LETTRE DE MONSIEUR DUQUESNEL AU GOUVERNEUR SHERLEY
Septembre le 15, 1744.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par le sieur Mangeant (sic). J’attendais tous les jours monsieur Brastreck qui
arriva dans ce moment 11e de ce mois ; sur la demande que vous me faites
de monsieur Heron, je luy ai proposé de passer à Baston avec sa famille,
sur quoy il m'a représenté qu'il ne pouvait abandonner les troupes qu'il
commandait ey-devant à Canso ; mais que si je voulais le permettre pareillement à tous les officiers, soldats et habitans du lieu de Canso, qu'il m'en
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auroit obligation ; je n'ay d'abord osé preadre sur moy ce renvoy jusqu'à
s l'expiration de la capitulation qui leur a été accordée ; cependant pour leur faire plaisir ainsi qu'à vous, monsieur, j'ai pris le parti de vous les renvoyer totallement, tous sous la condition qu'ils ne porteront pas les armes contre les sujets du Roy mon maitre, ni ses alliés, avant le 1er septembre de l'année proschaine 1745, ce qu'ils ont accepté comme vous le verrez, monsieur, par le traité que nous avons signé et dont j'en ay remis copie à monsieur Mangeant.
Je vous envoye pareillement le sieur Royale de qui je n’ay pas été content, parce qu'il s'est mêlé d'écrire et de séduire les gens à qui il avoit remis ses lettres, malgré la défense que j'en avois faite sans les avoir vus.
Vous savez que c'est une loy dans l'occurence des affaires présentes. Je vous prie de le garder à Baston jusqu'au premier septembre de l'année proschaine (1745) où il sera, comme tous les autres, libres de servir.
J'arme ici deux bastiments pour vous porter tout ce monde, et comme ils n'auroient pas suffi à cause de leurs meubles, je me sers de la goëlette du sieur Brastreck qui restera chez vous.
Nous sommes convenus pour le dédommager de lui donner 1200 1. par mois depuis le jour qu'il est parti d'iey pour Baston jusqu'au 20 octobre que j'estime qu'il y sera rendu, dont vous aurez la bonté de luy faire payer la moitié suivant le certificat de Monsieur Bigot, ordonnateur de cette colonie.
Je vons prie d'en user de mesme pour les journées du Sieur Mangeant qui a esté réglé par mon dit Sieur Bigot à deux livres par jour, dont vous aurez agréable de lui faire rembourser la moitié.
Je vous renvoie par les mesmes bastiments tous les prisonniers pris dans un corsaire de notre contrée et de différents bastiments, excepté une partie de 67 que j'ay envoyé à Plaisance pour y estre eschangé contre des prisonniers pescheurs et autres qui y sont.
Le Capitaine du corsaire et partie de ses officiers vont à Baston ; ainsy, Monsieur, voilà de quoi faire un eschange avec Dolabarats (sic) que vous
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m'aviez proposé de me renvoyer pour Monsieur Heron ; vous luy avez en cela fait beaucoup d'honneur ; mais dans cette occasion ce sera homme pour homme, et Capitaine corsaire pour Capitaine corsaire.
Je vous renvoye de mesme plusieurs Capitaines marchands ainsy que vous le verrez par les listes qui vous seront remises. Je ne doute nullement que vous me fassiez avec toute l'équité possible l'eschange que je vous propose.
J'ay bien voulu accorder la liberté aux femmes Irlandaises qui ont été prises sur un bastiment marchand venant d'Irlande, par un de nos corsaires. Je les ay fait embarquer sur les bastiments pacquebots que je vous envoye, et sur ce qu'il m'est revenu que le Capitaine Anglois qui en avait esté chargé prétend être encore en droit de les vendre à leur arrivée mesme comme esclave ; ce qui n’est ny juste ny de règle, n'étant plus à sa disposition dès qu'elles lui ont été prises.
Vous aussy je vous prie d'avoir agréable de leur accorder leur liberté ; au surplus, Monsieur, ce que vous ferez sur ce qui les concerne me sera toujours agréable,
Je crois devoir vous observer qu'il y a plusieurs de MM. les officiers tant de Ja Garnison de Canso que des particuliers que je vous envoye qui ont contracté des dettes en cette ville pour leur nécessaire, et qui n'ont pu satisfaire qu’en consentant à leurs créanciers des billets payables à leur arrivée à Baston.
Comme j'ay proposé ce tempérament (si) à leurs dits créanciers dans la vue de faciliter leur départ, j'espère, Monsieur, que si la personne qui est chargée de ces recouvrements a besoin de l'honneur de votre protection pour achever ces paiements, que vous voudrez bien la luy accorder.
Je vous prie très fortement de faire expédier, avec le plus de diligence que vous pourrez, les Sieurs Mangeant et Galbarret (sic) pour me rapporter les prisonniers que vous aurez eschangés parce que la saison s'avance et qu'ils courroient des risques s’ils tardoient trop.
Je seray toujours charmé, Monsieur, lorsque l'occasion favorable se
présentera, d'entretenir avec vous une noble et convenable correspondance, estant avec beaucoup d'estime, etc. etc.
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LETTRES DES SIEURS DE BEAUHARNOIS ET HOCQUART AU MINISTRE
À Québec, le 12 octobre, 1744.
Monseigneur,
Il paroit nécessaire qu'il y ait à l'Isle Royale un nombre suffisant de raisseaux de guerre ou frégates pour assurer la navigation de ces parages ; qu'il y ayt des convois établis de l'Isle Royal: à la Martinique, de la Martinique à Louisbourg, et de Louisbourg à Québec; par ce moyen le commerce des colonies qui ont rapport les uns aux autres pourra se soutenir avec avantage.
Les corsaires Anglois ont desjà fait des désordres à la coste de l'Isle Royale, menant leurs prises à Baston ; vraisemblablement ils continueront l'année proschaine leurs insultes, si Sa Majesté n'a agréable d'y opposer ses forces.
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Les Abénaquis, qui sont venus cet été et dont monsieur de Beauharnois a l'honneur de vous rendre compte, paroissent toujours dans des dispositions favorables à l'esgard des François. A juger quand à présent des promesses qu'ils ont faites, on en doit beaucoup espérer ; mais nous n’en pouvons estre parfaitement assurés que par la conduite qu'ils tiendront dans l'occurence où nous sommes et dans laquelle nous les avons engagés d'entrer autant qu'il nous a esté possible,
Le compte que monsieur Duquesnel vient de rendre à mousieur de Beauharnois des premières démar-hes de ces Sauvages contre les Anglois de l’Acadie donne lieu de croire qu'ils tiendront parole.
Nous sommes avec un très profont respect, Monseigneur,
Vos très humbles et très obtissants serviteurs.