‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 112 sur 206 · LETTRE DU GOUVERNEUR SIIRLEY · texte numérisé non relu

LETTRE DU GOUVERNEUR SIIRLEY

Boston, le 27 octobre 1744.

Monsieur,

J'ay eu l'honneur de vos deux lettres, le 18 septembre, par monsieur Man: ant (sic) qui m'a aussy remis une copie du nouveau règlement fait entre vous et monsieur Haren (si) cy-devant commandant de Canso, sur quoy je me confesse que je ne comprends pas par quelle raison monsieur Haren peut prétendre prendre sur luy, quand il estoit prisonnier à Louisbourg avec les troupes de Sa Majesté qui n’estoient pas dans ce temps-là sous son commandement et qui n’avoit ny droit ny autorité pour accorder que ses troupes dussent rester prisonnières de guerre pendant trois ou quatre mois plus que le temps qu'ils étoient convenus eux-mesmes et rendre par la capitulation à Canso pour laquelle il avoit l'autorité de faire ; car elle est l'effet et conséquence de son nouveau règlement avec cette seule différence que les soldats sont obligés de rester prisonniers de guerre pour le Roy votre maitre dans la nomination de Sa Majssté Britanique et à des frais et dépeuses, au lieu d'avoir resté à Louisbourg sur les dépenses du Roy de France.

Il est certain que par la force du mesme article mentionné dans la capitulation par laquelle les troupes ont esté faites prisonnières pour un an, du 24 du mois de may, nouveau stille, ils doivent estre libres à la fin de cette année pour le service de Sa Majesté.

Je remarque, Monsieur, que cet article est déclaré dans le nouveau règlement estre un obstacle si invincible à vous, monsieur, qui avez tout le pouvoir d'agir pour le Roy vostre maître dans cette affaire pour vous empescher (si) d'accorder aux propositions que j'ai faites pour descharger les troupes du Roy mon maitre d'être prisonnier de guerre avant la fin de l’année, qui n’estoit pas dans vostre pouvoir de faire, ny pour un équivalent que j'ay offert. À présent, Monsieur, sv cela estoit votre affaire, n’étoit-ce pas

le mesmearticle de la capitulation invinsible à Monsieur Haren (?) qui estoit prisonnier de guerre avec vous sans commandement soubs les troupes de Sa Majesté (sic) et sans pouvoir de priver Sa Majesté de leurs services par aucune convention de sa part dans ce tems-là, contre son estipulation; que les troupes ne doivent estre libres que lorsqu'ils reviendront à leur devoir au service de Sa Majesté à la fin de l’année, limité dans la capitulation (sic) particulièrement comme Sa Majesté doit estre reçue, rien n'égale à leur service qu'ils ont perdu pour ce tems-là. (sic)

Si mon consentement avoit été nécessaire pour faire cette affaire et sy cela avoit dépendu de moy d’avoir voulu recevoir ces troupes ou non sur ces nouvelles conditions, je ne les aurois jamais reçu icy, sur ces terres pour Sa Majesté ; mais comme vous avez transigé cette aflaire entièrement avec monsieur Haren qui a amené les soldats icy et depuis son arrivée m'a fait tout son possible pour que je lui promette une place pour la réception de ces troupes à Baston.

Quoyque mon sentiment concernant la force du nouveau règlement en regard des troupes de Sa Majesté après le 24 may, nouveau stille (mais comme j'aprends vos sentimens, monsieur, pour que j'ay une très grande defférence qui sont esloignés des miens dans cette affaire) les troupes resteront icy jusqu’à la volonté de Sa Majesté qui m'aurasignifié leurs dispositions.

Les officiers m'ont représenté que la raison pour laquelle monsieur Haren avait fait cette nouvelle convention fut à cause d'un message que vous luy aviez envoyé que s’il ne vouloit pas accepter les termes que vous luy présentiez, que vous seriez obligé de les envoyer, les troupes, en Canada (sic), d'où, il disoit, qu'ils n'auroient pas esté de retour à leur devoir au service de Sa Majesté avant le temps limité de ne porter les armes par le nouveau règlement ; (sic) ce qui les oblige d'accepter ces termes pour prévenir de plus fâcheuses conséquences au service de Sa Majesté, mais, monsieur, comme vous mettiez les officiers et les troupes dans une scituation pareille, vous rendiez l’article de la capitulation en regard de Sa Majesté impraticable, et cela faisant vous auriez fait voir clair que c'étoit contre la capitulation.

Je pense qu'ils devoient soudain malgré vostre message se confier dans votre honneur et justice pour la ponctuelle exécution de la capitulation de

vostre part, sur quoy je me flatte moi-mesme qu'ils ne seront jamais trompés, quoy qu'il arrive ils seront capables de se justifier à Sa Majesté.

Je suis mortifié de voir que Monsieur Royal (sic) avoit si justement mérité vostre haine en écrivant des lettres, et en persuadant des personnes de délivrer ces lettres pour luy sans vostre connaissance. C'étoit une violation des règles qui doivent estre observées inviolablement par les prisonniers de guerre, et je fais attention que la façon que vous avez agi contre luy eu l’arrêtant pour un peu de tems est une marque de vostre clémence.

Pour ce qui regarde de le retenir à Baston jusqu'au premier septembre, nouveau stille, cemme je vous informe que la Nouvelle-Angleterre auquel lieu en général vous avez donné pouvoir aux officiers de vostre nouvelle convention, contient quatre gouvernemens ; c’est-à-dire la province de Mass. Bay qui est la limite de mon gouvernement, et ceux de la Nouvelle Hampshire, Rhodes Islands et Connecticut, qui sont trois différentes colonies qui sont entièrement indépendantes de la mienne,

Je seray sensible, Monsieur, qu'il n’est pas à mon pouvoir pour faire cela. Je luy ay fait scavoir vos sentimens et ce que vous requierrez de luy. Mais il est convenu que Monsieur Heron l’a inséré avec ses matelots depuis (si) sous son commandement dans la Nouvelle Convention, mais qu'il ne peut jamais croire qu'il est empesché d’avoir sa liberté en quelqu'autre respect (excepté cecy) qui luy est défendu de porter les armes contre le Roy de France et ses alliés jusqu'au premier septembre (nouveau stille) si cela avait été inserré dans la convention qu'il ne devoit pas partir de la Nouvelle- Angleterre avant ce tems-là, comme il dit qu’il devoit estre si cela avoit esté vostre intention ; à quoy il n’auroit jamais consenti à un pareil recerrement qui luy fera un préjudice considérable à ses affaires de famille.

Malgré cela, à vostre requête, Monsieur, il ne sortira pas de la Nouvelle- Angleterre dans quelque lieu que ce soit de mon gouvernement ; mais s’il a résolu de prendre son party dans quelqu'autre lieu comme ilest vraysemblable il peut dans la province de New Hampshire a'où il trouvera plustost un passage pour la vieille Angleterre dans un navire de Sa Majesté, qu'ainsy il n’est pas dans mon pouvoir de l'empescher.

J'ay l'honneur d’estre entièrement dans vos sentimens pour ce qui regarde les femmes Irlandaises, auxquelles vous avaz donné la liberté de

leur engagement, et bientost après leur arrivée j'ay ordonné au shérif de me les faire amener ; à qui j'ay assuré de ma protection contre les demandes de leur capitaine à qui j'ay fait entendre que je serois bien fasché s'il usait de violence pour forcer à un autre engagement.

J’ay pris soin de leur faire donner un logement et nécessaire jusqu’à ce qu'elles puissent se pourvoir à leur volonté dont je suis informé qu'elles ont.

J'ay fait attention à ce que vous avez écrit dans vostre lettre pour avoir la moitié du fret du pacquebot ; Monsieur Monjant paye icy suivant vos conventions à Louisbourg et certificat de Monsieur Bigot ; j'ay assisté le porteur des lettres à Louisbourg ; que les officiers et autres depuis peu vos prisonnier ont fait pendant leur séjour ; sitost que le porteur m'a fuit sa demande.

J'ay reçu de Monsieur Manjan 170 prisonniers anglois sans compter les officiers et soldats de Canso, avec leurs femmes, enfans, domestiques et les femmes Irlandoises.

Je vous envoye en échange 100 prisonniers, estant le tout que j'ay, excepté 4 ou 5 qui ont déserté,

Je feray mon possible de les avoir et les mettre en sureté pour vous comme j'avois donné permission aux prisonniers communs d'aller à la campagne où ils jugeront à propos pour servir pendant le tems qu'ils devoient rester icy, fait qu’ils sont beaucoup dispersés et plusieurs d'eux si éloignés l’un de l’autre qu’il faudroit beaucoup de tems pour les rassembler, ce qui a fait un plus grand retardement à les envoyer que je n'aurois souhaité et je seray inquiet jusqu'à ce que je sache qu'ils soient arrivés à Louisbourg. |

Nos gens malgré les costes de la Nouvelle-Angleterre qui sont fort mauvaises pour venir dans l'hiver sont si accoutumés contre la plus mauvaise saison de l'année qu'ils ne regardent pas les risques comme vous pouvez vous en apercevoir en vous envoyant un pacquebot anglois qui doit partir daus deux ou trois jours d’icy.

J'auray soin de tenir un compte exact du nombre de prisonniers que je

vous dois pour vous envoyer le nombre égal aussitôt que je les aurez. bb

cesser N'a esté envoyé par monsieur Wentworth, gouverneur de la province de la Nouvelle Hampshire. Je m’: pperçois qu’il contient un certificat qu’un des prisonniers qui fut pris dans le corsaire de monsieur Lorans qui dit qu'il avoit été condamné par vous comme un sujet de la Couronne de France, qui est un sujet anglois, et j'espère que vous rendrez satisfaction.

J'ay permis à monsieur Monjan d'acheter quelques petits articles dont il m'a donné mémoire pour vous-mesme et vos officiers à Louisbourg, et j'envoye par lui trois barils de pommes et deux barils de poires pour que vous les mangiez et un de coins, lesquels je vous prie de vouloir accepter et de vouloir m'honorer de vos commandements quel article qui puisse dépendre de moy, étant avec ma parfaite estime et regard,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Page 1