‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 50 sur 292 · HOMMAGE A MADAME · texte numérisé non relu

HOMMAGE A MADAME

Loin, bien loin de son humble source Parmi la mousse et les roseaux, La Chaudière aux rapides eaux, Vers la fin de sa longue course Se jette en un gouflFre profond, Puis, perçant le roc jusqu'au fond, Entre au fleuve, sous la Grande Ourse, Loin, bien loin de son humble source.

Sur un vieux bac un vieux passeur,

Armé d'une pesante rame.

Reçoit depuis longtemps, madame,

Cousin, cousine, frère, sœur

Tous ceux qui lui donnent l'obole.

Mais nul ne peut — sur ma parole — Payer par un mot de douceur Sur un vieux bac un vieux passeur.

.Que d'amours restent sur la rive Ou s'éteignent sur le rocher Par la faute du vieux nocher I Quand le jour fuit ou qu'il arrive, On croit entendre avec les flots

Passer des soupirs, des sanglots

A l'heure où s'envole la grive Que d'amours restent sur la rive I

Tous les vieillards, les jeunes gens, Tous ceux qui suivent cette voie Cherchant de l'or ou de la joie.

Les heureux et les indigents Demandaient à Dieu, dans leurs zèles,

Un pont léger ou bien des ailes.

Ils n'étaient pas trop exigeants Tous les vieillards, les jeunes gens.

Et le ciel finit par entendre.

Un pont unira les deux bords.

Déjà la foule est aux abords :

L'œuvre qui s'était fait attendre Commence à l'éclat du flambeau.

Vous étiez là ce jour si beau.

On vit battre plus d'un cœur tendre.

Et le ciel finit par entendre.

Sous les^dais aux riches couleurs Quelques enfants en robes blanches.

Ecartant le rideau de branches, Vinrent vous présenter des fleurs.

C'était, cela, la gratitude D'une naïve multitude Dont vous séchez souvent les pleurs Sous les dais aux riches couleurs.

Au roc où le soleil ruisselle, Aux bois d'où l'arôme s'épand.

Mainte grappe humaine se pend.

La main du noble ouvrier scelle La première pierre du pont.

Au bruit joyeux l'écho répond ; La truelle d'or étincelle Au roc où le soleil ruisselle. .

Pendant qu'on folâtre et qu'on rit, Pendant que se choquent les verres, Pendant que chantent les trouvères, Vous sortez doucement, sans bruit ; Et toutes vos jeunes compagnes Suivent vos pas dans les campagnes Où la violette fleurit, Pendant qu'on folâtre et qu'on rit.

Dans sa robe de pierre grise.

Là-bas, on voit sur la hauteur Qui ceint le village enchanteur.

S'élever une vaste église ; Son clocher plonge au ciel serein ; Pour Dieu chantent ses voix d'airain • Les oiseaux nichent dans sa frise, Dans sa robe de pierre grise.

C'est là que vous portiez vos pas.

Vous alliez dans l'auguste enceinte, A l'autel de la vierge sainte, Sous l'œil de Dieu prier tout bas.

Vous alliez oflFrir à Marie Ce bouquet qu'une main chérie Vous avait donné. N'est-ce pas ?

C'est là que vous portiez vos pas.

La belle fête était finie.

Mais les drapeaux laissaient aux vents Flotter toujours leurs plis mouvants, Et des restes de symphonie Semblaient se noyer dans les airs Ou voltiger sur les flots clairs...

C'était ta prière bénie...

La belle fête était finie.

Pamphile LeMay.

C'est, paraît-il, une croyance parmi nos habitants canadiens^ qu'on ne doit pas dire " entrez ", mais " ouvrez ", lorsqu'on entend frapper à la porte; et cela, parce qu'un jour une femmeayant ainsi répondu " entrez", ce fut le diable qui entra et qui emporta l'imprudente. *

La morale que nous pouvons trouver dans cette légende, c'est que le foyer, sanctuaire de la famille, ne doit pas être accessible à tout venant.

— "Ouvrez ", mais tenez-vous sur le seuil, pour qu'on ait le temps de reconnaître qui vous êtes. '

Le fabuliste a donné la même leçon :

Montrez-moi patte blanche. . . .

Et vraiment la précaution n'est pas inutile. Si le diable ne rôde pas toujours sous une forme humaine, il a des légions d'émissaires qui font sa vilaine besogne et cherchent à se glisser partout.

Or, parmi ces propagateurs du mal, il faut compter les milliers de romans naturalistes et réalistes qui sont aujourd'hui répandus dans le monde, sous le couvert du livre ou sous la bande du journal.

Invasion redoutable, dont notre pays n'a pu se garantir, mais dont nous devons chercher à atténuer les tristes effets par tous les moyens possibles, si nous voulons demeurer, comme par le passé, un peuple essentiellement moral et religieux.

Quand on considère le nombre prodigieux des mauvais livres, la vogue dont ils jouissent et les ravages qu'ils causent, on comprend que des moralistes aient proscrit en masse, et sans aucune distinction, tous les romans, en disant que les meilleurs ne-valent rien!

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