Sic, Il faut probablement lire : tous les jours
DOCUMENTS SUR L'aCADIE 27
nous fait sentir plus visiblement que jamais les traits de sa justice et de sa colère. En effet on ne pouvoit souhaiter rien de plus accompli que Mr. de Fovant pour ce qui regarde le gouvernement, et Mr. d'Aubriviere pqur ce qui concerne l'episcopat, mais ils n'êtoint pour nous, parce que nous ne méritions point un aussy beau présent de la part de celuy que nous n'avons pas assez mis dans nos interests pour cela.
Je ne vous débite pas toutes les nouvelles parceque d'autres personnes mieux instruites que moy qui suis obligé de vivre dans les bois, vous les apprendront.
Je prens la liberté de vous prier de me faire venir par les missionaires un etuy de rasoirs avec quelques calottes. J'oubliois dans prendre a Paris et depuis je m'en passe.
Je salue très respectueusement Mrs. de Montorsier et Collet. J'oubliois Mr. Tremblé. Je me recommande a leur prières et a celle de toute la communauté. Une part dans vos bonnes œuvres, et Sts. Sacrifices dans l'union desquels je suis avec tout le respect possible.
Monsieur
Vôtre très humble et
très obéissant serviteur
R : Le Loutre prêtre miss.
De Cobequitk, ce 3 8bre 1740.
Du 8 mars 1747.
A Monsieur
Monsieur Du Fau Supérieur
du Séminaire des Missions Etrangères Rue du Bacq
a Paris.
Monsieur
Je suis enfin a Morlaix du 2 mars, et joui d'une parfaite santé, j'avois oublié de prendre mes lettres d'attestation, aussy m'a t-on refusé la permission de dire la messe a Dreux, je fus obligé d'aller chez un curé de campagne pour la dire qui fut plus gratieux, Je partiray de Morlaix pour Rochefort lundi prochain 13 du présent mois, il me faut ce tems pour terminer par moi. même les affaires de famille. On m'a tante, pressé, sollicité pour
demeurer dans ce pais, mais la resolution est prise, rien ne m'arrettera, Je vous recommande de faire partir incessamment mes petites affaires, si vous ne Pavez déjà fait, n'oubliez pas d'envoier vôtre quittance en bonne forme pour les appointements de Mr. Maillard, car sans cela je n'aurois rien, J'avois remis a Mr. Riche une lettre du ministre pour Mr. Coupard en faveur de mon frère, J'attendois de vos lettres pour sçavoir quelle a été la réponse de ce Mr. Je vous prieray d'écrire a mon frère, et pour cela voicy son adresse : a Mr. Deprez le Loutre vérificateur des domaines du roy au bureau des controUes a Quimper, Je vous auray une entière obligation si par vos soins vous luy procurés son avancement, vous pouvez écrire a Mr. de la Porte il m'a promis sa protection pour mon frère. Vous voudrez bien luy permettre de vous écrire afin de vous donner connoissance des changements ou vacations des emplois. Je salue Mr. l'abbé de l'Isle-Dieu, J'ecriray aux sœurs de Loûisbourg a La Rochelle, Je commenceray a les déterminer pour passer en Canada, et feray tout mon possible pour les engager a faire ce voyage, Ainsy a mon arrivée a La Rochelle j'ecriray a Mr. l'abbé de l'Isle-Dieu pour luy apprendre leur sentiments et dernières resolutions sur ce voyage. Je le prie de penser a moy au sujet de la pension qu'on m'a promise, Il m'avoit promis d'en parler au ministre, J'espère qu'il me rendera ce service, Je vous avoue que je suis dans le besoin, J'ay ôté obligé de faire quelqu'emprunt, ma maladie, mes emplettes, et mes voyages m'avoient dégarni d'argent, J'ay trouvé de bons parents qui m'ont prêté et j'ay été obligé de leur donner ma rente a toucher pour payement; Voudriez vous bien me permettre de vous prier de m'achetter la vie du père Louis L'allemant jésuite, et la vie de la vénérable Mère Marguerite Marie religieuse de la Visitation Ste Marie du monastère de Paray le Monial en Charolois morte en odeur de sainteté en 1690 par Mgr. Jean Joseph Languet Evêque de Soison de l'académie françoise a Paris chez la veuve Mazieres et Jean Baptiste Garnier imprimeur libraire de la reine rue St Jacques a la providence 1729, Je ne vous envois pas d'argent, mais quand vous auray fait l'emplette de faire aller che^ Mr. Favre rue du doyennée a St Thomas du Louvre Je luy écris a ce sujet, ainsy je met dans ce lettre ce petit billet et en le luy présentant, vous voyez que j'agis avec liberté, mais je compte sur vôtre charité, vous chargerez ces livres a la messagerie sous l'addresse de Mr. Beau marchand de vin sous les lances a Morlaix, et quand vous les aurez chargé a la messagerie je vous prie de luy écrire pour luy en donner avis. Je salue Mr. de Bugurieu, Aumont Tamîsier
DOCUMENTS SUR l'aCADIE 29
et autres Je me recommande aux prières et Sts Sacrifices de ces Mrs.
Je suis avec toute l'estime respect et soumission Monsieur
Votre très humble et
très obéissant serviteur
R : Le Loutre ptre miss.
De Morlaix ce 8 mars 1747
Je prie Mr. Favre de payer au porteur du présent billet ce qui sera nécessaire pour le payement des deux livres marqués dans la lettre que je luy ay écrit il obligera son serviteur
R : LeLoutre ptre miss.
De Morlaix ce 8 mars 1747.
Du 21 avril 1747.
A Monsieur
Monsieur l'abbé Du Fau
Supérieur du Séminaire des Missions Etrangères rue du Bacq
a Paris.
Monsieur
Je vous suis très obligé de vôtre souvenir dans la lettre que vous avez adressé a mes confrères, nous sommes enfin embarqués pour aller a nôtre destination, les vents sont favorables, on dit tous les jours que nous partons, mais nous sommes encore a l'ancre, pourveu que nous ne perdions pas cette occasion pour nous mettre au large je seray content; les vaisseaux de la Compagnie doivent partir avec nous, ainsy nous n'avons rien a craindre de la part de l'ennemis en partant de France, nos chère confrères sont de relâche a L'orient avec le Lis qui les accompagnoit. Ainsy je n'auray pas le plaisir de les voir, vous apprenderez par eux mêmes de leurs nouvelles, on dit icy avec fondement que les Anglois arment pour le Canada, les marchands de Londres ont refusé d'assurer les battiments marchands françois, sur cette nouvelle les dames qui dévoient passer sur nos vaisseaux ont descendues a terres avec toutes leurs maies et cofifres. On parle d'un autre armement que les Anglois font
pour La Rochelle, Bochefort ou les cottes de Bretagne ou de la Normandie, on dit qu'il y aura 100 batteaux plats, dix sept mille hommes de deparquement, et cela doit être prêt pour le mois de may, en conséquence on travaille dans tous les ports, et cottes ou l'on pourroit faire le deparquement, on attent six milles de troupes réglées, 2000 pour la Bretagne, 2000 pour la Normandie et 2000 pour le païs d'Aunis, je ne sçay point d'autres nouvelles, vous n'en manquerez étant a la source.
Je suis fâché de ne mettre pas assez expliqué pour avoir des indulgences. Je vais tacher de réparer ma faute 1® nous n'avons encore dans l'Acadie aucune indulgence ny pour les François ny pour les Sauvages, 2° mon Eglise est dédié a Ste Anne, nos Eglises sont de bois, il n'y en a pas une de pierre, cette Eglise est dans les bois, a l'usage des sauvages, 3® Je demandois des indulgences pour tous ceux qui se confesseroient et communiroient dans cette Eglise pendant le jour et octave de la Tousaint, ou de la Pentecôte parceque c'est la le tems ou mes sauvages sont en plus grand nombre, Je ne les demandois pas pour le jour de la patrone de l'Eglise parceque je suis obligé d'être absent pour aller confesser mes sauvages dispersés le long des cottes.
Pour M. Girard je demandois indulgences pour tous ceux qui se confesseroient et communiroient pour la fête et octave des Sts Pierre et Paul qui sont les patrons de son Eglise située dans Cobeguitk l'une des paroisses de l'Acadie.
Ainsy : indulgences pour l'église des sauvages dédiée à Ste Anne située le long de la rivière de Chigabenacadie dans l'Acadie, indulgences pour l'Eglise des françoia dédiée a Sts Pierre et Paul située dans Cobeguitk dans l'Acadie. Nous sommes depuis 37 ans sous la domination angloise, vous aurez la bonté de mettre l'ordre, de retrancher tout ce que vous trouverez d'inutile, ou d'y ajouter ce que je pourrois avoir manqué, n'oubliez pas je vous prie de nous faire avoir quelques reliques, et tachez que tout soit prêt pour la prochaine année.
Je viens de recevoir une lettre du conte de Maurépas au sujet de l'avancement de mon frère avec une copie de celle que Mr. Coupart luy a écrite, j'écris en conséquence a mon frère et lu}' envois ces lettres pour en faire usage, il paroit que le ministre ait a cœur son avancement. Celle de Mr. Coupart n'est pas moins avantageuse, il ne faut plus qu'une occasion favorable, J'espère que vous luy renderez service dans le tems; il ne me parle point de pension ainsy si vous ne vous en mêlé on m'oublira on ne pense point aux absens a la cour.
DOCUMENTS SUR l'aCAOIE 81
Mr. Bourgîne a payé les dépenses que j'ay faites a La Rochelles, je pense que vous ne le trouverez pas mauvais, je salue Mrs. Aumont Bugurieu le directeur de la'congregation, Je me recommande a vos prières, surtout demandez au Sgr. qu'il m'accorde la soumission a sa Ste volonté, la patience dans les maux de cette vie, l'esprit de recûillement et l'amour de la prière.
Voila mes besoins, priez pour mes sauvages, Je suis avec estime respect et soumission.
Monsieur
Vôtre très humble et
très obéissant serviteur
R. Le Loutre ptremiss.
De la Gloire en rade a Pisle d'Aix ce 21 avril 1747.
Du 12 juillet 1747.
Monsieur
Je vous envois une relation de notre triste aventure. C'est celle qui a été faite par les Mrs officiers de la fregatte duroy la Gloire Commandée par feu Mr de Salies, ou j'êtois embarqué, Je ne vous envois pas celle des autres vaisseaux, celle cy peut suffire pour connoître ce qui c'est passé de plus remarquable dans ce oombat. Je n'ajouteray aucune reflexion ny critique, je dis seulement qu'on ne peut pas se battre avec plus de courage et de distinction et que les vaincus ont eu plus de gloire a se battre contre des forces aussy supérieures, que les vainqueurs n'en ont acquis par leur victoire ; le but du gênerai êtoit de sauver la flotte, et ne pouvant éviter le combat il l'a prolongé le plus qu'il a pu pour donner le tems a cette flotte de s'éloigner, les capitaines ont suivis son exemple, et se sont battu jusqu'à la dernière extrémité, nôtre capitaine le Chr de Salies ne fut tué qu'une demi-heure après que le gênerai se fut rendu, et Mr de Marinière son second s'est battu une demi-heure après et l'on peut dire qu'il a rendu la Gloire a l'ennemi avec gloire.
Je suis présentement prisonnier, Dieu soit loué, mes confrères sont sauvés. C'est ce qui me console, je ne crains qu'iiuiî chose, si l'on vient a me connoître je passeray mal mon tems, Mr Waven contre- amiral de l'escadre angloise me connoit de Loùisbourg, Il s'est informé si j'êtois sur les vaisseaux françois. Avertis par mes amis j'ay changé de nom et pris celuy de
Rosanvern, ainsy il n'a pii me connoître, un ordre de Londre étant venu pour faire passer Mrs. les officiers les uns a Winchester et les autres a Salisbury, Mr. le gênerai ne voulant pas que je le quittasse me fit passer pour aumônier du bataillon qui n'en avoit pas, par ce moyen je suis a Winchester avec Mrs. les* officiers de la marine ; Mr. de la Jonquiere ayant obtenu la permission de repasser en France, je le priay d'écrire en ma faveur et de me demander sous le nom de son aumônier, je cru qu'on ne le luy refuseroit pas, vu qu'on luy avoit accordé tous les gens de sa maison, il écrivit en ma faveur, mais les Mrs. de Londre ne voulurent luy rien accorder que ce qu'il leur avoit demandé en première instance, Mr. de la Jonquiere écrit avant de partir a ces Mrs. en ma faveur, et me laisse un certificat pour me faire connoître comme son aumônier qu'il avoit mis au bataillon ; Voila ma situation présente, tandis que j'êtois a Fareham je n'osois aller aux prisons ny aux hopiteaux, quand j'y entrois l'un m'appelloit Mr. Le Loutre, l'autre me plaignoit, et disoit : et vos sauvages que vont-ils devenir, Quand reverrés vous Chibouctouk, le gênerai me conseilla de ny plus aller, vu qu'il y avoit d'autres prêtres suffisants pour leur donner les secours spirituels. Je suis plus tranquille a Winchester parce que tous les françois ne m'appellent plus que Rosanvern, J'y dis tous les fêtes et dimanches la Ste Messe, Un prêtre anglois m'a prêté une chapelle. Je ne vois que fort peu de monde, mais tous catholiques, il y en a beaucoup dans cette ville, ainsy je demeure inconnu. Je vous prie de parler pour moy a Mr. de la Porte et au ministre afin de procurer mon élargissement, car quoy que je ne sois pas mal, je courre de grand risque si l'on vient a connoitre que j'ay changé de nom, J'ay écrit a ces Mrs. en conséquence mais je conte que vous leur en rafraichiroit la mémoire ; Il faudra me faire demander sous le nom de Mr. de Rosanvern aumônier de Mr. de la Jonquiere prisonnier de guerre a Winchester du vaisseau de la Gloire, si vous me faites l'honneur de m'ecrire voila mon adresse.
Je vous envois un mémoire de l'argent que j'ay prêté a feu Mr. le Chr. de Salies, qui se monte a la somme de 3171 liv. ISs, c'est de l'argent que j'avois pour les habitans de l'Acadie, et qu'il devoit me remettre a Québec, Comme je n'ay point de billet, j'ay pris des certificats des personnes qui en avoient connoissance, Comme ce Mr. a quarante et cinquante mille livres de bien, j'espère que je ne perderay rien, je vous prie d'écrire a Madelle. sa sœur, son addresse est a Madelle. de Salies a Albi en Languedoc, Mr. de la Jonquiere s'est chargé d'un pareil mémoire, et doit aussy luy écrire en conséquence.
DOCUMENTS SUR L'aCADIE 33
J'ay tout perdu a l'exception de l'argent que j'avois pour ces habitans, J'ai fait jetter a la mer mon tableau par préférence par qu'il m'auroit fait connoître, les anglois n'ont pas profité de grande chose des effets que j'avois pour mon Eglise, J'ay déchiré tous mes papiers et contes dont j'ay beaucoup de regret, Je feray ce que je pourray pour payer ces pauvres gens. Il ne me reste que ma redingotte et cinq chemises et quelques mouchoirs, Dieu soit loué, J'ay tout perdu, il me l'avoit donné, il me l'a oté. Je regrette plus les livres et les hardes de Mr. Maillard, La provindence est grande, et voila toute nôtre resource ; vous qui êtes sur les lieux vous pourries nous rendre service, nous n'avons jamais eu plus de besoin de pension. On nous l'avoit promis, ou si vous aviez occasion de voir Mr. de Mirepois de lengager a nous donner quelques petits bénéfices simples qui peuvent compatir avec nos missions. Car je ne les abandonneray pas qu'il n'y en ait un autre en ma place, et j'espère repartir le printems prochain s'il y vat quelques battiments, et voila ce qui me fait souhaitter de repasser en France avant l'hy ver, etje vous prie en conséquence d'employer tout vôtre crédit, pour moyjefais ce que je puis et s'il ne faut que de l'argent je ne l'epargneray pas.
Je suis fâché de ne pouvoir écrire a nos Mrs., Mr. de la Jonquiere part demain a trois heures du matin. Ils verront par ma lettre tout ce que je pourrois leur écrire. Je les salue de tout mon cœur Mrs. de Bugurieux, Haumon, le directeur de la Congrégation, et le parent de Mr. Vallier, tous nos Mrs. dont je ne puis me rappeler leur noms et Mr l'abbé de l'Isle Dieu Je me recommande a leur prières et Sts. sacrifices, Je suis avec tout le respect possible
Monsieur
Vôtre très humble et
très obéissant serviteur
R : Le Loutre ptre miss De Winchester ce 12 iuillet 1747
N'oubliez pas, je vous prie, de voir Mr. la Porte.
Relation du combat rendu le 14 may 1747 par V Escadre du roy commandée par Mr. de la Jonquiere .^Gouverneur Lieutenant gênerai de la Nouvelle France chef d^escadre des armées navaUes.
Le 10 may le vent a l'Est frais nous appareillâmes des rades de La Rochelle 5 vaisseaux de guerre, une fregatte, une flutte, six
vaisseaux de la Compagnie des Indes, ^t 26 battiments marchands dont 19 êtoient destinés pour le Canada et les autres pour les isles de PAmerique qui profitoient de nôtre escorte pour décaper. A 11 heures du matin nous fumes en dehors des pertuis et fîmes routes les vents a PËst.
Le 14 le vent au Nordest frais, étant suivant nôtre point entre le Cap Hortegal et Finisterre, environ 19 lieues de terre nous découvrîmes a 8 heures le dimanche matin 17 voiles qui nous restoient dans le nordest, et qui venoient a toutes voiles sur nous ; nous en fimes le signal au commandant qui après y avoir repondu fit signal de raliment et celui de forcer de voiles a la flotte, Nous arrivâmes sur l'escadre pour nous ralier et la frégate L'Emeraude qui chassoit avec nous de l'avant de l'Escadre continua sa route au plus prés du vent l'amure à tribord suivant ses instructions ; dés que nous fumes raliés le gênerai fit signal de se préparer au combat, et celuy d'ordre de marche sur trois colones faisant le ouest-surois du compas a petite voile pour donner le temps a la flotte de passer de l'avant. Les vaisseaux que nous avions découvert s'approchoient beaucoup, nous jugeâmes que c'êtoit une Escadre angloise composée de gros vaisseaux, a onze heures la fregatte l'Emeraude se ralia, et passant a poupe du gênerai, il la chargea de l'escorte de la flotte avec ordre de forcer de voile dans le surois, et de faire le ouest a la nuit, tandis que nous arretterions l'escadre angloise en combattant avec elle. Alors le gênerai fit le signal de se mettre dans l'ordre qui suit
Le Diamant 52 canons, capitaine Mr. Hocquart
Le Philibert 26 Compagnie
Le Rubis 24 Mr. Macarty
Le Jason 52 de la compagnie Mr. Becart
Le Serieu 60 le gênerai Mr. d'Aubigny
L'Invincible 74 St. George de la Compagnie
L'AppoUon 26 de la Compagnie
La Thetis 18 de la Compagnie
La Gloire 46 Mr. le Ch de Salies.
Puis il mit son pavillon et sa cornette et tous les vaisseaux mirent leur pavillons et leur fiâmes, nous mîmes en pane dans cet ordre pour donner le tems a la flotte de s'éloigner pour faire paroître nôtre escadre plus forte qu'elle n'êtoit, le gênerai fit mettre en ligne la fiutte le Rubis, et trois battiments de la Compagnie qui êtoient le Philibert, l'AppoUon et la Thetis, qui quoyqu'a deux batteries, n'avoient que leur seconde, et peu de
DOCUMENTS SUR l'aCADIE 35
monde. Environ une heure après midi les premiers vaisseaux de l'escadre ennemie nous joignirent a une lieue et mirent en pane, nousjugâmes parleur maneuvre qu'ils vouloient former leur lignes, Nous contâmes qu'ils êtoient 14 vaisseaux de ligne dont l'un de trois ponts et trçis fregattes; alors nous fîmes servir, mais l'AppoUon et la Thetis arrivèrent sous le vent de la ligne, Nous eûmes beau leur crier de reprendre leur postes, ils n'en voulurent rien faire, et firent vent arrière, dés qu'ils virent que les ennemis qui côtoient appercû de leur maneuvre, forcoient de voiles pour venir nous joindre. Le gênerai craignant que nous ne fusions coupés en gardant nôtre poste, et laissant entre l'Invincible et nous la place de ces deux vaisseaux, nous signal de luy aller passer a poupe, nous mîmes toutes voiles dehors pour nous raprocher de luy passant au vent de l'Invincible, quand il jugea que nous étions assez proche, il amena nôtre signal, et fit celuy d'ordre de retraitte suivant
La Gloire Le Jason L'Invincible Le Sérieux Le Diamant Le Rubis
Mais voyant que son matelot de tribord n'êtoit pas a son poste, et laissoit un trop grand intervalle, les ennemis étant presque a portée de canon, nous primes ce poste un peu avant trois heures ; un vaisseau Anglois qui c'étoit détaché sur l'AppoUon et la Thetis leur tira quelques coups de canons de chasse, le gênerai cria à l'Invincible de revenir sur bâbord et de porter au sud pour couvrir ces battiments, l'Invincible angagea le combat avec ce vaisseau, peu de temps après nous tirâmes de nos canons de retraitte sur un vaisseau qui venoit dans nos eaux, nous fumes bientost jouint et enveloppés par l'Escadre ennemie, dont la plus grande partie s'acharna sur le Serieu, l'Invincible et nous fumes pendant tout le combat a demi-portée de pistolet les uns des autres, des premières bordées que nous reçûmes nôtre bâton de pavillon fut emporté, on en fit mettre un autre au bout de la ' vergue d'artimon qui fut emporté tout de suite, nous en mîmes un troisième aux bancs d'artimon, nous nous battimes des deux bords de l'arriére, et de la mousqueterie. Après une heure et demie de combat nous fumes hors d'état de maneuvrer, toutes nos voiles criblées, nos maneuvres coupées, les ennemis nous chaufoient bien et de prés, et nous étions obligés de trop partager
m nôtre feu pour pouvoir rallentir le Leur, nous avions déjà perdu beaucoup de monde sur les guaillards et dans les batteries, nôtre Capitaine fit descendre le monde qui restoit sur les guaillards pour servir les canons, et y remplacer les morts, nôtre petit mat d'hune vint a bas, nous fessions toujour grand feu de cannon, mais il n'êtoit pas possible de résister a des forces aussy supérieures ; a 6 heures et demi nous vîmes le Commandant si fort a la bande que nous craignîmes qu'il ne coulât bas, dans le moment il se rendit, et fut obligé de faire vent arrière pour se redresser et fermer ses sabords de la première batterie qui avoit été engagée sous l'eau; nous continuâmes toujours nôtre feu, l'Invincible par les dififérentes maneuvres qu'il fut obligé de faire s'écarta de nous, nous restâmes seuls entourés de six vaisseaux qui nous mirent bientost hors de deffence, nôtre Capitaine eut la tête emportée d'un coup de canon, Enfin après quatre heures de combat, tous nos mats criblés ou emportés, plusieurs coups de canons dans l'eau, dont un traversoit la soutte aux poudres, ayant six pieds d'eau dans la calle, les pompes ne franchissant plus, ne pouvant plus gouverner, n'ayant plus aucune voile en l'air, ayant 90 hommes tués et de 60 de blessés, nous nous rendîmes a 7 heures du soir environnés de 6 vaisseaux qui nous chauffbient a l'envie l'uns de l'autres.
Noms des vaisseaux anglois.
Le Prince George, Amiral Amson 90 Canons
Le Devonsir, Contre- Amiral Waven 74
Le Monmousth 64
Le Prince Frédéric 64
La Défiance 60
Le Winsor 60
La Princesse Louisse , 60
Le Peimbroc 64
Le Jarmouth 60
Le Notimgam 60
Le Chester 60
Le Centurion 52
Le Bristol 52
Le Jalkam 52
L'Ambuscade fregatte 40
Le Faucon senoc 12
Le Plustor brûlot 8
DOCUMENTS SUR L'aCAOIE 37
Du 8 mars 1748.
A Monsieur
Monsieur l'abbé Du Faux
Supérieur du Séminaire des Missions Etrangères Rue du Bacq a Paris.
Monsieur
J'attendois vos ordres pour partir de Morlaix, mais je viens de recevoir une lettre de mon cher confrère Pressart qui m'apprend qu'il est partit de Paris pour se rendre a La Rochelle ou il espère être le 17 du courant, j'ay pris mon parti sur le champ et je partiray dimanche prochain pour Nantes et delà a La Rochelle, Je vois que Mr. de la Porte a oublié de vous envoler les ordonnances pour toucher 500 liv. de mes appointements, et 600 liv. du reste de la gratification qui m'avoit été accordée, de plus 200 liv. de gratification pour Mr. Maillard. Je viens de luy écrire en conséquence, et le prie de penser a moy. S'il oublioit, je vous priray de lui écrire, et de même de faire un voyage a Versailles s'il etoit nécessaire, après avoir reçu cette somme, vous payerez je vous en prie mes dettes. Car je ne doute point que n'ayez avancé quelqu'argent pour moy a Mr. Pressart qui êtoit chargé de mes affaires, et vous aurez la bonté de me faire toucher le reste a La Rochelle, d'ailleurs si ce moyen vient a manquer ce que je ne pen&e pas, ayez la bonté de me marquer ce que je vous dois et je renderay a La Rochelle a qui vous jugerez a propos pareille somme.
Je viens de finir mes affaires de famille. Je laisse mes revenus a payer jusqu'à parfait payement pour la somme de 8000 liv., ainsy je ne toucheray rien de dix ans pour le moins, j'auray vendu une partie du fond si ce n'est l'espérance que le ministre m'a donné de me faire avoir une pension de 800 liv. sur un bénéfice, Car présentement surtout en tems de guerre et dans un pais aussy dur que l'Acadie je ne pourray vivre de mes appointements si je n'ay quelque chose d'ailleurs, Comme je crains que le ministre ne m'oublie je vous prie de luy faire parler. J'apprends que l'eveché de Montpellier vient de vacquer, l'occasion est favorable. Si vous voyez Mr. de la Porte dites luy en un mot je vous en supplie. Il est fâcheux pour moy de me voir hors d'état de faire aucun bien a mes sauvages et a mes Eglises, tandis que je seray occupé a payer des dettes que je n'ay contractées
que par les malheurs de la guerre ; Si vous voyez Mr. de la Porte, je vous prie de luy demander si a fait écrire a Msgr. de Maurepas a la Compagnie en faveur de mon frère pour le controUe de St Malo qui doit vacquer bientost, le controUeur étant paralitique et hors d'état de régir son bureau, il me l'avoit promis en partant, je lui ay encore écrit en conséquence, Si faloit faire quelques dépenses pour cela, soit port de lettres, soit même quelque gratification a quelque commis ou autres, n'épargnez rien, faites vôtre mémoire, mon frère vous fera conter sur le champ vôtre déboursé, et il vous sera infiniment obligé, s'il falloit luy écrire son addresse est : a Mr. Despréez Le Loutre controUeur a Pontecroix en Bretagne ; Il m'est dû par Mr. le chr. de Grasse du Bar chev. de Malthe, Enseigne de vaisseau du département de Toulon présentement a Grasse en Provence, une somme de 840 liv. que je luy ay prêté tant en Angleterre qu'a Caën, j'ay son billet payable a son retour chez luy, je lui ay écrit, je luy ay fais écrire, et jen'ay pas eu de ses nouvelles,Mon cousin Mr. Beau négociant a Morlaix pour me faire plaisir m'a conté cette somme et a pris son billet, je vous priray de demander a Mr. la Porte le moyen de se faire payer, Si on ne peut pas mettre arrest sur ses appointements ou &c. Je vous prie de me faire réponse a ses articles a La Rochelle, afin que j'en informe mon cousin. J'ay trouvé a Morlaix un sous diacre qui a un attrait tout particulier pour les missions. Il m'a fait offre de me suivre en qualité même de domestique. Il est de très bonnes mœurs, Il n'a que
dix huit mois de théologie, il i dans sa paroisse, ou il vit
avec édification, Je luy ay promis de vous écrire, il vous ecriray luy mêm,e, Il fera tout ce que vous jugerez a propos, et il renderay pedibus a Paris si vous agréez ses services. Je parts avec plaisir, Je n'aspire qu'a me rendre, je me recommande a vos prières, et Sts. Sacrifices, Je salue Mrs. de Bugurieu, Ferbos et Benazet, tous mes chers confrères et nos Mrs.
Je suis avec un profond respect et soumission parfaite
Monsieur,
Vôtre très humble et très
obéissant serviteur R : Le Loutrb
ptre miss.
De Morlaix ce 8 mars 1748.
1. Ce mot a été déchiré en décachetant la lettre. Il faut lire probablement : il habite
DOCUMENTS SUR l'âCADIE 39
Du 30 mars 1748.
A Monsieur
Monsieur l'abbé Du Fau
Supérieur du Séminaire des Missions Etrangères rue du Bacq a Paris.
Monsieur
J'arrivay dimanche dernier a La Rochelle — ^J'ai été a Rochefort ou Mr. de Giury m'a fait conter par ordre du conte de Maurepas les trois mille livres du Chr. de Salies. J'écris par la même poste au ministre et a Mr. de la Porte, pour les prier de vous faire compter les 600 liv. d'appointment et les 600 liv. de reste de la gratification de 1200 que le ministre m'avoit accordé, Je vous prie au premier jour qu'il donnera audience a Paris de luy parler en ma faveur pour avoir cette somme, vous n'oublirez pas de demander les 200 liv. de gratification pour Mr. Maillard, vous lui représenterez comme je luy marque que j'ay fais des emprunts en conséquence ; je vous prie de donner au dorreur 136 liv. Mr. Lefebvre a 60 liv. qui m'appartiennent vous les prenderez. Si je dois quelqu'autre chose vous aurez la bonté de payer. J'ay laissé de l'argent plus que suffisant a Mr. l'aumonier de l'Hôpital gênerai, qui remettera a Mr. de Lalane ce que vous aurez déboursé pour moy.
Je dois m'embarquer demain sur le Marquis de Tourni, plaise au Sgr que ce ne soit pas pour l'Angleterre, Fasse le ciel que j'arrive au port tant de fois désiré, nous ferons voile dans peu de jours avec le David sous l'escorte de la Friponne. Si nous allons en Angleterre vous aurez la bonté de travailler a me faire repasser en France, vous êtes nôtre père commun et c'est en vous que je mets mes interests. Je suis obligé a M. Bugurieu des indulgences, je les avois demandé pour tous les jours de l'octave. Je salue tous nos Mrs. directeurs missionaires et pensionnaires. Je me recommande a vos prières et Sts. Sacrifices. Je suis avec tout le Respect et soumission possible
Monsieur,
Votre très humble et très
obéissant serviteur R : Le Loutre
ptre. miss.
A La Roclielle ce 30 mars 1748.
La poste me presse.