LETTRE DU GOUVERNEUR SHUTE A MONSIEUR LE MARQUIS DE VAUDREUIL
Baston, mars 14, 1722.
Monsieur,
J'ai eu l'honneur de vous é:rire, le mois de septembre dernier, par Albany ; mais comme je crains que par quelque accident la lettre ne vous
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ait point été rendue, je vous envoie copie. Vous y pouvez remarquer combien j'étais assuré de votre équité au sujet des Sauvages de Norridgerroch ; mais je suis très mortifié de m'apercevoir que je m'étais trompé ; vous m'en aveZ convaincu par des lettres de votre propre main, et vous m'assurez que j'aurais grand tort d'attendre de vous aucun service à ce sujet ; car les hostilités et toute la violence que les sauvages d'Arouxk ont fait vers l'été passé étaient non seulement avec votre approbation, mais même c'est vous qui les avez poussés à les faire dès le commencement et qui les en avez approuvé après qu'ils les ont eu faites.
C'est vous qui les y avez engagé et qui les avez secouru d'ofliciers et de munitions de guerre. Quand tout a été fait vous les avez loués et récompensés avec avantage, et comme ils étaient embarrassés sur ce qu'ils répondraient aux Anglois vous leur avez fait la langue et leur avez donné toutes les instructions pour se bien conduire en cette affaire.
I] faut avouer, Monsieur, que je n'aurais jamais cru cela d’un homme de distinction, d’un chrétien et d'un gouverneur ‘d’une colonie françoise et qui de plus est obligé de vivre en paix et bonne union avec les gouverneurs Anglois. Mais que dis-je ; j'ai vos lettres et vos instructions, et j'en ai les originaux. Vous le pouvez voir par quelques articles que j'insère ici.
J’envoierai ces originaux au Roy mon maitre. Vous avancez que vous avez des ordres pour faire ce que vous faites. Na Majesté aura bientôt découvert la vérité de cette couleur et combien votre conduite en cette affaire a été contraire à l'esprit du traité d'Utrecht et surtout contre les 12° et 18° articles.
Est ce ainsi que nous suivons l'exemple de nos maîtres qui vivent dans une union et une amitié si étroite ? Ni j'avois voulu faire soulever les Sauvages à Bécancourt ou de quelqu’autre endroit dans l'étendue de votre gouvernement, si je les avais engagé à insulter et à faire de semblables traits d'hostilité aux peuples de Canada, n’auriez vous pas eu grande raison de vous en plaindre ? Je crois qu'il n’est pas nécessaire d'entrer davantage en argument sur ce sujet, mais je pourrais facilement vous faire voir combien vous avez tort de vous embarrasser des Sauvages qui sont établis sur une des principales rivières de la Nouvelle Angleterre qui vivent dans les bois voisins de nos villes et de nos garnisons, et qui jusques à présent ont cons-
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tamment trafiqué si resté avec eux, il faut qu'ils passent par les habitations À angloises à toutes les fois qu'ils vont à la mer pour faire leur pêche, par Li: Nr , be
{! conséquent les endroits de leurs établissements sont dans les territoires
anglois, de même que la Grande Bretagne a de droit la Nouvelle Ecosse
1 appelée ci devant l'Acadie avec toutes ses dépendances, mais entr'autres d choses et sur quoi j'insiste le plus, c'est que ces Sauvages de même que h ceux de Penobscott se sont depuis un grand nombre d'années mis volontiers et avec plaisir par plusieurs traités solennels sous la protection de la Vieille
et de la Nouvelle Angleterre, et dans ces occasions ont reçu de Sa Majesté
plusieurs marques d'estime et d'amitié.
LI Vous pouvez être assuré que Sa Majesté ne cédera jamais les droits
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le qu'Elle à sur ces Sauvages et qu'au contraire Elle les soutiendra jusques à la fin. Comme j'ai l'honneur d'être son gouverneur je tâcherai de m'acfl ‘ quitter de mon devoir en les défendant, et je prendrai de si justes mesures il que les bons sujets de Sa Majesté ne seront plus exposés à de semblables ï » insultes,
È Je ne doute point que le Père Rallé qui a été le principal moteur de 1 cette affaire ne vous ait donné avis de sa petite échappée. Il fera bien de s'en servir, et de s’en retourner dans son pays ou en Canada sans abuser
davantage de son caractère et de sa profession.
Je serai bien aïse si sur cette remontrance votre conduite à venir au sujet de ce gouvernement et des Sauvages qui en dépendent, est telle que
; je puisse ayoir l’occasion de dire que je suis entièrement, Monsieur, votre il ; très humble serviteur.
‘4e Comme j'ai remarqué par votre lettre que vous avez reçu la mienne du j; mois de 7% dernier, je ne vous en envoye pas copie, comme je me l’étois RE proposé.
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BREVET DE NATURALITÉ POUR MARIE WILLIS ANGLOISE. À Paris, le 27 janvier 1722.
Aujourd'hui le Roi étant en Conseil, le Sieur Pierre Derizy, marchand, à Québec, ayant fait représenter à Sa Majesté qu'il a épousé en l’année 1704 Marie Willis, native de la ville Esteval en la Nouvelle Angleterre où elle fut prise à l'âge de huit ans par les Sauvages Abénakis et conduite à Québec où elle a été élevée dans la Religion Catholique Apostolique et Romaine dont elle fait profession, et qu'étant établie en la dite ville de Québec avec sa famille, la dite Willis qui est attachée à lui par les liens de mariage n’a point autre dessein que de finir ses jours dans la Nouvelle France ou en d’autres lieux du Royaume où les affaires du dit Derizy, son mari, l'appelleront, s’il plaisait à Sa Majesté la faire jouir des mêmes avantages que ses autres sujets, Sa Majesté, de l'avis de Monseigneur le Duc d'Orléans, Régent, voulant traiter favorablement la dite Willis, la reconnaisse, tient, repute et admet au nombre de ses vrais sujets et regnicoles, veut que comme telle elle puisse suivant son loisible de demeurer dans la Nouvelle France et autres lieux du Royaume, pays, terres et seigneuries de l'obéissance de Sa Majesté, et qu’elle désirera qu'elle jouisse des privilèges, franchises et libertés dont jouissent ses vrais et originaux sujets.
Mande Sa Majesté aux gens tenant le Conseil Supérieur de Québec et à tous autres ses officiers et justiciers qu'il appartiendra, qu'après qu'il leur sera apparu que la dite Willis fait profession de la Religion Catholique Apostolique et Romaine, ils aient à enregistrer le présent brevet et de continuer l'en faire jouir et user ensemble ses héritiers ou ayant cause pleinement, paisiblement et perpétuellement, cessant et faisant cesser tous troubles et empêchements à ce contraire.
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