SECRETAIRE DE MONSEIGNEUR DE NOYERS
DéKome , le ii déœmbre 164 3.
Monsieur, je viens, par ces premières Ugnes, VOUS supplier de m'excuser de deux erreurs que je fis en vous écrivant dernièrement : l'une est d'avoir fermé le mot de lettre que j'écrivois k Monseigneur, vous ayant écrit auparavant que je you5 le voulois mander ouvert ; l'autre est de ne vous avoir pas envoyé par le même ordinaire une lettre de M. le chevalier del Pozzo. L une et l'autre de ces fautes vous sembleront moins lourdes , quand vous saurez que tout le monde fut surpris
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du départ inopiné du courrier, M. rAmbassadeur le faisant expédier deux jours plus tôt qu'il ne devoit ; de manière que si le courrier même ne m'en eût averti , j'eusse perdu l'occasion de vous, envoyer votre petit Saint-Paul. /
Je fus donc tellement pressé d'écrire et d'encaisser le tableau, qu'il; ne me souvint pas de laisser la lettre ouverte; et M. le chevalier Del Pozzo ne me donna la sienne qu'après le départ du courrier, ayant été aussi déçu par la même cause. Je vous l'envoie avec celle-ci, que je vous écris pour répondre à la vôtre du 5 novembre, par laquelle vous me mandez avoir vu les dessins que j'avais envoyés à M. Remy pour finir la dixième travée de la galerie. Par icelle même vous me témoignez d'avoir en gré cette mienne ponctualité , puisque vous me faites l'honneur de me promettre de vous souvenir de moi et d'accueillir mes demandes, dussent -elles aller jusqu'à l'importunité : je vous supplie de me conserver cette bonne volonté.
Vos afïaires d'ici sont à peu près dans l'ëtat où elles étoient ces jours passés. Celle de San^Pie^ tro in Montorio est demeurée là, comme vous savez : le bon Chapron n'est plus en cette ville; dernièrement il est parti, faisant semblant de s'en aller à Malte sur les galères ; mais l'on dit qu'il est allé à Paris où vous le verrez. Il est vrai qu'il ne vous a pas écrit, et le soupçon qui me l'avoit fait croire était mal fondé.
' Pour le Chieco, il dit qu'il aura fini sa copie.de -Tamèse dans six jours ; mais je n'en crois rien. Sitôt qu'il aura fait , je le ferai travailler aux copies de chez M. le chevalier Del Pozzo. La lame d'argent que vous désirez que l'on a|)plique au TOBU de Lorette n'est pas encore £aite ; d'autant qu'il y a eu mille mal -entendus avant que d'avoir pu savoir le lieu où elle doit être attachée , de quelle candeur elle doit être , et la place de l'inscription que l'on doit y graver. A la fin , nous en sommes venus jusqu'au point de la faire faire; lundi on y travaillera , et sitôt qu'elle sera finie ; le Père Charles la fera parvenir à Lorette. .^
Pour les deux autres copies que vous: désirez avoir , celle que Le Maire avait commencée et celle de Le Rieux, elles n'accompagneront pas celles que je vous enverrai; d'autant que Le Aieux part de Rome, et, que Le Maire a peint la sienne d'après celle que Mignard vous a faite assez mal, de sorte que je ne suis nullement d'avis d'y ^ employer votre argent.
Je ne suis pas marri que nous ayons attendu jusqu'à cette heure à vous envoyer ce que nous. dvons de prêt , d'autant que la saison a été et est très- extraordinaire, pour les continuelles pluies et tempêtes qui vont encore tous les jours continuant. Vous savez ce qui arriva aux moules que vous fîtes emporter il y a trois ans; la même chose, eût pu arriver à ces choses-ci , qui sont bien plus sujettes à se gâter. Puisque Ton a at-
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tendu jusqu'à maintenant, on pourra attendre que le mauvais temps soit pas^é.
Nous attendons votre réponse à l'égard des bustes du sieur Vitelleschi. Du reste, s^il vous venait fantaisie de quelques choses qui se font mieux et de meilleur dessin ici qu'à Paris ^ faitesle-moi savoir. Pour les autres , il me semble qu'il conviendroit mieux de les faire sculpter chez vous que non pas ici, pourvu qu'on eût dés dessins oit des modèles ; au moins vous seriez assuré de les avoir sains et entiers, et à aus$i bon marché. Quant à l'exécution , à tout prendre , t)ù va l'un va l'autre, et à Paris on trouve mieux le bois qui convient. Je vous dis ceci, parce que si nous achetons des bustes ou têtes de marbre , il y faut dessous des Termes pour les poser. Vous pouvez penser à d'autres objets de curiosité et nous en aviser; M. Thibault et moi nous ne manquerons pas de vous bien servir.
Si vous envoyez à M. le chevalier Del Pozzo les nouvelles médailles que M. Varin a faites du Roi et de la Reine, il vous en demeurera grandement obligé.
Pour Ce qui touche ce que j'ai commencé làbas, j'attendrai avec bojine patience que toutes choses s'accommodent ; car, quant à moi , je suis fort bien ici , et je me peux entretenir joyeuse*ment , particulièrement s'il vous plaît que quelquefois je m'emploie à vous servir. Si je voulais embrasser toutes les choses qui me viennent ,
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cent bras ne me suffîraient pas ; mais je n*ai pas envie de mHncommoder pour des biens dont je lie jouirai que le peu de temps qu'il me reste à vivre.
Je vous ai écrit par l'autre ordinaire que j'avois consigné le Saint -Paul bien encaissé et bien couvert ès-mains de M. Vanscore , lequel j'ai prié de l'envoyer sûrement à Paris, où M. Pointel, mon bon ami et votre serviteur , doit le rece^ voir et vous le remettre. Vous lui ferez , s'il vous plaît , rendre l'at^ent quHl aura déboursé pour le port de Lyon à Paris; le port de Rome à Lyon est payé. Quand vous aurez vu le tableau , il vous plaira de m'en dire votre sentiment, sans me flatter, afin que si je ne vous ai pas bien servi ^ je m'efforce de mieux faire à l'avenir. Je demeure à jamais. Monsieur, votre très -humble et trèsobéissant serviteur,
poussm.
P. S. Messieurs de Chantelou, vos frereSj trouveront ici mes très -humbles baise -mains. Ma femme vous fait une profonde révérence.
AU MEME
De Rome 9 ie 21 décembre x643* ■
Mondeur, j'ai reçu deux de vos lettres par le même ordinaire ; l'une du lo novembre, et l'autre du 19 du même mois. Ce n'est pas sans raison que vous vous êtes fâché en apprenant que le tableau de Saint-Pierre in Montorio a été remisai son lieu, avant que de l'avoir pu copier; mais vous savez assez à qui vous en avez l'obligation. Il faut néanmoins que vous preniez la peine de m'écrire, soit qu'on la finisse ou non, ce que vous désirez que l'on fasse de l'ébauche, qui est demeurée en garde chez les moines.
Du reste vous vous consolez- avec peu de choses, quand vous m'assurez que mes bagatelles vous sont assez agréables pour vous tenir lieu de ces ouvrages qui n'ont pas leurs pareils iau monde. Vous vous êtes peut-être repenti d*avoir eu trop bonne opinion de moi , quand vous avez vu le petit Saint-Paul que je vous ai envoyé le 4 du courant, et que maintenant vous av€z reçu de M. Pointel. Ce n'est pas pourtant que je me puisse excuser sur le peu de temps que j'ai eu à le faire; car vous avez eu tant de patience en l'attente de si peu de chose , que je crains d'en avoir abusé.
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M. le Chevalier Del Pozzo vous a écrit , et je vous ai envoyé sa lettre par l'ordinaire dernier. L'un etFautre vous confesses^ d'avoir fait une heureuse rencontre; car >pour M. le Chevalier , je vous assure qu'il met le bonheur de votre connaissance au nombre de ses meilleures fortunes, tandis que vous montrez journellement l'estime que vous £iites de sa personne ; aussi ne manquéje pas de lui faire voir en quelle façon vous l'ho* norez de votre amitié.
Il n'est pas besoin de me dire que vous êtes devenu plus prudent que par le passé , car vous l'avez toujours été grandement. Mais c'est que vous vous êtes donné le temps de considérer vous-même les choses. Il est bien vrai que vous êtes à une école où l'on voit, comme sur un théâtre , jouer d'étranges personnages ; mais ce n'est pas peu de plaisir que de sortir quelquefois de l'orchestre , pour , d'un petit coin et comme inconnu, pouvoir goûter le jeu des acteurs. -
Sachant le désir que vous avez des secondes copies des Vierges de Famèse, M. Le Maire, à qui j'ai parlé de nouveau , m'a promis de finir la sienne d'après l'original : il l'avait , comme je vous ai écrit, par paresse et négligence, finie d'après celle de Migns^rd. Mais pour celle que Le Rieux ' avait commencée, je ne sais comment nous ferons ; au pis aller , vous pouvez faire copier à Paris celle que vous aurez de Chieco ; mais pre-
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mièrement je tenterai toutes choses pour la lui faire finir.
Votre lettre du 19 novembre me comble de joie, pour ce qu'il vous plaît de me confier touchant raccommodement de Monseigneur. Je doutois bien fort de ses satisfactions , d'autant plus que j'allois considérant sa vertu qui , néanmoins qu^elle soit confessée de tout le monde , est exposée aux attaques d'une grande quantité de méchants, qui tomberont à la fin dans un horrible précipice, car le chemin qu'ils tiennent les y mène tout droit.
La même lettre me ravit et me console doublement quand , par les termes dont vous vous servez en m'écrivant, je connois assez qu'il vous plaît de me conserver en l'honneur de vos bonnes grâces, et de vouloir bien que je vous honore de tout mon cœur.
Je vous remercie infiniment de la promesse que vous me faites de vous souvenir de mes intérêts, si les affaires s'accommodent. Quant à ce que vous désirez de moi , assurez- vous , Monsieur , que j'ai renoncé à moi-même pour être tout vôtre.
Chacun est réjoui que deux personnages aussi vertueux que M. le Vicomte de Turenne et M. de Gassion, aient reçu des marques signalées d'estime et d'affection. M. de Gassion particulière ment est trop généreux pour ne pas honorer ses
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amis en tout temps; aussi est-it loué généralement de tout le monde : Dieu le conserve. Je suis en attendant de vos nouvelles touchaiat ce que je vous ai écrit des bgustes de Vitelleschi.
Je vous ai envoyé un compte , par lequel vous verrez à peu près ce qu'il vous reste d'argent et ce qui a été dépensé ; de sorte que vous pourrez pourvoir aux autres dépenses que vous voudrez^^ faire. Assurez -vous d'être toujours servi plus soigneusement par moi que s'il s'agissait dç mon propre intérêt.
Je finirai la présente en vous souhaitant les bonnes fêtes et uqe meilleure nouvelle annéç que la dernière.
La visée qui m'était Venue de prier le secrétaire du cardinal de s'empl(^'er pour l'envoi de vos effets, s'eat aussitôt passée «et je n'y pense plus. Je suis, Monsieur, votre très-humble et trèsdévoué serviteur,
Messieurs vos frères trouveront ici mes trèshumbles salutations ; ma femme vous baise les mains , en vous faisant très - profonde révérence.
A M. DE CHANTELOU l'aîné.
De Kome , le z 7 janvier 1644*
Monsieur, si le plus grand de vos souhaits et le plus raisonnable ne trouvoit point d'autres obstacles que la neige et les Alpes , comme fait le moindre de ceux que vous formez, vous pourriez vous assurer d'être , en l'espace de six semaines, hors de toute inquiétude. Si le premier, comme chacun le croit, ne sauroit manquer de vous arriver , à pljus forte raison le dernier, qui n'est rien, ne vous manquera jamais; car tant que j'aurai la vie, je ne cesserai de désirer d'être entièrement votre. Cependant je vous supplie de me continuer l'honneur de l'affection qu'il vous a plu jusques à présent de me témoigner. Je vous })aise très -affectueusement les mains, et suis, Monsieur, votre très -humble et très - obéissant serviteur ,
DE POLTSSIN. ' iSy
A M. DE CHANTELOU
SEGR]ÉTAIR£ DE MONSEIGNEUR DE NOYERS.
De Rome, le 7 janTier 1644.
Monsieur , ayant tardé à faire réponse à la vôtre du i^^ décembre jusqu'à aujourd'hui que j'ai reçu la dernière du 1 1 du même mois , cdUe - ci servira de réponse à toutes les deux : et , devant que d'entrer en raisonnement sur d'autres points, je prie Dieu que toutes choses se passent au contentement de Monseigneur ; car étant ainsi, les autres affaires qui vous touchent ici sont à point et attendent vos ordres.
Le Vitelleschi est fort inquiet, et, depuis que j'ai, traité avec lui, il a compté les jours et les nuits qui se sont passés , lui semblant qu'une heure dure mille ans , pour la grande envie qu'il a d'engloutir vos quatre cent cinquante écus, comme un loup affamé dont l'estomac ne se peut jamais remplir. Mais il ne les a pas encore ; et ne doutez pas que je ne fasse toutes sortes de diligences afin que vous restiez bien servi.
Je vous remercie au surplus de votre libéralité touchant le prix du petit Saint- Paul que je vous ai envoyé. Quand vous L'aurez vu, vous poiurez dire peut-être qu'il vous coûte beaucoup:
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j'attends ces reproches de vous, mais avec Jt temps j'espère vous en donner un dédommagement.
Je ne me réjouis pas autant de ce qui s'est passé jusques ici relativement à Monseigneur, que je me laisse flatter par l'espérance de le revoir bientôt plus florissant que jamais. Les difficultés qu'il a surmontées ont été plus périlleuses pour lui que le passage de Scylla et Carybde ne l'est pour les navigateurs ; maintenant , voguant par un océan plus calme ^ il doit arriver bientôt au port de ses justes désirs.
Hier je fus voir la copie que le sieur Cbieco a finie, et aujourd'hui je l'aurois retirée, si ce n'eut été quelque difficulté qu'une autre fois je vous raconterai. J'espère la retirer bientôt, et, avecles autres choses qui sont prêtes, vous l'envoyer à la première commodité.
Quant aux bustes, lorsqu'ils seront à vous, «t à votre portrait en cire , je* chercherai le moyen le plus sûr et le plus facile de vous les envoyer.
Chieco et Claude Le Rieux m'ont promis tous deux de copier les tableaux de ch<^ M. le cheva* lier Del Pozzo, et je crois qu'ils vont les commencer incontinent.
J'ai montré votre lettre au bon M. Thibaut qui en a été fort touché ; si votre volonté est de lui aider, il serait bon de lui donner quelque peu de chose par mois, afin que ce lui fut un recours dans la nécessité où il se trouve.
DE POUSSIN. iSg
La distance des lieux est cause que souvent les
Vioses que Ton écrit à temps et à propos parois-
&ent , à leur arrivée , tout le contraire , tant les
c^irconstances amènent de variétés en peu de
jours î mais enfin, la joie que nous avons eue du
retour de Monseigneur à la cour n'a pas été trop
vive , puisqu'il a foulé aux pieds la difficulté qui
lui était opposée. Je m'en réjouis doublement,
parce qu'il est vu de bon œil de S. M., et parce
que maintenant l'occasion est née pour faire voir
qu'il est nécessaire d'employer celui qui est
homme de bien et qui mérite de commander aux
autres.
Nous ne savons pas quelle mine faire de la pecte de M. de . . . et de son armée. Mais qui sait ce qui en doit succéder ? Quelquefois , si nous n'étions perdus , nous serions perdus ; des plus grands maux il vient souvent de grands biens ; et ce sont les secrets chemins que tient la nature pour le changement des choses. J'ai reçu , avec votre dernière , une lettre de change de quatre cents écus que le sieur Arigoni m'a promis de me payer à ma volonté : si par aventure il ne se Êûsait rien avec le Vitelleschi , il ne sera pas besoin de la recevoir. J'attendrai toujours avec impatience les bonnes nouvelles que vous me promettez de me donner, et cependant je demeure selon ma coutume, Monsieur, votre trèshumble et très-obéissant serviteur ,
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