Lettre de Vabhé MaiUardj Louisbourg, 1er octobre
124 COUP d'oeil sur l'acadie
Mais qu'on examine la conduite de ses adversaires, et on verra qu'elle ne valait pas mieux.
** Il est notoire, écrivait à la cour de France le comte de Raymond, commandant à Louisbourg, qu'il ne s'est guère passé de mois depuis l'année de la dernière paix, sans que les Anglais aient envoyé visiter les côtes de cette colonie par des corsaires armés en guerre.
^' Depuis la fin de l'année 1749, temps auquel les Anglais ont commencé à se rendre en foule à Chibouktou (Halifax), pour s'y établir, les Français n'ont pu naviguer en sûreté le long de la
côte de l'est et même aux environs de l'isle de Canseau à cause
des menaces fréquentes qu'ils faisaient. Ils ont continué de prendre les bâtiments de toutes espèces, de s'emparer de tout ce qu'ils y trouvaient, et de se saisir en même temps des navigateurs, ce qu'ils ont effectivement exécuté en plusieurs rencontres. " 1
Le comte de Raymond appuyait ces accusations d'une foule de faits accompagnés des détails les plus précis. Il disait entre autres que les Anglais avaient pris, cette même année 1749, dans un port de l'Ile- Royale, trois chaloupes ainsi que les équipages et ne les avaient relâchés qu'après avoir pris toutes les morues de ces trois chaloupes.
En août et septembre de la même année, ils firent enlever deux missionnaires : l'abbé Girard, de Cobequid, qu'ils retinrent plus de trois mois prisonnier à Halifax ; et l'abbé de la Goudalie, curé de Grand-Pré, qu'ils obligèrent de repasser en France.
Ils attaquèrent et prirent des bateaux français qui allaient et venaient de l'Ile- Royale à l'île Saint-Jean, en maltraitèrent les équipages et s'emparèrent de leurs cargaisons, souvent même de leurs bateaux, quoiqu'on leur montrât des passeports dans la meilleure forme.
Un fait plus grave encore fut la prise (16 octobre 1750) d'un brigantin appartenant à la marine française, nommé le Saint- François, qui était chargé de vivres, d'habillements et d'armes destinés aux postes français de la rivière Saint- Jean. A ces violations de la paix sur mer s'en ajoutaient d'autres non moins graves sur terre. Celles-ci avaient pour principal prétextei comme je viens de le dire, des empiétements sur la frontière de la Nouvelle-Ecosse restée en litige depuis le traité d'Utrecht. Lors de la conclusion de ce traité, on avait commis l'impardon-