‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 190 sur 206 · LETTRE ENIGMATIQUE ADRESSÉE A MONSIEUR PREVOST · texte numérisé non relu

LETTRE ENIGMATIQUE ADRESSÉE A MONSIEUR PREVOST

New Yorck, le 8 janvier, 1755.

Monsieur,

Je me suis rendu ici heureusement après 17 jours de passage qui m'ont paru des plus longs par le mauvais temps continuel que nous avons eu pen-

dant toute la traversée. Il ne me falait pas moins que le souvenir de vos PPP

bontés, etc., pour porter quelque rêve à mes maux qui n'ont fait que chan-

ger de nature à mon arrivée icy, étant obligé de subir le sort général des

Français qui se trouvent dans le pays, auxquels il a été deffendu deux jours

avant mon arrivée de soriir de leurs maisons. En cela bien différent de

chez vous, puisque non seulement ils ont la permission d’y venir, d’y tra-

vailler, mais même d’y résider. Dans mon malheur je dois cependant m'es-

timer heureux pour l'agrément que me procurent chaque jour chez eux,

etc. [A]

Je compte partir d’icy au commencement de may au plus tard. Il n'y

auroit que mon cautionnement de 1200 1. a grande apparance et même certitude d'être interrompu. Monsieur Meyreq et mon frère doivent déjà s’en

appercevoir, ils n'y doivent plus compter, on vient d’y mettre bon ordre, ainsi je leur conseille, etc. [B]

Je ne sçais si vous avez eu des nouvelles de votre ami de Marseille, et

s’il aura remis les 9000 1. que vous lui avez envoyez pour moy,—sçavoir :

pour le Sieur Ignan 1000 1., 6000 1. pour les Péan et Mercier, et 2000 pour

les Sieurs Chaudière et compagnie ; cela ne laisse noïñt de m’inquiéter, vu

que je n'ay point eu de nouvelles par les batiments qui sont arrivés de

Londres, peut être en recevrai-je pas les premiers qui arriveront et qu’on

atterd tous les jours, étant bien persuadé que Messieurs de Vismes et fils

de Londres me feront passer icy mes lettres si on leur envoye pour moy.

Comme je ne doute pas que vous n'ayez quelque occasion à écrire à ce Monsieur, je vous prie de luy écrire à ce sujet exprès, pour que dès le petit

printemps au plus tard je me trouve les mains garnies des marchandises

que je dois avoir pour ces fonds là, et vous me ferez plaisir de ne vouloir

parler à son associé, Monsieur Brest, ayant des raisons particulières qui

m'empêchent de lui écrire à ce sujet. [C]

INTERPRETATIONS que nous donnons à la lettre cy-dessus :

A : Cet orûäre a été effectivement donné jusqu’à un arrangement diffinitif par rapport aux actes d’hostilités qui sont dans le pays d'en haut, et nous avons appris que les anglois font courir le bruit que Monsieur le Marquis Duquesne a envoyé 6000 hommes à Ohio pour auloriser sans doute leurs manœuvres, ou pour animer la populace,

B : On veut faire entendre icy à Monsieur Prevost qu'il ne sera pas pralicable à l'écrivain de fournir la Boucherie de Louisbourg de bœuf anglois pour la quelle fourniture l’adjudicatoire a donné 12000 1. de caution et apparement qu’on a deffendu non seulement l'exportation des bestiaux, mais encore aux anglois de venir à Louisbourg, et on l’observe en indiquant que le juge et le procureur du Roy üe l’Amirauté doivent s’appercevoir qu’il n’est pas venu de batiments de cette nation dans l'hiver.

C : L’amy de Marscilles doit être Monsieur le Marquis Duquesne dont les nouveaux établissements seront attaqués par 900 hommes, et nous croyons que la division se fera en faisant pénétrer 1000 hommes au fort St Frédéric où Monsieur- Prevost croit que Monsieur de Lusignan commande, ou par la rivière St Jean, mais il insiste sur la première interprétation.

Six mille hommes se porteront au but qui est à la Belle Rivière ou Ohio, et enfin 2000 hommes déboucheront par toutes les routes qui avoisinent le Sault de la Chaudière Beckancourt, etc. L'inquiétude de l'écrivain peut être d’ailleurs fondée sur ce qu’il n'aura point eu de nouvelle de ce qui se passe en Canada, et qu'il souhaitte qu'on y soit instruit des projets de nos voisins, ou du party qu'ils prendront ; s’il vouloit donner à entendre qu'ils attendent des nouvelles de Londres pour opérer, mais il y a plus d'apparence qu'il veut faire entendre qu’il n'a pas eu de nouvelles du Canada, et qu'il croit qu'ou y est en sureté.

C'est pourquoi il propose d'envoyer un exprès à Monsieur Ie Marquis Duquesne pour l’instruire et pour qu’il puisse s'opposer à ces irruptions dès le petit printemps en faisant face partout, et dans ;a crainte qu'une lettre écrite à un militaire ne donnera plus de curiosité dans les circonstances présentes.

Notre homme n’a osé risquer des avis à Monsieur Drucours désigné par Monsicur Brest, et il prie Monsieur Prevost de lui faire part de sa lettre.

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