‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 177 sur 206 · MEMOIRE ER DE NOUS LES · texte numérisé non relu

MEMOIRE ER DE NOUS LES

NE EN FORMANT DES LE RIVIÈRE, ET DE COUPER LE CHEMIN DU CANADA A NOTRE COLONIE,

À Québec, le 14 octobre, 1750.

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LETTRE DE MONSIEUR DE LAJONQUIÈRE AU MINISTRE

Québec, le 18 Octobre, 1750.

Monseigneur,

J'ay l'honneur de vous rendre compte des coups qu’un party d’Abénakis de St François, Bekankours, Pana8amské et d’Algonkins des 3 Rivières ont fait sur les Anglois vers la fin du mois dernier et des raisons qui y ont donné lieu.

Un chef de guerre avec deux Abénakis de Saint François furent au commencement du mois de janvier au fort Pikman, d'environ 16 lieues du fort St Georges, où ils restèrent trois ou quatre jours pour faire leur traitte avec les Anglois.

Ils en partirent pour aller vers les Abénakis du village de Narantsouak, et le même jour ils trouvèrent sur leur chemin à l'entrée de la nuit six anglois avec lesquels ils causèrent et leur offrirent même de les loger avec eux dans la cabane qu’ils devoient faire pour passer la nuit, ce qu’ils refusèrent, voulant, dirent-ils, aller plus loin.

À peine ces sauvages goutèrent-ils les premières douceurs du sommeil, qu'ils reçurent une décharge de coups de fusil à bout touchant dont le chef fut tué sur la place et les deux autres dangereusement blessés, aiant eu néanmons la force de s'enfuir et de se cacher dans les bois pour sauver leur vie.

Le lendemain dès que le jour parüt, ces deux sauvages qui ignoroient le sort de leur chef furent dans leur cabane et ne l'y ayant pas trouvé, ils pensèrent qu’il s'étoit également sauvé la vie par la fuite, mais ils appercurent dans le même instant un trou fait depuis peu sur la glace dans lequel ils trouvèrent leur chef ; ils l’en sortirent et reconnurent à ses blessures qu'il avoit été tué sur la place.

Ce triste spectacle ne laissa pas que d'augmenter les peines de ces deux Nauvages ; ils considérèrent le chemin que pouvoient avoir tenu ceux qui avoient fait ce coup, et virent avec évidence que c’étoit lesdits six Anglois,

n’en pouvant soubçonner d’autres à cause qu'ils étoient bien éloignés de toutes les habitations, et qu'il avoit été tiré le même nombre de coups de fusil qu'ils étoient de personnes.

Ces deux Sauvages retournèrent dans le bois où ils rencontrèrent quelques uns de leurs gens qui furent avertir de ce qui s’étoit passé les Abénakis de Narantsouak, partie desquels avec quelques Abénakis de Pana8amské, faisant en tout 80 hommes furent visiter le cadavre pour avoir une certitude parfaite du fait, après quoy ils se transportèrent au Fort St Georges et demandèrent au commandant justice de l'assassinat de ce chef, qu'autrement ils se la rendroïent eux mêmes. Ce commandant leur dit qu'ils n'avoient qu'à rester tranquilles, qu’il écriroit au gouverneur de Baston, et qu'ils pourroient aller voir exécuter à mort les coupables.

Cette réponse rassura ces Sauvages : ils se séparèrent et se retirèrent chacun dans leur village, comptant sur la parolle qui leur avoit été donnée. Mais le Gouverneur de Baston qui ne pensoit à rien moins qu'à cela, s’adressa aux Abénakis de Narantsouak qui, étant très partisans des Anglois, par rapport à leur Rhom, se rendirent à ses ordres. Il leur distribua des présens considérables pour en faire part aux Abénakis de St François afin de les déterminer, eux et toute la nation à oublier ce qui s’étoit passé ; à quoy ceux-cy n’ont pas voulu consentir, ayant regretté lesdits présens comme incapable de venger la mort d’un chef.

Avant que toutes ces propositions ayent été faites, il s'est passé un assez long espace de temps, et ce ne fut que vers la fin du mois d'aoust que ces Sauvages de leur pur mouvement ont pris la résolution d'aller en guerre contre les angloiïs.

Il partit d'abord 40 Abénakis de St François, 80 de Bekenkourt et 10 Algonkins des Trois Rivières pour se rendre à PanaSamské où ils restèrent environ 20 jours, en attendant les députés qu'ils avoient envoyé à Narantsouak pour inviter les Abénakis de ce village à se joindre à eux, lesquels plus flattés d'avoir reçu de grands présents que d'aller en guerre, aimèrent mieux rester neutres.

Cette réponse ne changea rien aux sentiments de vengence de nos Sauvages. Plusieurs Abénakis de Pana8Samské se joignirent à eux et tous ensemble au nombre de 110 partirent le 29 septembre pour Dikmen à des-

sein d'enlever ce fort et de tuer les anglois ; ce quils auroient exécuté par

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