Archives de la NovmlU'Ecosse^ p
prédécesseurs aux missionnaires d'influencer leurs ouailles et même de sortir de la province sans une autorisation de sa part. Il lança ensuite une proclamation (10 avril) où il s'est peint lui-même dans Texorde flamboyant qu'on va lire et qui lui parut propre à en imposer au peuple.
** Par Son Excellence Richard PHn.ipP8, Ecuyer, Capitaine Général et Gouverneur en Chef de la Province de Sa Majesté, la Nouvelle-Ecosse ou Acadie, &c
*' Sa Sacrée Majesté George par la 'grâce de Dieu roi de la
Grande Bretagne et d'Irlande, &c , Duc de Brunswick et
Lunenbourg, Seigneur de Brème, Souverain Prince de Hanovre, Prince Electeur du Saint Empire, Seigneur de plusieurs vastes domaines en Amérique, et en particulier l'incontestable Souverain Seigneur de toute la Nouvelle Ecosse ou Acadie, aussi bien par traité que par conquête, &c &c "^
Après cette pompeuse énumération de titres, Philipps proclamait les pleins pouvoirs qu'il prétendait avoir reçus, mais que son Roi lui-même, lié par les traités comme je viens de le dire, n'avait pas le droit de lui accorder ; il concluait sa Proclamation en intimant aux Acadiens l'ordre de prêter serment au roi ^ d'Angleterre, ou d'évacuer le pays dans l'espace de quatre mois sans emporter leurs effets.
Les Acadiens furent attérés en lisant cette proclamation, affichée dans tous les principaux endroits. Comme toujours, dans leurs perplexités, ils eurent recours à leurs amis dévoués, les missionnaires, et décidèrent, malgré les défenses de Philipps, le père Justinien, religieux récollet, curé des Mines, à aller porter leurs plaintes au gouverneur de Louisbourg.
On imagine la belle colère dans laquelle entra le général en apprenant que le père Justinien s'était échappé furtivement et s'était fait le porteur d'un tel message. Etait-ce un grand crime ? Quel est l'homme de cœur qui, à sa place, n'aurait pas fait comme lui ?
*' Nous prenons la liberté, disaient les Acadiens à M. de Saint- Ovide de Brouillan (6 mai), de vous écrire par le R. P. Justinien pour vous présenter nos très-humbles respects.
** Nous avons jusqu'à présent conservé les plus purs sentiments de fidélité à notre invincible monarque. Le temps est venu où nous avons besoin de sa royale protection et assistance,
1. Public Eecord Office^ Nova Scotia, Vol. 3.— Voir Doc. inédits, No XXV, p. 120.— Pièce omise dans le volume d'Archives de la NouveUe-Ecosse publié a Halifax.
SEBMEKT d'allégeance 421
•que vous pouvez nous procurer, Monsieur, en cette occasion. Le général anglais que nous attendions depuis longtemps, est Arrivé. Il est pourvu, nous assure-t-il, des pleins pouvoirs de son Prince pour nous forcer à prêter serment d'allégeance, ou de quitter le pays d'ici à quatre mois, sans qu'il nous soit permis d'emporter avec nous quoi que ce soit de nos biens personnels, •excepté deux moutons par famille ; il réclame le reste comme la propriété du Roi son maître. Cependant, dans cette conjoncture très pressante, nous avons gardé fidélité à notre Roi en déclarant de nouveau que nous continuerons à être fidèles à notre Prince et à notre religion, comme vous le verrez par la copie que nous vous envoyons de notre réponse à la proclamation publiée par le susdit général. C'est maintenant, Monsieur, que nous avons recours à votre intelligence et aux conseils que, dans votre prudence, vous pouvez nous donner en une occasion aussi pénible, et, en second lieu à l'assistance efficace que vous pouvez nous accorder dans le cas où nous serions obligés d'abandonner nos biens. " ^
Cette démarche inattendue des Acadiens, leur appel au représentant de la France par une voix aussi autorisée que celle du curé des Mines, déconcertèrent Philipps et lui firent craindre de sérieux embarras. L'agitation était, en effet, extrême parmi les Français et se propageait rapidement chez leurs voisins, les Sauvages ; et le gouverneur n'avait à sa disposition qu'une poignée d^hommes pour maintenir l'ordre. Il est vrai que les Acadiens n'avaient plus de vaisseaux pour se transporter par mer, mais ils menaçaient de se retirer par terre avec leurs effets et leurs troupeaux du côté de Chignectou (Beaubassin) et de la Baie Verte, où il aurait été difficile de les atteindre, et d'où ils auraient pu, au besoin, passer dans l'Ile Saint- Jean. Ils s'étaient même mis à l'œuvre et avaient commencé à ouvrir entre Port- Royal et le Bassin des Mines un chemin à travers la forêt, que Philipps défendit de continuer. 2
Ce fut un des grands torts des Acadiens de ne pas avoir persévéré dans cette idée ; ils auraient eu sans doute à souffrir de grandes misères, mais ils auraient évité de bien plus grands malheurs.
Les Sauvages de la Nouvelle-Ecosse, de leur côté, voyaient de très mauvais œil les efforts que faisaient les Anglais pour soumettre les Acadiens à leur autorité, car ils refusaient eux-mêmes