Hœfer.— Histoire de T Astronomie
l'équinoxe, marqué par le passage de la terre en un certain point de son orbite, avançait graduellement, et l'avance au 16* siècle s'élevait à 10 jours; l'équinoxe tombait le 11 mars, au lieu du 21. C'est alors que le pape Grégoire XIII, aidé de ses astronomes, introduisit une nouvelle réforme en retranchant, tous les 400 ans, trois années bissextiles du système Julien. Pour qu'une année séculaire soit désormais bissextile il faut que le millésime, non seulement de l'année, mais du siècle,soit divisible par quatre, ce qui est arrivé en 1600 et ne se reproduira qu'en 2,000. Mais en même temps qu'il assurait ainsi l'avenir, Grégoire XIII voulut aussi régulariser le passé, en ramenant l'équinoxe à sa date traditionnelle. Il n'y avait qu'un parti possible : reprendre brusquement à la terre, par un acte d'autorité, les dix jours qu'elle avait gagnés, ou plutôt les faire regagner par le calendrier. Il fut donc déôidé que le lendemain du 4 oct. 1582, jour où fut introduite la réforme, s'appellerait le 15, et le fait nous est rappelé par une éphéméride assez remarquable. Ce 4 octobre fut précisément le jour de la mort de Ste Thérèse, et le lendemain celui de ses funérailles. Lors de sa canonisation on choisit ce dernier pour y fixer sa fête, le 4 octobre étant déjà occupé par celle du grand St François d'Assise ; c'est ainsi que la fête de Ste Thérèse est célébrée le 15 octobre, lendemain du 4.
La réforme de Grégoire XIII était si sage qu'elle fut progressivement adoptée par toutes les nations civilisées, protestantes ou catholiques. La Russie seule y a résisté jusqu'à nos jours, aimant mieux, suivant le mot d'Arago, rester en désaccord avec le soleil que se mettre d'accord avec le pape. ^ La réforme, il est vrai, n'est pas absolument parfaite : on sait qu'au bout de 4,000 ans l'équinoxe aura encore avancé d'un jour. Comment y pourvoiront les hommes du 56® siècle ? c'est ce que personne encore n'a voulu décider pour eux.
^Voilà un aperçu bien incomplet, bien superficiel, des difficultés avec lesquelles il a fallu compter et des labeurs auxquels il a fallu se soumettre, pour arriver à nous doter d'un calendrier satisfaisant. Il peut du moins donner quelqu'idée de l'étonnante quantité de travail intellectuel caché pour ainsi dire sous chacun des pavés de ce sol de la vie civilisée que nous foulons avec tant d'indifférence. Qu'y a-t-il en effet aujourd'hui de plus vulgair* qu'un almanach, et quoi de plus banal que de savoir le quan-
1. On a fait remarquer toufc rëoemment que le calendrier russe j^ourrait aujourd'hui se mettre d'accord avec celui de tous les peuples chrétiens en omettant pendant un demi-siècle de compter aucune année, bissextile.
l'astronomie et la vie de l'humanité 367
tième du jour? Remarquons encore, qu'avec sa perfection relative, notre calendrier a pris son parti de négliger entièrement l'une des trois unités naturelles que nous distinguions en commençant ; car, tout en conservant l'usage du mois, avec son nom traditionnel et une durée assez voisine de celle d'une lunaison, il ne se préoccupe aucunement d'établir un rapport entre les dates du mois et les phases delà lune ; à vrai dire notre satellite est entièrement sacrifié. Si l'on n'y songe guère, c'est que probablement ces phases ont bien peu d'influence sur les choses sublunaires, malgré les préjugés contraires si enracinés en certaines provinces. Peut-être sont-ils venus de la place bien plus grande que la lune occupait dans l'attention et les préoccupations des peuples primitifs. Le mois est une période bien plus facile à embrasser que l'année ; le commencement et les divisions en sont marqués par des phénomènes bien plus saillants pour tous les yeux ; de là, sans doute, l'usage si général qu'en ont fait les anciens calendriers.
L'attention une fois concentrée sur les phases de la lune, il était naturel à la disposition de Tesprit humain de leur chercher des rapports avec tout ce qui passe ici-bas par des variations plus ou moins obscures, le temps, la santé, la végétation, que sais-je ? Que cette préoccupation ait pu faire saisir quelques relations réelles, quoique assez mal définies pour nous échapper aujourd'hui, je ne voudrais pas le nier entièrement ; mais qu'elle ait fait rêver beaucoup de relations chimériques, comment en douter, alors surtout qu'il s'agit de ces opinions populaires sur lesquelles l'imagination a tant d'influence ? n'a-t-on pas vu, de nos jours, quand l'attention des savants a été éveillée par la périodicité des taches solaires, surgir toutes sortes de relatio^ns hypothétiques entre leur période et celle des phénomènes les plus divers ? Un économiste anglais, esprit fort distingué et d'ordinaire judicieux, n'a-t-il pas cru que cette période déterminait celle des crises économiques par un enchaînement de causes assez inutile à déduire ici I Aussi bien, n'est-il pas question, en ce moment, de nous étendre sur les influences du soleil ni de la lune, mais de constater comme quoi celle-ci se trouve aujourd'hui effacée du calendrier dont elle avait autrefois été la reine« Une remarque sur laquelle je ne voudrais pas beaucoup appuyer, mais qui peut être hasardée en passant, c'est que, dans les quelques mots de la Genèse où nous avons vu les astres désignés comme devant servir à nous mesurer le temps, il est question des jours et des années, mais les mois ne sont pas nommés; comme si le regard de Moïse avait jugé que leur importance
était secondaire, accidentelle, provisoire, et que la vraie nature des choses n'établissait de rapport essentiel et permanent qu'entre la course diurne et la course annuelle du soleil d'une part et, d'autre part, le cycle diurne et le cycle annuel de l'activité humaine, le premier réglant nos fonctions et nos besoins quotidiens, et le second les variations que les saisons apportent dans nos travaux et toute notre manière de vivre.
Les années et les jours une fois bien réglés, il restait encore la question des heures. Je me borne à la mentionner sans entrer dans aucun développement. Qu'il suffise de dire que c'est seulement vers la fin du 17* siècle (1672) que l'astronome anglais Flamsteed en a donné une solution satisfaisante dans sa dissertation sur ce qu'on appelle Véquation du temps. C'est l'intervalle qui peut exister chaque jour entre le midi vrai, marqué par le cadran solaire, et le midi moyen marqué par une montre ; car la marche de celle-ci doit être toujours uniforme, tandis que celle du soleil s'accélère ou se ralentit un peu suivant les saisons de l'année. Ces variations alternatives font que quatre fois par an le midi du soleil passe et repasse par celui de la montre qui va toujours d'un même train, égal à la vitesse moyenne de l'astre.
Le point de départ de ces rencontres est arbitraire puisqu'il dépend de nous de régler nos montres pour le jour que nous voulons. Par un système de conventions très ingénieuses mais assez compliquées, on l'a fixé de manière à restreindre autant que possible l'écart maximum du midi vrai et du midi moyen entre deux rencontres consécutives. Cet écart maximum dépasse un quart d'heure, mais n'atteint pas 20 minutes. Il a par conséquent très peu d'inconvénients par rapport aux usages de la vie. L'heure du dîner par exemple, sonnant toujours au midi de l'horloge, il importe très peu que ce puisse être quelquefois un quart heure avant ou après le passage précis du soleil au méridien. Il en serait autrement si l'écart était beaucoup plus considérable et si, pour se lever tous les jours à 6 heures de l'horloge, on devait quelquefois avancer jusque vers le milieu de la nuit et quelquefois retarder jusqu'au milieu de la matinée. Pour qu'il en fût ainsi, il suffirait que la terre, au lieu de décrire autour du •soleil une orbite presque circulaire, où sa vitesse varie peu, décrivît une ellipse très allongée, dans les différentes parties de laquelle les lois de l'attraction entraîneraient des vitesses très inégales. C'est un des détails entre mille et mille autres où nous voyons une harmonieuse proportion, établie par la sagesse du Créateur, entre deux choses aussi différentes et indépendantes
par nature que la figure du système solaire et la constitution physique et morale de Phomme.
Une autre proportion plus admirable encore et bien digne de réflexion, est celle qui existe entre nos facultés intellectuelles et l'organisation de l'univers visible, harmonie dont nous ne venons -encore de considérer un peu longuement que l'un des fruits les plus minimes : comme quoi l'homme, par un travail dont lui seul est capable en ce monde, et seulement dans les représentants les plus cultivés de sa race, a pu enfin relier sa vie, ses institutions, sa chronologie, ce fil de l'histoire, ses relations d'une extrémité du globe à l'autre, aux grands chronomètres que la Providence avait montés pour lui dans les cieux ; puis, tellement vulgariser les résultats de ce travail séculaire, que ce soit aujourd'hui, pour un enfant qui commence à épeler ses lettres et ses chiffres, un assez facile exploit que de lire, au calendrier et à la pendule, <iuel jour et quelle heure il est.
Il est un autre problème, que l'enfant un peu plus avancé résout avec son atlas de géographie, sans soupçonner combien de sueurs et de veilles, combien de périls et de sacrifices, la conception, puis la confection de ses cartes ont coûtés aux plus intelligents, aux plus réfléchis, aux plus courageux aussi et aux plus entreprenants parmi les hommes des anciens âges. Astronomes et voyageurs, hardis navigateurs se lançant à la découverte des mondes inconnus, se sont ici donné la main. Cependant, sans les instruments et les procédés que le voyageur reçoit de celle de l'astronome, il pourrait bien nous rapporter des descriptions fidèles des terres qu'il a visitées, mais nulle indication précise permettant de les retrouver à coup sûr par leur position. " Si l'on est quelquefois parvenu, " dit M. l'amiral Jurien de laGravière, ** à restituer aux premiers navigateurs de l'Océan Pacifique l'honneur de leurs découvertes, c'est parce qu'on a pris très sagement le parti de tenir peu de compte de leurs assertions géographiques. On a reconnu les peuples qu'ils avaient dépeint8,les contrées qu'ils avaient décrites; on ne s'est plus inquiété de leurs longitudes." ^ Il n'est, disait Colomb, cité par le même écrivain, qu'un moyen " précis et certain de savoir où l'on est ; il faut recourir à l'astrologie." Mais les moyens d'y recourir étaient si imparfaits du temps de cet illustre