MEMOIRE DU ROY AUX SIEURS DE BEAUHARNOIS ET HOCQUART
À Versailles, le 15 may, 1788.
Sa Majesté a appris avec plaisir que les Abénakis des cinq villages de l'Acadie sont allés l’année dernière à Québec pour donner de nouvelles assurances de leur fidèlité et chercher leurs Missionnaires avec les présents que Sa Majesté veut bien leur faire faire chaque année.
Les Sieurs de Beauharnois et Hocquart observent que depuis 1736 ces Sauvages n'ont reçu aucunes commissions des Anglois, mais cela ne satisfait pas tout à fait Sa Majesté.
De tous ceux qui avoient reçu de ces commission, il n’y en eût qu'une partie qui en 1736 les apporta au Sieur de Beauharnois, et les autres doivent prendre le mesme parti suivant le compte que les Sieurs de Beauharnois et Hocquart avoient rendu au mois d'octobre de la mesme année.
Cependant il paraît qu’il n’a pas été question de ces commissions l'été dernier, et les Sieurs de Beauharnoiïs et Hocquart se contentent de dire que ces Sauvages n’en ont point reçu de nouvelles, ce qui doit faire croire qu'ils n'ont point tenu la parole qu'ils avoient donnée de rapporter au Sieur de Beauharnois celles qui leur restoient de celles qu'ils avoient prises precédemment.
Quoyqu’il en soit, le Sieur de Beauharnois toujours attentif à ce qui se passe chez ces Sauvages doit, autant qu'il le pourra, empescher que les Anglois ne parviennent à leur faire accepter de nouvelles commissions, ces sortes de liaisons étant toujours d’une dangereuse conséquence.
Sa Majesté avait expliqué l’année dernière aux Sieurs de Beauharnois et Hocquart qu'il luy paraissoit inutile de faire la dépense du voyage que les Abénakis demandoient à faire en France sur les nouvelles représentations qu'ils ont faites par rapport aux bons effets que pourroit produire le voyage de quelques autres des Iroquois domiciliés.
Sa Majesté pourra se déterminer à leur permettre de les faire passer l’année prochaine. Elle veut cependant qu'ils n'entrent dans aucun engagement avec ces nations sur cela, sans avoir auparavant reçu ses ordres.