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Ph. Aubert de Gaspé, Le Chercheur de trésors

Et de fait la lecture des romans, même de ceux qui ne sont pas immoraux ou impies, ne laisse pas de présenter encore des inconvénients et des dangers; j'entends la lecture assidue et passée en habitude. Elle peut exalter outre mesure l'imagination, et avoir, sur des tempéraments faibles et impressionnables, les effets les plus désastreux. Elle expose à perdre le temps, à prendre l'habitude de lire à la volée et sans profit. Elle peut «nfin dégoûter de la vie réelle et mettre dans les jeunes imaginations toutes sortes de rêves et d'aspirations impossibles à satisfaire.

Ces dangers montrent qu'il faut user de précautions en permettant la lecture des œuvres de fiction. Mai» doivent-ils faire rejeter absolument ce genre de littérature ? Non, si nous en croyons un grand nombre d'écrivains catholiques qui ont étudié cette question, et qui ont montré le bien que le roman peut produire, s'il est écrit dans un esprit chrétien.

Dans ce genre attrayant de littérature on a vu un excellent moyen de répandre la bonne semence et de faire accepter des vérités et des leçons qui, présentées dans leur austère nudité, courraient grand risque d'être rejetées. Le roman peut ainsi réussir là où échouerait un traité sérieux de philosophie ou de religion.

C'est dans ce sens que s'est prononcée dernièrement une revue catholique, The Dublin Review. Constatant les progrès alarmants du matérialisme littéraire, elle a reconnu l'urgence, pour les catholiques, de combattre l'ennemi par ses propres armes, en opposant au roman immoral et impie le roman honnête et chrétien i .

M. Léon Gauthier soutient la même opinion, et il revendique avec énergie, en faveur des écrivains catholiques, le droit de peindre les mœurs, les caractères et les passions, dès que cette peinture ne scandalise point les âmes et ne les amoindrit point Il assigne au roman un rôle important et très efficace dans l'œuvrede la régénération sociale. " Les romanciers, dit-il, ne sont,

par de certains côtés, que des moralistes moins ennuyeux

N'abandonnons pas ce genre puissant, ce genre fécond du roman ne l'abandonnons pas à nos adversaires. J'affirme qu'avec des romans profondément catholiques on a déjà sauvé des millieia d'âmes; j'affirme qu'on en peut sauver des millions." ^

1. Oatholics and modent, literature, by W. Barry, D. D. Dublin Review, Julv, 1886.

Novdûts and NoveU, by C. C. Longridge. Ibidem^ July, 1886.

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