‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 216 sur 292 · Sic, Nous croyons qu'il faut lire : je trouve qu'il · texte numérisé non relu

Sic, Nous croyons qu'il faut lire : je trouve qu'il

Paris pour remplacer Mr. de St-Poncy, il me prie de remplir ma destination et de partir aussitost sa lettre reçue, avec cependant l'agrément des Mrs. de Loûisbourg, il m'asseure enfin que je puis comter sur luy et qu'il me protégera toûjour, il écrivit aussy dans ce goust a Mr. de Bourville commendant de Louisbourg et a Mr. Lenormant commissaire ordonnateur, et l'on m'a asseuré dépuis qu'il a écrit a Mr. de Combes, de ce petit incon venient j'en suis la cause quoy qu'innocente, je demandois a Mr. de Broûilland après qu'il eut changé ma destination, ce qu'il jugoit a propos de faire de la lettre que Mr. de Combes ecrivoit a mon sujet a Mr. Armstrong, il me dit qu'il falloit la brûler afin qu'il n'en eut aucune connoissance, lorsque je fus pour la mettre au feu je ne la trouvay plus, je la croiois perdue^ mais il se trouve que par surprise je la mis parmisles lettres que j'avois pour Mr. St Poney, l'on esperoit appaiser Mr. Armstrong en luy envoyant un nouveau missionaire que nous attendions par le vaisseau du roy suivant les promesses que nous avoit faites M. de Broûilland, mais que nôtre surprise a été grande quand nous avons oui qu'il n'y avoit point de missionaires ny pour le françois ny pour le sauvage, les Mrs. de Loûisbourg ont été fort embarassés parce qu'ils se sont vu hors d'état d'accomplir ce qu'ils avoient promis au gouverneur anglois, je me suis vu sur le point de passer du sauvage au françois — mais enfin on conclut d'attendre l'arrivée de Mr. Maillard à Loûisbourg triste séjour pour moy et ou cependant j'ay été obligé de r attendre deux mois et demie, enfin pour toute conclusion on s'est déterminé a écrire a Mr. Armstrong d'attendre a Tannée prochaine, et pour moy a continuer de vivre parmis les sauvages.

Ma mission est celle de Chigabenakadi c'est a dire les sau vages de l'Acadie, avec les françois de TaharaigSche, de Gobekitk, et tous les françois dispersés et éloignés des curés qui y sont, les sauvages êtoient un fardeau bien pesant pour moy, cependant on y adjoute des françois. Il faut donc succomber si le Seigneur ne me prette la main, mais c'est uniquement eu luy que je met toute ma confiance. J'ay partit de Loûisbourg pour ma mission le 22e 7bre, après avoir essuies les vents et les tempêtes nous avons mis pied a terre fort heureusement le huitième jour, voila le moment que je ménage pour vous écrire et vous donner de mes nouvelles.

J'ay reçue vôtre lettre avec bien du plaisir, j'y vois Mr Lefebvre partir pour les Indes. C'en est fait Loûisbourg est mort pour

moy, etmoy pour Loiiisbourg, l'Acadie sera désormais mon PathmoB et le lieu de mes délices.

Vous pensés peut être que nous sommes icy bien riches et que nous ne manquons de rien, mais d'où nous viendroient ces richesses, nos appointements sont fort modiques surtout pour un pais aussy dur que celui cy . Mr Maillard voulut Pan passé soulager la misère de sa mère, mais comme il vouloitle faire secrettement, je luy dis qu'il n'y avoit qu'a s'adresser a mon frère, et que par ce moyen, personne n'en auroit connoissance, le Seigneur n'a pas permit que la charité d'un enfant pour sa mère demeura inconnue. Je puis vous asseurer que ce n'est que par ménagement et môme en se privant quelquefois du nécessaire qu'il a ramassé cette somme, vous sçavés Mr. que quand il est partit de Paris pour ce païs, on avoit proposé a nos supérieurs de faire une pension pour sa mère, il est partit dans le doute, il n'a pas voulu s'en éclaircir de peur de paroître importun, mais la lettre qu'il a reçeut cette année de Mr. Chatel le met en repos par qu'il luy asseure que nos supérieurs luy donnent tous les ans une petite somme, si cela est ses inquiétudes cesseront, et vivra désormais tranquille ;

Permettez Mr. que je m'adresse a vous pour mes petits besoins, je n'ay plus de frère a Paris, pardonnez moy donc la liberté que je prend,

Je vous prie de faire tenir l'année prochaine un étuy avec trois ou quatres rasseoirs la pierre le cuir et les ciseaux, je n'en ay

point ^j'ay ôté obligé d'être trois ou quatre mois sans me faire

la barbe quatre calottes d'étoffe, j'ay oublié den acheter a La

Rochelle, et je viens de perdre dans la traversée celle que j 'avois, un bref, six douzaines de cathesisme de Paris, avec quelques douzaines des cantiques que j'ay vu au Séminaire a l'usage des missions, comme vous connoissés quantités de religieuses charitables, adjoutez je vous en prie le plus que vous pourrés de chapelets, ne m'oubliez pas, ne me refusés pas cette grâce, vous adresserés le pacquet a Mr Bourgin pour le faire passer par le vaisseau du roy, vous aurez la bonté de marquer la somme et je vous la fairay tenir.

J'ay l'honneur de présenter mes respect a Mrs de Combes, de Montigny, de Montorsier, je salue Mr l'abbé de l'Isle dieu je ne puis avoir un moment pour leur écrire, le gros tems et la tourmente m'ont empêché d'écrire abord pendant ma traversée, c'est un moment que je ménage à TahamigSche.

Je prie de saluer tous les supérieurs du séminaire du St Esprist. Quelque part je vous prie dans vos sts sacrifices et bonnes

DOCUMENTS SUR l'aCADIE 25

œuvres et soyez persuadé de l'estime et respect de l'estime et respect avec lequel je suis

Monsieur

Votre très humble et très

obéissant serviteur LeLoutre

prêtre missionaire ind. s. de Marie De TahamigSche, ce 1er 8bre 1738.

Je suis surpris que Sa Grandeur soit toûjour prévenue contre Mr. de St Vincent, il faut espérer qu'il reviendra de ses préjugez et que la force de l'évidence luy faira un jour avouer qu'elle a été trompée.

Je vous prie de mettre l'adresse sur cette lettre c'est pour mon frère. Je ne sçay ou il est.

Mon adresse a Madame la veuve Chevalier a Loûisbourg pour Mr LeLoutre ptre miss des sauvages de

Gobekitk dans l'Acadie.

Du 3 octobre 1740.

or. J^j-^

Monsieur,

L'année dernière je n'eu pas la satisfaction de recevoir de vos nouvelles, et cette année je me vois privé et de vos lettres et de celles de Mr. de Combes, vous me punissez et je ressens toute la force des coups, car c'est l'unique consolation qui me soulage au milieu de mes peines ; si je ne vous ay pas écrit je ne suis pas en faute, les courses que je suis obligé de faire dans fiies missions m'ont fait manquer l'occasion, vous pouvez compter quejeny manqueray pas toutes les fois que la providence me le permettera.

Je suis toûjour missionaire des sauvages mikmakques, mais je me suis trouvé dans l'obligation de me charger d'une paroisse françoise, et des françois qui habitent la côte de l'est dans l'étendue décent cinquantes lieues, je sens la pesanteur du fardeau et si le Seigneur ne me prête la main je succomberay bientost ; je n'avois jamais vu un peuple plus abandonné sans prêtre et sans Eglise ils vivoint dans une ignorance totale des vérités chrétiennes, le mal me paroissoit incurable. Cependant Celuy a qui

n'est rien impossible a o])eré des merveilles au milieu de ce peuple et je commence a me consoler par la bonne espérance que j'en conçois.

Dans la paroisse françoise j'ay fais battir une Eglise avec son presbitaire qui passe pour la plus belle de toute l'Acadie le long des côtes, je fais battir quatre chapelles afin de n'être plus obligé de célébrer sous des tentes, et enfin parmis mes chers sauvages j'entreprens de faire battir une mission, j'y travaille tous les jours, j'ay déjà tous les matériaux et j'espère y mettre la dernière main l'année prochaine.

Sijevoiois un prêtre pour la paroisse françoise je serois au comble de mes vœux, je souhaitterois volontiers partager mes traveaux avec mon frère, je luy écris pour le déterminer a passer, mais s'il venoit a manquer je vous prirois de m'en procurer un autre, je fais la même demande a Mr. de Combes.

Pensez a moy, ne m'oubliez pas, procurez pour moy auprès de Mr. Caris, souvenez vous que je ne suis dans ce païs que par obéissance et pour suivre vos ordres, il y va de la gloire de Dieu et du salut des âmes, je ne sçaurois y suffire tous seul. Le commerce que je suis obligé d'avoir avec les françois m'est d'un grand obstacle pour la langue sauvage, Si je n'avois eu que mes mikmakques a deservir je la sçaurois a présent.

Je les entends suffisament pour les confesser, Je leur apprends leur prières, je parle et m'entretien avec eux mais je ne suis assez sçavant pour leur prêcher, Mr. Maillard fait tous les i dans cette langue de nouveaux progrez, il leur prêche et leur annonce l'Evangile, il leur explique et leur fait com])rendre les vérités chrétiennes, aussy ses sauvages sont ils plus sages que les miens, mais c'est un sauvage naturalisé en fait de la langue.

Je viens des maintenant de recevoir de lettres de Canada de Mr. de Miniac vicaire gênerai du diocèse, luctus ubique, ubique pavor, et pftirima mortis imago ; c'est a Québec ou se fait cette scène qui a de quoy attrister les plus opposés a l'humeur sombre et mélancolique. Le Rubi vaisseau du roy y a apporté la maladie dont plusieurs sont morts et meurent tous les jours, jusque là que le prélat qui nous avoit été donné du ciel a subi ces rigueurs comme le dernier des matelots ; le ciel nous avoit affligé par la mort de nôtre gouverneur qui n'a vécu qu'autant qu'il falloit pour faire eclatter sa vertu et son mérite, et nous faire sentir la perte que nous faisions en sa personne, mais c'est maintenant que nous ne pouvons nous empêcher de dire que l'Eternel

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