‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 60 sur 206 · RATES · texte numérisé non relu

RATES

LETTRE DE MONSIEUR DE BEGON AU MINISTRE

Québec, le 21 avril, 1725.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous informer que le 12 mars dernier, jour de l'arrivée de Monsieur le Marquis de Vaudreuil à Montréal, il eut avis par une lettre du commandant de Chambly qu'il y étoit arrivé la veille trois députés anglois : savoir, Monsieur Dudley, fils de l'ancien gouverneur de Baston, Monsieur Dexter, Colonel et Conseiller de la Chambre Haute, l'un et l'autre député du gouvernement de Baston, et Monsieur Atikinson, député du gouvernement de Pescadoué, et le Kieur Schulte, négociant d'Orange, qui a dit

n'être venu que pour les accompagner.

Ces députés sont arrivés à Montréal le 13 du même mois et ont remis à Monsieur le Marquis de Vaudreuil une lettre du gouverneur d: Baston qui ne contient qu'une réponse vague à celle qu'il lui avait écrite au mois d'octobre dernier au sujet de l'expédition que les Anglois avaient faite au mois d'août précédent à Narantsouak et une justification sur la mort du Père Raslé, missionnaire du village, tué par les Anglois en cette affaire.

Ce gouverneur lui marque aussi qu'il pouvait ajouter foi à ce que lui diraient ces députés à qui il avait donné des instructions, sans s'expliquer sur les affaires dont ils devoient lui parler.

Le six du dit mois dans leur première conférence, ils demandèrent

qu'on leur rendit les prisonniers que les Abénakis avaient faits sur eux.

Ils déemandèrent, dans une seconde conférence, à Monsieur de Vaudreuil, qu'il eût à cesser d'aider les Abénakis de munitions de guerre et de bouche, qu'il agissait en cela contre le traité de paix d'Utrecht qui lui défendait de

favoriser leurs ennemis et que ces sujets étaient des sujets rebelles,

Monsieur de Vaudreuil leur répondit que les secours qu'il fournissait

aux Abénakis étaient des gratifications annuelles que le Roi leur accordait

depuis l'établissement de la colonie qu'ils sont sous la protection de Sa Majesté.

Et que s'il se servait de ces preuves pour faire la guerre aux Anglois ceux-ci ne pouvaient s’en prendre qu'à eux-mêmes, puisqu'ils donnaient lieu à ces Nauvages qui n'avaient jamais été ni leurs sujets ni leurs amis, de Ja leur faire pour se maintenir dans leur pays dont ils voulaient les chasser.

Et sur ce que les Anglois ne convenaient pas qu'ils nous fussent attachés, on leur dit que depuis 80 ans ils s'étaient toujours joints à nous contre les Anglois quand nous avions été en guerre contre eux; que depuis ce temps là, ils ont toujours appelé le Gouverneur de la Nouvelle France leur Père, ont reçu de lui des commissions pour confirmer le choix de leurs

chefs et ont arboré dans leur village le pavillon de France.

Qu'ils ont au contraire presque toujours été en guerre contre les Anglois dans les temps que les deux couronnes étaient en paix et que depuis la paix d'Utrecht avant que les Abénakis fussent en guerre contre les Anglois le gouverneur anglois ayant gagné le nommé Abemesine (?) neveu de Taxous chef des Narantsouaks, et lui ayant donné un pavillon anglois après la mort de son oncle pour porter au village de Narantsouak et une commission de chef pour y commander, ce sauvage fut si mal reçu par les gens de son vilage qu'ils déchirèrent la commission et le pavillon anglois et dirent qu'ils n'en recevaient que des gouverneurs de la Nouvelle France.

Que depuis environ 80 ans qu'ils ont des missionnaires françois et qu'ils font profession de la Religion Catholique, ces missionnaires n'ont jamais été troublés par les Anglois que depuis la dernière guerre, et que ces Sauvages n'ont jamais voulu recevoir des ministres, et se sont toujours maintenus dans la liberté de leur religion et dans la possession de leurs

terres indépendamment des Anglois.

Dans la troisième conférence les Anglois soutinrent que la terre des Abénakis était à eux que les Sauvages la leur avaient rendue, rapportèrent des papiers non signés et informes, qu'ils prétendaient être les contrats d'achat qu'ils en avaient faits. Ils ajoutèrent que dans plusieurs assemblées les Sauvages s'étaient donnés à la couronne d'Angleterre et avaient prêté

serment de fidélité, qu'ils s'en rapportaient à Monsieur de Vaudreuil et

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