Montcalm et Wolfe, par F. Parkman, vol. II
100 LA BATAILLE DE CARfLLON
trente-quatre ans était déjà l'une des plus grandes figures de toutes les armées britanniques. Il avait le cœur d'un soldat et le génie d'un capitaine. Austère pour lui-même, frugal, ferme sur l'article de la discipline, et cependant sympathique et généreux, il était adoré des troupes. " Caractère antique, parfait modèle de vertu guerrière ", disait de lui William Pitt, le grand Chatham ; tandis que son digne émule, James Wolfe, l'appelait ** le plus noble anglais de mon époque, et le meilleur soldat de Tarmée anglaise." Pas un des milliers d'hommes assemblés sur les bords du lac George, qui ne fût convaincu que lord Howe portait sous son large front et dans son œil d'aigle le succès de la campagne.
On était rendu au 4 j uillet. Tous les contingents étaient arrivés, toute la flottille était prête. Il était temps de marcher en avant. Le soir de ce jour, on mit à bord les bagages, les magasins, les munitions, etc.
Les premiers rayons du soleil levant, radieux soleil de juillet, virent, le lendemain matin, un admirable spectacle. Au point du jour, toute l'armée anglaise s'était embarquée sur 900 bateaux, 135 chaloupes, sans compter un grand nombre de radeaux pour transporter l'artillerie. ^ Elle s'avançait majestueusement, dans un ordre parfait, les réguliers au centre, les provinciaux sur les flancs. Le ciel était pur et brillait des feux ■du jour naissant; mille drapeaux flottaient au souffle de la brise, en mariant leurs couleurs ; les fanfares des régiments éveillaient les échos des monts et des forêts prochaines. A droite, à gauche, de mystérieuses solitudes ; en arrière, la jeune patrie coloniale dont le cœur battait au milieu de cette armée magnifique ; en avant, les flots bleus du lac poétique, merveilleux diamant de la Nouvelle- Angleterre ; et là-bas, à l'horizon, un vaillant ennemi à terrasser, le triomphe, la gloire et la conquête. Cette scène incomparable, ce tableau pittoresque et brillant, sont restés gravés dans la mémoire des Anglo- Américains, ^ d'autant plus profondément sans doute qu'ils off'rent un plus lugubre contraste avec la scène et le tableau dont furent témoins les mêmes lieux, trois jours plus tard.
A cinq heures de l'après-midi, la flottille atteignit un endroit appelé par les Angkiis Sabbath-Day PoirU, à vingt-cinq milles de William- Henry. Quelques bateaux avaient donné la chasse aux