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auteur, il fallait punir les prêtres; ils le méritaient et les Acadiens étaient innocents." *

De son côté, Moïse de Les Derniers rapporte *' qu'il a entendu dire que Pabbé Le Loutre avait déclaré en chaire que la nation anglaise était Pennemie de Dieu et l'amie du diable, et que Jésus-Christ avait été crucifié en Angleterre. " L'abbé Le Loutre ayant ainsi ameuté l'opinion publique contre lui, il n'est pas surprenant qu'on lui ait attribué tous les méfaits. Un oflSicier anglais très connu dans les deux camps, le capitaine Howe, ayant été attiré dans un guet-apens et tué par les Sauvages, c'était, disait-on, à l'instigation de l'abbé Le Loutre.

Edward Cornwallis, gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, offrit cent louis à quiconque lui apporterait sa tête ; et il écrivit à Mgr de Pontbriand, évêque de Québec, une lettre pleine de menaces, dans laquelle il lui demandait si c'était lui qui avait envoyé l'abbé Le Loutre comme missionnaire des Micmacs, et si c'était pour leur bien qu'il excitait ces misérables à pratiquer leurs cruautés contre ceux qui leur avaient montré toute espèce de bontés. 2

L'évêque de Québec écrivit de son côté à l'abbé Le Loutre pour lui reprocher sa conduite. " Vous êtes enfin, lui disait-il, tombé précisément dans le trouble que j'avais prévu, et que j'ai prédit

1. Archives de» affaires étrarufères^ Paris. Lettre au duc de Nivernais sur la dispersion des Acadieti^^ 2 décembre 1762.

2. S'il faut en croire un témoin oculaire, ami et espion des Anglais, le fameux Pichon, les bontés dont se vantait le gouverneur Corn wallia, avaient été témoignées trop tard pour que les Sauvages y ajoutassent une grande foi. Les fondateurs d'Halifax avaient, des leur arrivée, provoqué les Sauvages.

** Vers le commencement de Tannée 1750, dit cet auteur, en citant avec approbation les paroles du comte de Raymond, les Anglais s'étant rendus à Chibouktou, firent partout répandre le bruit qu'ils allaient détruire les Sauvages ; ils parurent agir en conséquence puisqu'ils envoyèrent de côté et d'autre, différents détachements de leurs troupes pour aller à leur poursuite. Alors les Sauvages alarmés, se déterminèrent à déclarer ouvertement la guerre à ceux qu'ils n'avaient jamais cessé de regarder comme ennemis "

" Combien d'actes d'inhumanité, ajoute le comte de Raymond, se seraient commis par cette nation naturellement vindicative, si les missionnaires ne se fussent pas servis de tout leur pouvoir pour les contenir ? 11 est notoire que les Sauvages se croyaient tout permis contre leurs ennemis. Aussi en a-t-il coûté des efforts et des peines infinis, pour réprimer cette licence qu'ils se croyaient d'autant plus permise, qu'ils la regardaient comme des représailles ; et à combien d'anglais ce charitable zèle n'a-t-il pas sauvé la vie j

** Ces mêmes missionnaires peuvent faire voir par écrit les instructiona qu'ils ont faites aux Sauvages sur la douceur et l'humanité dont il faut faire usage en temps de guerre- Ils ont même sur ce sujet composé une espèce de catéchisme qu'ils font apprendre aux enfants et qui a déjà produit de très bons effets. "

En face de ces travaux des missionnaires pour civiliser les Sauvages, quels efforts civilisateurs les Anglais ont-ils faits de leur côté ? Les auteurs qui

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depuis longtemps. Les réfugiés ne pouvaient manquer de tomber tôt ou tard dans la misère et de vous accuser d'être la cause de

leurs malheurs La cour a cru nécessaire de faciliter leur

départ de leurs terres, mais cela n'est pas du ressort de notre profession. C'était mon opinion que nous ne devions rien dire, soit pour nous opposer au projet en exécution, soit pour y engager. Je vous ai rappelé, il y a déjà longtemps, qu'un prêtre ne doit pas se mêler aux affaires temporelles, et que s'il le faisait, il se créerait toujours des ennemis et occasionnerait le peuple à être mécontent.

''...Avez- vous droit, ajoutait le prélat, de refuser les sacrements (à ceux qui veulent retourner sur leurs terres), de les menacer d'être privés des services d'un prêtre, et que les Sauvages les traiteront comme des ennemis ? Je leur souhaite consciencieusement d'abandonner les terres qu'ils possèdent sous le gouvernement anglais ; mais est-il bien prouvé qu'ils ne peuvent en conscience y retourner, seduao perversionis periculo / " ^

On sait qu'au moment de la capitulation de Beauséjour, l'abbé Le Loutre s'échappa sous un déguisement et se rendit à Québec, où il s'embarqua pour l'Europe sur un navire marchand. Le navire fut pris en mer et l'abbé Le Loutre conduit en Angleterre et de là dans l'île de Jersey, où il fut retenu prisonnier pendant huit ans au château d'Elisabeth.

jettent des cris de paon en rapportant la conduite de Tabbë Le Loutre, ont bien soin de ne pas mettre en regard ces patients travaux.

Ils ont encore bien plus soin de ne pas mettre en regard les actes d'atrocité, dignes des Sauvages, commis par les leurs, soit en temps de paix, soit en temps de guerre, comme ceux-ci, par exemple, que le commandant de Louisbourg rappelait aux Sauvages eux -me mes.

** Vers la fin de juillet 1749, temps où l'on ne savait point encore dans la Nouvelle France la suspension d'armes entre les deux couronnes, les Sauvages avaient fait des prisonniers anglais sur l'île de Terreneuve ; mais ces prisonniers leur ayant appris cette suspensicm signée l'année d'auparavant à Aix-la-Chapelle, ils les crurent sur leur simple parole. . . .les traitèrent en frères, les dégagèrent de leurs liens et les menèrent dans leurs cabanes pour leur donner l'hospitalité ; mais malgré tant de bons traitements, ces peiSdes hôtes, massacrèrent, pendant la nuit, vingt-cinq (Sauvages) tant hommes que femmes ....

** Vers la tin du mois de décembre 1744, M. Ganon, commandant un

détachement de troupes anglaises, trouva à l'écart (près de Port-Royal)

deux cabanes de sauvages micmacs. Dans ces cabanes, il y avait cinq femmes et trois enfants, dont deux de ces femmes étaient enceintes ; mais malgré ces objets si propres à exciter l'humanité, les Anglais non seulement pillèrent et brûlèrent ces deux cabanes, ils massacrèrent encore les cinq femmes et les trois enfants. On trouva même que les femmes qui étaient grosses, avaient été éventrées." Lettres et Mémoires sur le Cap Breton, pp. 132, 13Ô.

1. Archives de la Nouvelle- Ecosse : Lettre de Mgr de FonUmand à Vabhé Le Loutre, p. 240, traduction.

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Un Mémoire, écrit en 1764, nous apprend qu'après son retour en France, il vécut des revenus de son patrimoine qui était considérable et d'une pension de 800 livres que le roi lui avait accordée sur l'évêché de Lavaur. ^

D'après le mèmeMèmoire, l'abbé Le Loutre aurait, pendant ses missions, payé '' de ses propres deniers et de ceux que la confiance déposoit entre ses mains, la rançon des prisonniers anglois qu'il arrachoit aux tourments préparés par les Sauvages ; après avoir partagé vingt années de sa vie entre les barbares répandus dans les bois, et les familles françoises éparses le long des Côtes et sous nos Forts... il a vu le Roi, satisfait de ses services, le récompenser par des gratifications, et ce qui est plus flatteur, par sa confiance ; il a vu les Anglois payer sur sa parole les rançons qu'il avoit avancées pour le rachat de leurs prisonniers, et dans les huit ans de prison dont ils ont cru devoir punir son zèle patriotique, il a reçu d'eux des marques d'estime."

D'autre part on sait par un passage des Lettres Edifiantes, que l'abbé Le Loutre s'employa activement à établir en France, en partie à se?^ propres frais, les Acadiens qui s'y étaient réfugiés.

J'ai signalé la partialité de certains historiens. Un autre tort dont ils se rendent coupables, c'est de se servir des fautes de l'abbé Le Loutre pour accuser les autres missionnaires de l'Acadie et les envelopper tous dans la même réprobation. Certainement que ces missionnaires, qui tous étaient français, entretenaient les Acadiens dans l'amour de leur mère-patrie et dans l'espoir qu'elle viendrait un jour les reconquérir. Etait-ce un si grand crime ? d'autant plus que la question de savoir si les Acadiens étaient sujets anglais ou non, n'était pas si clairement établie, du moins pour les Français, qu'on le prétend aujourd'hui.

Le serment de fidélité qu'on leur avait permis de prêter, qui les avait fait qualifier de Français Neutres {French NeiUrals), et laissés comme à mi-chemin entre les deux partis, permettait bien des doutes à cet égard. On peut lire sur cette question un Mémoire fort curieux, écrit vers 1762, par l'abbé de l'Isle-Dieu, vicaire général de Tévêque de Québec. 2 De plus, il est bien

1. Archives du sémijiaire de Qitébec : Mémoire des Missions Etrangères.

2. Voir ce Mémoire dans les documents inédits qui accoaipagnent cette livraison du " Canada-Français. "

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certain, d'après les frontières réclamées par la France, lesquelles embrassaient plus de la moitié de la Péninsule, que la plus grande partie de la population acadienne se trouvait sur le territoire français, i

Si Ton voulait détacher les Acadiens de la France, il fallait leur donner des missionnaires autres que des français, ce qui n'était nullement contraire au traité d'Utrecht. 2

En qualité de prêtres catholiques et de guides spirituels des Acadiens, les missionnaires étaient obligés de veiller à la conservation de leur foi. Or ils voyaient les efiForts qu'on faisait continuellement pour leur faire perdre cette foi et les jeter dans le protestantisme. Ils élevaient la voix, comme c'était leur devoir, ils dénonçaient ces tentatives, et par là même, ils excitaient nécessairement la défiance de leurs paroissiens contre leurs maîtres.

Mais à'qui la faute ? Ils se trouvaient placés fatalement entre ces deux maux, ou trahir leur devoir, ou passer pour traîtres. Ils aimèrent mieux faire leur devoir. On leur en a fait un crime : c'est un mérite de plus pour eux.

Je ne veux citer qu'un exemple pour faire voir combien certains j ugements portés contre ces missionnaires sont entachés de préjugés et d'esprit de parti. L'abbé Maillard a été du nombre de ceux qui ont été incriminés, et il était particulièrement exposé à l'être, ayant dirigé les missions micmaques avant l'abbé Le Loutre, ayant été son précepteur dans l'étude de la langue sauvage, et ayant eu le poin des Micmacs de l'île du Cap Breton,

1. Voir sur cette question des frontières le magnifique ouvrage, accompa^é de cartes, publié récemment par M. Justin Winsor, bibliothécaire à l'Université de Harvard : Narrative and critical History of America,

Les prétentions étaient exorbitantes de part et d'autre. Tandis que la France ne concédait qu'une lisière stérile le Ions des côtes orientales de la Nouvelle-Ecosse, l'Angleterre exigeait n6n seulement toute la Péninsule, mais tout ce qui forme aujourd'hui le Nouveau-Brunswick et les rivages du C:iolfe jusqu'aux environs de Rimouski ! On conçoit quelle confusion daiis les esprits devait résulter de ces conHits d'opinion entre les deux puissances. Naturellement les Acudicns et leurâ missionnaires abondaient dans le sens de la France. C'en était assez pour exciter les récriminations de la partie adverse, et les faire passer pour rebelles. L'Angleterre était restée si peu sftre que les Ac:ulioiis fussent sujets anglais, que tous ceux d'entre eux qui furent amenés dans ses ports, après la dispersion (et leur nombre s'élevait à environ quinze cents, selon M. de la Rochette), furent traités en prisonniers de guerre et pensionnés par l'état, c'est-à-dire reconnus comme sujets français. Il n'y eut que dans les colonies du Nord qu'on refusa de les reconnaître et de les traiter comme tels.

2. Le gouvernement, paraît-il, eut un instant cette idée, mais n'y donna pas de suite. Il lui semblait plus efficace d'amener peu à peu les Acadiens au protestantisme.

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pendant que l'abbé Le Loutre avait celui des missions de la Nouvelle-Ecosse. Si l'abbé Maillard était retourné en Europe aprè*^ la dispersion des Acadiens, on n'en saurait pas davantage sur son compte que sur celui de ses confrères qui sont allés se confondre dans la foule du clergé de France ; mais il n'a jamais quitté les parages du golfe Saint-Laurent, et il a passé les dernières années de sa vie à Halifax, au milieu de ceux qui avaient été ses ennemis les plus déclarés. Or il les a tous subjugués par l'ascendant de ses qualités et de ses vertus. D'ennemis il en a fait des admirateurs et des amis. A sa mort, l'élite de la société d'Halifax, civile et militaire, le gouverneur et le conseil, ont fait cortège à son cercueil.

Voilà les témoignages transmis par ceux là mêmes qui lui avaient été le plus hostiles avant de l'avoir connu. ^

Après cette dissertation, qui peut paraître oiseuse à quelques lecteurs, mais qui n'est pas sans importance pour ceux qui suivent de près le mouvement historique, il est nécessaire de revenir un peu sur les événements, afin de résumer en quelques mots la situation.

Avant la fondation d'Halifax, le pouvoir efifectif des gouverneurs de la Nouvelle- Ecosse ne s'étendait guère plus loin que la portée des canons de Port- Royal.

Ces gouverneurs n'avaient réellement sous la main que les habitants de cette paroisse. Les plus rapprochés ensuite, ceux du Bassin des Mines, en étaient séparés par une vingtaine de lieues de montagnes et de forêts.

Les autres paroisses, plus inaccessibles encore, s'échelonnaient jusqu'au fond de la Baie Française. Pas un seul colon anglais ne s'était jusqu'alors établi dans la province. Les Acadiens étaient donc les vrais maîtres de l'Acadie, et en mesure d'imposer leurs conditions pour consentir à y rester.

Le traité d'Utrecht leur ayant garanti le libre exercice de la religion catholique, il n'avait pu être question de leur faire prêter le serment du test qui renfermait un acte d'apostasie ; il avait fallu convenir d'une formule particulière de serment. Les Acadiens avaient exigé et obtenu comme condition expresse qu'ils ne porteraient point les armes contre les Français, ni contre les Sauvages. Ce ne fut qu'après qu'ils eurent prêté ce

!• Archives de la NœiveUe-Ecosse^ p. 184.

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