Lettre de Raimondo, 18 déc
dence en s'aventurant aussi loin sur le territoire ennemi. Or, la guerre ne se termina qu'en l'année 1478. Donc le voyage à La. Mecque n'eut lieu qu'après cette date.
C'est une preuve que Jean Cabot ne quitta pas le service de Venise en 1477, comme le veulent certains auteurs ; d'autant plus que sa présence en Angleterre n'est signalée que le 21 jan* vier 1496. Je crois donc que Cabot resta sur les navires vénitiens jusqu'au retour de Christophe Colomb, en l'année 1493. C'est aussi vers cette date qu'il dut faire son voyage à La Mecque et s'enquérir de la marche des caravanes de l'Orient. En effet, le frère de Bajazet II, l'infortuné Zizim, était entre les mains du Pape un gage de la bienveillance du sultan à l'égard des chrétiens; et Bajazet s'exposait à une guerre civile, du moment qu'il mécontenterait le Pape ou ses alliés. Les circonstances étaient donc des plus favorables pour permettre à Jean Cabot de faire son voyage.
Après mûre délibération, croyant à la rotondité de la terre,, disent les chroniques, il en arriva à ce résultat, qu'un passage maritime à l'ouest serait plus commode qu'une triple série de caravanes. Or Jean Cabot n'a pu arriver à cette conclusion qu'après le retour de Colomb en 1493, car partout l'on mit en doute le succès du grand voyage jusqu'à l'arrivée de Colomb- Mais les récits de ce dernier firent une véritable révolution dans l'art de la navigation. C'était le triomphe des idées nouvelles,, savoir la rotondité de là terre et la possibilité d'atteindre, par la route de l'ouest, des terres nouvelles ou les côtes orientalea del'Asie.
Cabot était alors à Venise ; c'est là qu'il médita son projet de chercher le passage de l'ouest, car Venise en eut les prémices. Dans ce cas, je comprends facilement qu'il cherche à entraîner Venise dans ces expéditions lointaines, sans aucun succès : la République avait dans le moment des affaires trop sérieuses à démêler en Italie, — où Charles VIII passait en triomphateur, allant à la conquête de Naples, — pour s'occuper de voyages peu rémunérateurs dans les régions de l'ouest.
Que l'Espagne n'accepte pas ses services lorsqu'il passe à Séville, après avoir dit adieu à Venise, je n'en suis pas étonné : elle possédait Christophe Colomb'; d'ailleurs plusieurs marins espagnols se disputaient la gloire de continuer l'œuvre du grand navigateur, tandis qu'elle avait tout à rjsquer en commettant ce soin à des mains étrangères i.