle
manière? comme soldat? — Peut-être; car, en ces temps
de crise, les marins de la République de S.-Marc faisaient la lutte avec les flottes musulmanes. Que Jean Cabot soit devenu soldat fantassin, c'est chose assez peu probable. Qu'il ait servi comme marinier, ou soldat dans l'armée navale, il serait téméraire de le nier. Un bon citoyen^ possédant l'art de la
navigation, ne pouvait guère refuser une telle demande de la part de ses chefs, si jamais elle eut lieu.
Cependant Venise, en dépit des efforts de Mahomet, ne négligeait pas les affaires commerciales ; ses vaisseaux sillonnaient la Méditerranée comme aux jours les plus prospères de la République. C'est dans la marine marchande, je crois, que nous devons chercher Jean Cabot. Il aimait le commerce et dut lui garder ses préférences, même pendant la guerre ; d'autant plus que les occasions ne durent pas lui manquer pour faire, par-ci par-là, le coup de feu avec les Turcs.
Nous avons encore la certitude que Cabot était bien paisiblement à Venise vers 1470, au milieu de la guerre contre Mahomet. Il y épousa une vénitienne, dont il eut trois fils : Louis, Sébastien, né vers 1472 ou 1473 1, et Sancius. Cette circonstance porte à croire que le marin ne prenait pas une part très active à la guerre.
Puis l'histoire se tait jusqu'au moment où le Sénat de Venise récompense Cabot, comme nous l'avons vu, en lui accordant le droit de cité, le 28 mars 1476, deux ans avant la fin de la guerre contre les Turcs.
Silence parfait, jusqu'à présent, sur la vie de Cabot depuis
l'obtention du droit de cité jusqu'à son départ de Venise
Néanmoins, nous avons lieu de croire qu'il continua ses voyages de commerce sous le drapeau vénitien. D'après les chroniques. Cabot eut occasion, à une époque quelconque, d'aller jusqu'à La Mecque, en Arabie 2 , et de rencontrer les caravanes du Levant qui apportaient jusqu'à Alexandrie les richesses de la Chine et du Japon. Il a questionné les habitants du désert pour connaître l'espace parcouru par ces caravanes 3.
Pourquoi est-il allé si loin ?. . . .Ce dut être dans un but purement commercial : les interrogations qu'il pose aux voyageurs du Levant ne peuvent laisser entendre autre chose.
A quelle époque a-t-il fait ce voyage à La Mecque ? — Vraisemblablement, c'est après 1478. Le voyage était impossible à Jean Cabot, domicilié à Venise, pendant la guerre contre les Turcs. Mahomet II, maître de l'Arabie, n'aurait pas toléré semblable voyage, et Jean Cabot aurait commis une grande impru-
1. Opinion de d'Avezac, citëe par Justin Winsor, Nar, and C, Hist,^ III, 62, note.
2. Lettro de Tabbé Kaimondo de Soncino, Envoyé du duc de Milan, 18 déc. 1497. J. Winsor, Nar, a^tid Or. H., III, 54.