Godefroy, Histoire de la littérature fratiçaUe
Le grand romancier flamand, Henri Conscience, est un de ceux qui ont pria à cœur de faire de la fiction un puissant auxiliaire de la morale chrétienne. Tous ses livres sont bons et recommandables, mais nous indiquerons de préférence ceux qui ont pour objet de peindre les mœurs honnêtes des paysans et des travailleurs de la Flandre : le Conscrit, V Avare, le Malheur d^être riche, les Scènes de là vie flamande, etc.
Le plus beau génie de l'Angleterre contemporaine, Mgr Newman, a écrit un roman, CaUista, qui se rapporte, comme Fabiola, à l'histoire de la primitive Eglise.
En France, M. l'abbé Bareille a trouvé à la même source le sujet d^EyriUia-Paula, et M. Quinton celui à^Aurdia et de plusieurs autres romans d'un grand mérite.
Il faut.compter encore, au nombre des romanciers chrétiens, le vicomte Walsh, MM. Guiraud, Bathild Bouniol, Georges de la Landelle, Balleydier...
M. Paul Féval, après sa conversion, mit sa plume au service de la cause catholique, et corrigea le plus grand nombre de ses premières productions : besogne assez facile, car Féval n'avait guère donné dans les excès du naturalisme. Ses ouvrages, ainsi revus, prennent donc place aujourd'hui dans les bibliothèques chrétiennes. Elles offrent certainement une lecture fort attrayante. On y trouve, avec des situations dramatiques, de l'entrain, du style et de l'esprit, qualités rares et précieuses. Mais, nous l'avouerons sans détour, cette lecture est plus agréable que profitable.
Il en est autrement des livres que Paul Féval a écrits après son retour au catholicisme : les Etapes d^une conversion, Pierre Blot, la Première communion et Le coup de grâce. Au fond, ces ouvrages appartiennent moins à la fiction qu'à l'autobiagraphie. Ce sont des souvenirs personnels, des portraits, et non des créations de la fantaisie. Mais l'attrait n'en a pas diminué, et on y trouve en •plus l'édification. L'héroïsme de la veftu chrétienne, luttant contre les tentations, sacrifiant ses penchants les plus légitimes au devoir, et triomphant du monde, de ses scandales et de ses fausses maximes, voilà ce que nous montrent le père de Jean, dans la première Etape d^wne conversion, et le frère Charles dans la Première communion. Quant à Pierre Blot, c'est une œuvre de polémique, une vigoureuse réfutation du socialisme par la peinture de la dégradation intellectuelle et physique où ces doctrines prétendues humanitaires, font tomber l'homme du peuple.
M. Alexandre de Lamothe a fait du roman historique une œuvre d'apologétique. Son Histoire d^une pipe est la réfutation
d'un grand nombre d'erreurs accréditées par les historiens protestants et libres penseurs. De même les Camisarda et les Cadets delà Oroix, appuyés sur des pièces justificatives, font connaître la vérité au sujet des persécutions dont on prétend que les huguenots du Midi ont été victimes sous Louis XIV. La Filleule . du baron des Adrets se rapporte aux guerres de religion sous les Valois. ^
Les nations catholiques que la guerre a désolées dans ces derniers temps ont aussi fourni des thèmes à M. De Lamothe: La Pologne, dans les Faucheurs de la mort ; la France, dans V Orpheline de JaumoTU, le Taureau des Vosges et V Auberge de la mort ; l'Espagne, dans la FiUe du Bandit ; Rome, dans Pia la San- Petrina et les Fils du Martyr, etc.
Puis cet infatigable producteur s'est tourné vers le roman scientifique et nous a montré un autre Jules Verne, aussi savant, aussi intéressant que le premier, mais, en plus, sincèrement et ouvertement chrétien, comme on peut s'en convaincre en lisant le Capitaine Ferragus, Fleur des Eaux, le Secret du Pôle, etc.
L'abbé Devoille a publié, lui aussi, un grand nombre de romans historiques, d'un mérite réel.
Un autre prêtre, caché sous le pseudonyme de Jean Loyseau, A écrit des ouvrages pleins de science et d'esprit, dont le sujet se rapporte soit a l'éducation, soit à l'histoire : Rose Jourdain, les Mémoires de Propre- à-rien, Trop belle, Pas mécharU, etc.
M. Charles Buet s'est aussi distingué dans le genre historique. Il y montre une imagination féconde un peu exubérante, un grand talent descriptif, un style énergique, entraînant et correct, et surtout un noble et profond enthousiasme pour la cause du bien.
M. Charles d'Héricault, l'auteur de Thermidor, des Cousins de Normandie, des Mémoires de mon oncle, etc., consacre un rare talent et une grande érudition à faire connaître sous son vrai jour l'époque de la révolution française: œuvre consciencieuse et dont on ne peut nier l'opportunité.
Hippolyte Violeau, le poète si pur et si gracieux, a écrit des contes et des romans où l'on trouve la même noblesse de pensées, le même sentiment religieux, le même amour du foyer et du sol natal qui animent ses Loisirs poétiques. Les Soirées de Vouvrier, la Maison du Cap, Souvenirs et nouvelles, Amile du Ouermeur, oflTrent •de charmantes études sur la Bretagne et ses habitants.
Chrétien et breton comme Violeau, M. Alfred des Essarts s'est aussi distingué dans la peinture des scènes rurales et de la vie domestique.
M. (Eugène de Margerie a écrit des contes et des récits destinés
à l'instruction religieuse et morale du peuple : Les Aventures
dhin berger^ Frire Arsène, la Légende d^Al% les Six chevaux du cor-
hULardy etc. On trouve dans ces ouvrages de l'esprit, du cœur, et
. un style soigné. Que peut-on désirer de plus ?
Il y eut deux hommes, et par conséquent deux manières dans Edouard Ourliac. Ses premiers ouvrages sont ceux d'uji philosophe sceptique, d'un observateur très perspicace, mais enclin au pessimisme. Le retour de l'auteur aux principes et à la pratique du christianisme s'accuse principalement dans les Cordes du Bocage et les Ckynies enfarUins et rustiques. Ces derniers, au jugement de M. Léon Gauthier i , sont le chef-d'œuvre d'Ourliac. Et l'on se range facilement à cet avis en lisant ces histoires, *' inimitables modèles de simplicité, de charme honnête et pur, ** de style délicat et classique. "
Louis Veuîllot, qui, nous l'avons vu, s'est prononcé en faveur du roman, a voulu montrer, par un exemple, ce que peut et ce que doit être ce genre de littérature dans les mains d'un écrivain catholique. Il a écrit ce délicieux chef-d'œuvre, Corbin et d^ Aubecourt, dans lequel on voit comment la piété chrétienne purifie, ennoblit, et élève le sentiment humain. Louis Veuillot avait soutenu '* qu'un auteur qui aurait seulement la fierté de borner *' son public, renfermerait l'aventure dans un salon, le drame '* dans un personnage, le personnage dans un monologue, et *' que ce serait assez pour dérouler une page émouvante du '* cœur humain. " Il a gagné le pari qu'il fit ainsi avec son ami de cœur, Théodore de Bussière, à la mémoire duquel il a dédié son roman dans une introduction qui est la plus belle page du livre.
Rien de plus simple que l'histoire de cette jeune fille qui, adoptée par la riche marquise d'Aubecourt, garde, au milieu de l'opulence, le souvenir de son enfance pauvre, reste fidèle à l'affection reconnaissante qu'elle a vouée à Germain Darcet, le bienfaiteur de sa mère, et jure de n'avoir pas d'autre mari que lui. Le projet n'est pas facile à réaliser, car Germain est pauvre et de race plébéienne, et la marquise d'Aubecourt ne veut donner la main de sa nièce qu'à un noble. Mais, comme elle est aussi bonne et généreuse, elle finit par reconnaître le rare mérite de