‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 20 sur 292 · DANS L^ UNIVERSITÉ CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

DANS L^ UNIVERSITÉ CATHOLIQUE

chemins de fer et des canaux pour transporter nos produits : voilà tout ce qu'il nous faut, et nous l'avions bien avant que vous ne vinssiez nous parler de votre faculté des Arts.

Je sais, Messieurs, à quel point on peut faire fausse route en transportant dans un pays les idées reçues dans un autre. Je sais combien les choses qu'on désigne par les mêmes noms peuvent être de condition différente, ici et là. Loin de moi donc la pensée de vouloir modeler l'agriculture canadienne sur la suisse et la flamande, et de proposer pour type à vos étables, si riches dans leur rusticité, celles que les Hollandais entourent de ces soins minutieux qu'on réserve ailleurs aux salons. — En matière d'érochement et d'essouchage, je m'en fie à vos bfavea colons plus qu'à personne. — Mais beaucoup de vos terres n'ea sont plus à ce point, et ne serait-il pas un milieu entre la culture trop rudimentaire que la routine y perpétue souvent et la culture ultra-scientifique de certains cantons du vieux monde ?

Là sont des laboratoires de chimie agricole où l'on ne se lasse point d'analyser, saison par saison, et chaque espèce de sol, et chaque espèce de plante, et chaque modification produite dan» le sol par les cultures alternées ou réitérées de telles ou telle» plantes. Là s'est déjà réfugié cet art de formuler, menacé, dit-on, chez nos médecins, par l'invasion des brevets pharmaceutiques* Ce seront donc maintenant les médecins de la terre qui prescriront les savants dosages, au moyen desquels on tirera, môme d'un, sol naturellement stérile, telle récolte désirée.

Je ne vous propose pas, Messieurs, de tant raffiner encore en matière de guano, de phosphates, d'engrais chimiques. Mais partons de l'état présent de vos campagnes, n'interrogeons leur» honnêtes habitants que sur les conditions de succès de leur» travaux les plus actuels ; à combien de questions répondent-ils :. Je n'en sais rien I Je ne sais pas si quelque amendement serait utile à ma terre, s'il y aurait quelque remède à cette maladie de mes arbres fruitiers, de mes troupeaux. Ce qu'ils ne savent pas, des voisins plus diligents le diraient peut-être sans être encore à. beaucoup près des savants de profession. Mais, à leur tour, il est des questions moins vulgarisées auxquelles ils feraient la. même réponse et sur lesquelles ils trouveront des lumières auprès d'hommes plus versés dans la science proprement dite. Parce* que cette science plus abstraite représente le suprême degré de centralisation, de généralisation des connaissances d'un certain ordre, et parce qu'elle domine son terrain de plus haut, elle peut faire rayonner sur tous les points d'un vaste horizon ses lumières fécondes. Et qui sait si la faculté des Arts, s'înspirant de telles

pensées et d'un récent exemple de l'Université catholique de Louvain, ne croira pas, un jour, bien mériter du pays en instituant des cours et des examens spéciaux pour conduire quelques élus au titre nouveau, mais bien justifié, d'ingénieur agricole ?

En s'incorporant l'Ecole Polytechnique de Montréal, elle prend dès aujourd'hui sous sa responsabilité les diplômes d'ingénieurs civils que délivrait déjà cette intéressante institution. Je n'essaierai point de prédire quels débouchés variés un avenir plus ou moins prochain peut promettre à ses élèves ; mais dans une industrie qui intéresse au plus haut degré et le commerce et l'agriculture du'pays,Jla grande industrie des transports, n'y a-t-il pas déjà des perspectives ouvertes, bien dignes de stimuler chez «ux et chez nous une vive émulation pour les sciences dont elle relève ?

Et quelles sciences sont étrangères à la construction, à l'exploitation des voies ferrées, à la navigation si rapide et A précise des paquebots océaniques? Ce Pacifique Canadien, dont vous êtes justement fiers, ces steamers à grande vitesse qui s'empreseent de le relier à l'Asie comme à l'Europe, pour vous attirer le transit envié de la Chine et du Japon, croyez-vous qu'ils soient seulement l'œuvre de quelques puissants capitalistes et d'un peuple de manœuvres? Non, Messieurs, c'est tout d'abord un peuple entier de savants qui a travaillé à vous en doter. La matière première de tout ce prodigieux organisme est elle-même une conquête de la science contemporaine, car la métallurgie du fer et de l'acier s'est transformée sous nos yeux. L'acier, il y a cinquante ans, était presque un métal précieux. Il fallait des semaines de lente cémentation pour en former de minces barreaux dans les fourneaux de Sheflield. Aujourd'hui les cornues de Bessemer rivalisent avec les fours de Seemens, de Krupp et de leurs émules, pour verser, à vil prix, des torrents d'acier à tous les arts de la paix et malheureusement aussi de la guerre. Et si ces fameux industriels n'ont pas toujours étudié dans les facultés des Arts, ils n'auraient jamais rendu si pratiques leurs idées les plus lumineuses, sans le concours des hommes voués aux recherches de science pure, ni sans celui de savants ingénieurs formés d'abord à l'école de ces grands théoriciens.

Voulez-vous encore un exemple, entre cent mille, de cette pénétration maintenant universelle de la science transcendante dans les plus obscurs détails de nos arts pratiques ? L'Académie des Sciences de Paris a perdu l'an dernier un de ses illustres vétérans mort, peu s'en faut, à sa table de travail, à l'âge de 91 ans. Je suis doublement heureux de nommer ici M. de Saint-Venant,

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parce qu'il fut aussi grand chrétien que grand savant et parce que la faculté des Arts se réjouit de compter dans ses rangs un de ses parents les plus proches. Or, savez-vous ce qu'on connaît partout, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, sous le nom de problême de St- Venant ? C'est une question relative aux résistances intérieures qui naissent dans une barre de fer lorsqu'elle travaille, que ce soit dans une machine en mouvement, ou seulement dans une charpente comme celle de ces ponts métalliques que la concurrence des chemins de fer multiplie sur nos grands fleuves. Eh bien ! ce problême fait appel aux branches les plus élevées de l'analyse mathématique, et ce n'est qu'en s'y frayant des voies nouvelles que M. de St- Venant a pu lui donner une solution, encore imparfaite, mais déjà pleine d'intérêt pour les applications. Pour certains cas, il a reconnu que l'instinct des hommes pratiques, auquel on se fie parfois trop exclusivement, les avait complètement égarés sur la position des points où la rupture est à craindre, et les expériences suggérées par sa théorie lui ont donné une complète et très pratique confirmation.

Ainsi, Messieurs, c'est l'esprit de la science qui pénètre et vivifie partout aujourd'hui le corps de la civilisation matérielle. C'est lui qui féconde les capitaux et les tourne à toute main, aussi bien que la matière dont ils recèlent, sous une autre forme, les forces accumulées. Pour intervenir puissamment dans le mouvement, pour saisir les rênes du char et voler avec lui à de nouvelles conquêtes ; pour lutter tout au moins avec honneur et profit dans l'arène où les peuples se disputent la palme de cette course, c'est le génie de la science qu'il faut d'abord conjurer et attacher à sa fortune.

Pour parler sans figure et sans trop anticiper sur l'avenir, appliquons-nous à perfectionner de jour en jour toutes les branches et tous les degrés de l'enseignement scientifique, à former, sous la direction de cette faculté, ici des professeurs parfaitement compétents, là des ingénieurs consommés dans leur art : infailliblement, la puissance matérielle de la nation canadienne grandira et avec elle tout ce qui en dépend, en fait de force intérieure et d'influence extérieure.

Est-il besoin de dire qu'en parlant ainsi je n'oublie ni n'atténue rien des anathèmes de l'Evangile contre l'amour vicieux des richesses? Je me souviens seulement d'une autre parole de l'Ecriture qui constate la valeur de leur bon emploi : " Melior est sapientia cum .pecunia, et magis prodest videntibus solum." Entre les mains de la sagesse, l'argent même a bien son mérite, car il lui donne plus d'action sur les affaires de ce bas monde.

D'ailleurs, élevez le zèle et l'estime des études scientifiques, et l'honneur de la nation grandira en même temps que sa prospérité matérielle; car est-il aujourd'hui dans le monde civilisé un respect plus universel que celui qu'on décerne aux lumières de la science? Rome nous en montrait, il y a peu d'années, un exemple frappant et typique. Le flot montant de l'invasion italienne y submergeait l'une après l'autre toutes les maisons religieuses. Les moines, évincés sans bruit, cédaient la place aax soldats ou aux employés royaux. Un îlot cependant demeurait inexpugnable, et c'était l'observatoire du R. P. Secchi, cerné pourtant et réduit à l'état d'enclave, dans les bâtiments laïcisés du vieux Collège Romain. On avait bien fait au grand astronome des avances très insinuantes pour qu'il conservât, au nom du nouveau gouvernement, cet observatoire monté par les deniers de Pie IX ; mais, plus fidèle encore à l'honneur qu'à la science, l'illustre jésuite avait déclaré qu'il n'y resterait qu'au nom du pape. L'expulser, c'eût été se couvrir de honte aux yeux de l'univers éclairé. La souplesse italienne céda pour un temps, et la tour du P. Secchi demeura, jusqu'à sa mort, comme le dernier asile, sur la rive gauche du Tibre, des droits temporels de la Papauté.

Je ne sais, Messieurs, comment je vous ai déjà si longtemps parlé des sciences et n'ai guère fait encore que nommer les lettres, ou plutôt je le sais bien : c'est d'abord que je ne me sens aucune qualité pour en parler dignement ; c'est aussi qu'il n'est point facile de parler de tant et de si grandes choses à la fois. Vous m'excuserez donc, et vous comprendrez ma pensée, si je me borne aujourd'hui à rapporter, en l'honneur des lettres, deux témoignages de savants. Je les ai recueillis, il y a peu d'années, dans une leçon d'ouverture de la faculté de Médecine de Paris, et le premier était rendu au nom des Facultés médicales de l'empire allemand ou peut-être seulement du royaume de Prusse, Elles avaient été consultées par le gouvernement au sujet de certaines pétitions relatives à leur enseignement : on demandait qu'un diplôme d'études classiques cessât d'être une condition nécessaire pour en ouvrir l'accès et qu'il pût être remplacé par un autre diplôme portant sur des études purement scientifiques. Les facultés consultées s'y opposèrent unanimement, persuadées qu'en abaissant la barrière des études classiques, elles abaisseraient fatalement le niveau de la profession savante au recrutement de laquelle elles ont charge de présider.

Le second témoignage est du célèbre Liébig, si populaire dans l'économie domestique des Deux Mondes, mais non moins célèbre

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dansles Académies savantes, et dont le laboratoire était une école et nne pépinière de chimistes, aussi bien qu'un champ de recherches et de découvertes utiles. Liébig, à ses débuts, avait donc imaginé, comme les pétitionnaires de Berlin, que les études littéraires étaient un ornement de luxe pour des hommes voués à une carrière toute scientifique, et qu'elles pourraient être avantageusement remplacées par les précoces études de physique et de chimie des écoles professionnelles; l'expérience pourtant l'avait converti. J'ai observé, disait-il, que les élèves venus de ces dernières écoles l'emportaient, la première année, sur les jeunes humanistes, par une certaine somme dénotions positives acquises ; cependant, ils étaient rejoints dès la seconde année, et à partir de la troisième distancés à tout jamais.

Voilà, Messieurs, le phénomène, le fait d'observation; nos chers collègues de la section des Lettres nous aideront, je l'espère, un jour à e^i trouver la théorie.

J'ai déjà trop abusé de votre attention, et ne pourrai plus qu'effleurer aujourd'hui la seconde et la plus noble partie de la mission de cette faculté ; car si la voix des Souverains Pontifes, celle de Pie IX autrefois et, d'une manière plus pressante, celle de Léon XIII, nous exhortent au zèle des fortes études scientifiques et littéraires, ce n'est point seulement ni principalement à cause de l'honneur ou de l'influence qu'elles peuvent attirer dans le monde à la société catholique ; c'est surtout à cause de services plus directs, plus urgents, que nos universités sont appelées à rendre à la cause de la foi et du salut des âmes.

L'homme, qui a toujours dû travailler sur la terre, a toujours aussi dû s'y garder, s'y défendre ; et de même que son plus essentiel travail est celui qu'il fait sur lui-même, le principal danger dont il ait à se défendre est aussi l'entraînement de son propre esprit. Le mouvement caractéristique de l'esprit du siècle étant un mouvement scientifique, les abus et les perversions de la science, le scepticisme et le matérialisme, à tous leurs degrés, sous toutes leurs formes, sont aussi le mal caractéristique auquel l'Eglise doit apporter aujourd'hui des remèdes appropriés. Elle a vu l'un des plus spéciaux dans le travail philosophique de ses universités. A elles de faire justice des sophismes et des illusions de la fausse science ; à elles aussi de mettre en une lumière toujours plus vive les harmonies profondes et multiples de la science vraie avec les enseignements de la foi. Léon Treize veut même que l'antique philosophie chrétienne, dont il a tant rehaussé le culte, travaille à rajeunir ses formes pour les mieux adapter à ce qu'il y a de légitime dans le tour d'esprit du

siècle présent, et nous avons pu lire, il y a peu de jours, la remarquable direction qu'il donnait en ce sens à la future université catholique des Etats-Unis.

En France, il y a une douzaine d'années, quand un mouvement généreux s'élevait en faveur des universités catholiques, quelques esprits superficiels pensaient le discréditer par une raillerie : '' Nous allons donc avoir maintenant une géométrie catholique, une chimie catholique, une géologie catholique " I

On aurait pu leur répondre que si toutes ces sciences concourent plus que jamais au bien temporel des nations, il est très juste et très opportun que les catholiques s'y livrent et s'y distinguent ; comme les moines se livraient au défrichement de la terre, et les ordres de chevalerie à la guerre sainte, quand c'étaient là les services les plus pressants à rendre à la république chrétienne.

Mais il y a plus et mieux à dire.

Les sciences mathématiques et physiques, les sciences naturelles mêmes, enfermées dans leur propre sphère, peuvent, à la vérité, être enseignées par des incroyants comme par des croyants d'une manière non seulement très compétente mais inoffensîve. Il est même souvent très prudent aux croyants qui les enseignent^ et qui ne sont point d'ailleurs philosophes ni théologiens, de se renfermer dans les limites de la science proprement dite. Ils font ce qui vaut mieux encore que l'apologie scientifique; ils font de l'apologie pratique; car leurs élèves, en jetant les yeux sur leur vie, que je suppose en parfait accord avec l'esprit et les préceptes de l'Eglise, voient, mieux que par tous les raisonnements, comment on peut être tout ensemble homme de science et homme de foi.

Néanmoins, il reste toujours à satisfaire certains besoins intellectuels relatifs aux rapports des sciences particulières avec la science totale dont la doctrine catholique est le couronnement lumineux, et c'est une œuvre à laquelle aucun milieu n'est plus propice que celui des universités catholiques. Elles ne donnent pas seulement à l'enseignement des sciences profanes une garantie d'innocuité qui lui manque ailleurs ; elles ne montrent pas seulement dans la personne de leurs professeurs l'union pratique de la science et de la foi : mais elles aspirent à en montrer aussi la synthèse dans l'ordre spéculatif. J'oserais presque dire quela faculté des Arts, telle que vous l'avez comprise, est devenue à ce point de vue, dans le milieu universitaire un centre privilégié entre tous, à cause des liens multipliés et intimes qui la rattachent à chacune de ses sœurs aînées ; car d'un côté par le droit naturel

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et l'économie politique, elle se relie à la faculté de Droit, d'un autre par les sciences physiques et naturelles, à la faculté de Médecine, en haut par la philosophie, l'apologétique, l'histoire de l'Eglise, à la Sacrée théologie qui lui laisse presque oublier qu'elle était née sa servante.

J'ai lu que dans les plus anciennes réunions universitaires, la faculté des Arts se tenait assise à terre en signe de sa vocation subalterne. Elle a été bien haut relevée de cette humble position, et nous devons, je crois, prier le ciel qu'il la préserve de l'orgueil.

A propos des rapports entre les diverses sciences humaines et la science révélée, je n'ai pas à revenir sur la raison d'être d'une apologétique formelle de la foi : vous l'avez déjà entendu exposer par le jeune et éloquent théologien auquel est dévolu l'honneur de la représenter parmi nous. ^

Mais je ne puis me dispenser d'indiquer en quelques mots un autre genre de défense digne aussi de notre zèle, et vous me permettrez de les emprunter à un philosophe catholique auquel je dois une reconnaissance filiale, esprit initiateur, âme naïve et toujours jeune, intelligence cultivée dans les sens les plus divers, capable de toute rigueur dialectique, de toute précision mathématique, mais sachant s'en affranchir à propos pour ouvrir aux autres esprits des vues larges et profondes. Or voici ce qu'il écrivait :

" Ne voyez-vous pas que la foi est chassée de l'esprit des demi-savants et même des ignorants par le préjugé séculaire que la philosophie et la raison sont contraires à la foi ?

** Travaillez donc à les réunir et vous travaillerez au salut du siècle. Pour arriver à ce grand but, travaillez la science comparée. Ceci demande explication .

" Travailler la science comparée c'est prendre pour devise dans vos études cette parole de Leibniz : '* Il y a de l'harmonie, " de la métaphysique, de la géométrie, de la morale, partout. " C'est ajouter encore à cette immense et profonde parole deux mots que Leibniz ne désavouera pas et dire : '' Il y a de l'har- '' monie, de la métaphysique, de la théologie, ds la physique, de la " géométrie, de la morale, partout." C'est y ajouter encore une autre parple que nous citons sans cesse, et que nous voudrions pouvoir écrire partout en lettres d'or et que voici : ** Il faut *' savoir qu'il y a trois sortes de sciences : la première est pure- '' ment humaine; la seconde, divine simplement; la troisième

1. M. Tabbé P.-N. Bruchési, professeur d'apologétique chrétienne.

** est humaine et divine tout ensemble: c'est proprement la '* vraie science des chrétiens. "

Cette dernière parole est empruntée par l'auteur des Sources à M. Olier, qui ne fut pas seulement le fondateur de St-Sulpice, mais pour une grande part aussi, celui de Montréal. Vous comprendrez donc que ce soit avec joie, bien qu'avec confusion, qu'un fils de M. Olier se voie appelé à lui donner quelques développements, si chétifs qu'ils doivent être, dans l'Université catholique de cette grande et religieuse cité.

Au reste, s'il y a quelque part un peu de tout, n'est-ce pas dans notre jeune et chère faculté des Arts?

De tout ce qui précède. Messieurs, ce qui résulte le plus prochainement c'est qu'à notre entreprise commune il faut du travail, beaucoup de travail.

Quand nous ferions abstraction de tout autre point de vue, quelles perspectives de travail nous seraient ouvertes par la seule fin pédagogique de cette université ! Prenons, si vous le voulez, comme simple terme de comparaison, ce qui se fait en France pour la préparation des professeurs de l'enseignement secondaire. J'ai trouvé ici même, dans une statistique relative à Pexposition de 1878, que durant les dix années précédentes le nombre des Licenciés reçus dans nos Facultés approchait de 1300 pour les lettres et dépassait 1100 pour les sciences, soit une moyenne annuelle d'environ 240 gradués de l'ordre de ceux que nous appellerions ici Maîtres es Arts. D'après le mouvement qui s'est produit dans ces dernières années il me paraît probable^ sans avoir les chiffres en main, que cette moyenne a bien dû doubler ; en tout cas, les professeurs des collèges ecclésiastiques y sont entrés pour une proportion très respectable, grâce précisément au travail de nos universités catholiques. Je pourrais citer tel collège où les professeurs des moindres classes elles-mêmes sont pourvus de ce grade, dont l'obtention suppose communément, à la suite d'un Baccalauréat assez chèrement acheté, deux bonnes années d'études spéciales et de travail opiniâtre.

La formation des ingénieurs de l'Etat n'est point une œuvre moins laborieuse ni moins bien concertée. Ce sont des programmes élaborés en détail par des commissions composées des hommes les plus éminents ; ce sont des examens continuels et des épreuves de tout genre, dont chacune est l'objet d'une appréciation numérique et dont l'ensemble représente le plus sérieux contrôle de l'instruction des candidats.

Je n'ai nulle prétention. Messieurs, de dire dans quelle mesure il sera sage ici de s'inspirer de tous ces exemples. Je suis très

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convaincu d'avance que toutes les questions de ce genre veulent en chaque lieu être étudiées individuellement, sur le vivant, et non point dans l'abstrait à la manière des utopistes. Je n'en parle que pour nous exhorter tous ensemble à ce labor improbus qui triomphe de tous les obstacles.

La cause est assez belle pour convier toutes les bonnes volontés à des efforts unanimes, car dans l'enseignement universitaire il faut surtout voir son influence sur tous les degrés de l'éducation nationale et catholique. Le siècle de la lutte sanglante contre la nation encore sauvage et les armées ennemies s'est depuis longtemps éloigné de ces heureux pays. Le siècle des revendications légales s'est clos à son tour. Et quelle nation pourrait maintenant donner au monde un plus beau spectacle d'union dans la foi et le travail d'émulation pacifique et sans reproche possible, pour développer toutes les ressources du patrimoine temporel et spirituel dont elle se voit investie par les faveurs choisies delà divine Providence? Nous espérons y travailler, Messeigneurs, sous votre conduite et votre bénédiction, avec simplicité, courage et confiance en Dieu, même, s'il lui plaît, avec ce dévouement joyeux, cette gaieté vaillante que nous avons trouvée dans l'héritage de nos pères et qui les a rendus plus forts. Sinotre jeune faculté devait avoir sa bannière et s'il y fallait inscrire une devise, je souhaiterais qu'elle recueillît celle que l'Europe catholique acclamait il y a vingt ans sur l'étendard de vos zouaves : *' Aime Dieu et va ton chemin ".

P. DE FOVILLE,

Prêtre de Saint- StUpice, Doyen de la faculté des Arts, U, L, M,

Le dix-huitième siècle était à son déclin. La France, gouvernée par des athées incapables, était depuis longtemps déchue du rang élevé où l'avaient fait monter les grands génies du siècle précédent. Elle faisait la guerre sans gloire et la paix sans honneur. Au lieu de die r des lois à l'Europe, elle s'habituait à en recevoir; au lieu de g igner des provinces, elle perdait des empires; au lieu de don :ner 'Allemagne, elle était devenue l'instrument de l'Autriche et le jouet de la Prusse ; au lieu de tenir l'Angleterre en échec, elle lui livrait l'Amérique et l'Asie avec la plus magnifique imprévoyance. Tel de ses généraux s'appelait Soubise ; tel de ses ministres Choiseul ou Maurepas ; tel de ses magistrats Maupeou. Son roi, selon la forte expression de Lacordaire, s'appelait Sardanapale, et l'arbitre de ses destinées avait nom Antoinette Poisson d'Etiolés, marquise de Pompadour.

On organisait des petits soupers délicats et licencieux, on se ruinait pour des actrices, on bâtissait des petites maisons. M. deBernis tournait des madrigaux, M. de Florian roucoulait des idylles, M. de Saint-Lambert soupirait des élégies. C'était charmant.

Seulement il y avait un point noir à cet horizon, une ombre à ce tableau. Pitt et Frédéric de Prusse ennuyaient parfois le gouvernement et la cour. Il arrivait souvent des camps et d'outre-mer de fâcheuses nouvelles : une armée française avait été battue honteusement à Rosbach, une flotte française avait été détruite en vue de l'île d'Aix, Pondichéry était tombé sous les coups de la compagnie anglaise, Louisbourg avait capitulé devant Boscawen.

Ces bruits de désastres étaient vraiment importuns, et troublaient les plaisirs du roi viveur qui avait dit un jour: Après moi le déluge. Et si quelque vaillant officier, de retour d'Amérique, osait déplorer tout haut l'indifférence de l'ancienne France pour la nouvelle :

Les lâches courtisans à cet hôte nouveau

Qui parlait de nos geiuf^ de gloire, de batailles,

D'enfants abandonnés, des nobles sentiments

Que notre cœur bénit et que le ciel protège,

Demandaient, en riant de ces tristes accents,

Ce qu'importaient au roi quelques arpents de neige ? l

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