J. Winsor, Nar. and Orit. JST., III
On ne saurait dire à quelle date s'effectua l'entrée au port. Tous les récits qui ont trait à ce voyage sont vagues et très peu satisfaisants.
Nous avons néanmoins une lettre écrite à Londres- par le nouvel ambassadeur espagnol, Pedro de Âyala, protonotaire, en date du 25 juillet 1498. Elle fut découverte dans les archives espagnoles de Simancas en 1860 par Bergenroth. — Voici la traduction de ce document adressé à Ferdinand et à Isabelle : *' Je pense que Vos Majestés ont déjà entendu raconter que le roi d'Angleterre a équipé une flotte pour découvrir certaines îles et certains continents qui, lui a-t-on dit, ont été trouvés par des individus de Bristol, qui avaient préparé quelques vaisseaux dans le même but, l'an dernier. — Jai vu la carte que le découvreur a faite ; c'est un génois, comme Colomb, et il est allé à Séville et à Lisbonne demander du secours pour faire ses découvertes. Les citoyens de Bristol, depuis les sept dernières années, ont envoyé, tous les ans, deux, trois ou quatre vaisseaux .à la recherche de l'île de BraaU ^ et des Sept Oitês^ d'après l'inspiration de ce génois,
— Le roi s'est déterminé à envoyer des vaisseaux parce que, l'an dernier, on a apporté la nouvelle qu'ils avaient trouvé une terre.
— La flotte se composait de cinq navires, portant des provisions pour une année. On dit que l'un d'eux, où se trouvait le moine Buel, est revenu en Irlande, nvec beaucoup d'avaries et en grande détresse. Le génois a continué son voyage. J'ai vu sur une carte la direction qu'ils ont prise et la distance qu'ils ont parcourue sur mer; et je pense que ce qu'ils, ont trouvé, ou ce qu'ils cherchent est ce que Vos Majestés possèdent déjà. On attend leur retour au mois de septembre. — Je pense que ce n'est
pas à plus de 400 lieues d'ici Je n'envoie pas maintenant la
carte, ou la *' mappa mundi " , que cet homme a faite ; à mon opinion, elle est fausse, puisqu'il y montre la terre en question comme n'étant pas les dites îles " (i-e, celles qui vous appartiennent déjà).
Cette lettre nous fait voir que le '* génois ", auteur des découvertes faites l'année précédente, est encore le chef de l'expédition en 1498, et qu'il était parti lorsque l'ambassadeur envoyait ses remarques aux deux Rois. Si un personnage de l'importance de Jean Cabot fût mort avant le départ, comme
1. L'île de Brasil, comme les Sept Cités, est une île imAginaîre que Ton a placée et déplacée capricieusement, dans l'Atlantique. On la voit encore sur des cartes postérieures à 1850. M. Findlay, en 1865, a démontré enfin d'une manière positive qu'elle n'a jamais existé.
le veut R. Biddle, ^ le fait aurait été connu à la Cour. De Ayala, qui a pris des informations sur le compte de Jean^ aurait aussi connu sa mort et l'aurait mentionnée, puisque les Espagnols étaient très inquiets à l'occasion des entreprises qu'il avait commencées. Quand De Ayala parle de l'équipement de la flotte par le roi, il peut aussi faire une simple allusion à la protection royale. Et pour les tentatives des citoyens de Bristol, faites à la suggestion de* Jean Cabot depuis sept, ans, dans le but de trouver Tile de Brasil, i. e. l'île des bois de teintures, De Ayala est seul à rapporter cet incident : les Manuscrits de Bristol, qui n'ont pas coutume d'oublier des faits aussi intéressants pour la ville, ne renferment rien à ce sujet. De Ayala était un nouvel ambassadeur : il a pu être mal renseigné ; sinon, il faudrait admettre que Jean (Jabot a lutté, pour les grandes découvertes de l'Ouest, en môme temps que Colomb. Or le fait n'est pas possible : Henri VII aurait utilisé les plans de Jean Cabot dès le retour de Colomb, en 1493.
De Ayala nous dit que l'expédition était attendue en septembre... Elle n'était pas encore de retour le dernier jour d'octobre 1498 ; et personne ne sait à quelle date fut effectué ce retour.
L'entreprise n'aboutit à rien. La colonie ne fut pas commencée : *' iZ (^BabaJte pour Cabot) mist bien trois cens hommes en terre, du costé de l'Irlande au Nort où le froid fit mourir presque toute sa compagnie... ^ " Ce fut un fiasco complet. Les marchands de Londres et de Bristol y firent sans doute des pertes assez considérables. Aussi le zèle de l'Angleterre se refroidit pour les expéditions de l'Ouest ; à part quelques courses privées, où les Portugais étaient de compagnie avec quelques marchands de Bristol, en 1501 et 1502, on ne voit aucune tentative de colonisation.
Et Jean Cabot ?,.. De Ayala est le dernier qui ait parlé de lui. On ne le voit plus à Bristol, en 1501 ou 1502. Est-il mort au retour de son second voyage ? — Le chagrin, les fatigues et la honte ont pu briser l'énergie du vieillard, et lui faire aimer la solitude. On affirme qu'il était mort lorsque Sébastien