LETTRE DU RK. P. LAUVERJAT AU R. P. DE LA CHASSE
Panaouamské, le 8 juillet, 1728.
Très cher frère,
L'insolence de Messieurs de St Castin est parvenue à un tel excès qu'ils ne gardent plus aucune mesure avec moi ni avec Dien.
L'ainé qui ne veut point se marier, ne se contentant pas de répandre la corruption dans tout le village, fait encore à présent un commerce public d’eau-de-vie avec son neveu le fils de Monsieur de Bellisle. Ils ont déjà fait noyer un homme par là et en ont pensé faire perdre plusieurs. Le plus jeune de ces même St Castin ne vient jamais dans le village sans s'enivrer publiquement et sans mettre tout le village en consbustion. Tous deux à l'instigation de leurs secours font à la vérité semblant d'être de mon côté et pour les intérêts du Roi. Mais derrière moi ils ne cessent de me contrarier; et s'opposent à toutes les entreprises que je fais pour le service de Dieu et du Roi.
Enflés avec excès du brevet et de la pension que je leur ai obtenu du Roi par le moyen de Monsieur de Vaudreuil, il semblent que la terre ne soit pas digne de les porter. Ils se croient par là en droit de commander, de prendre et de disposer, et si quelqu'un veut leur opposer, ils ne menacent de rien moins que tuer et de massacrer.
Ils doivent aller en Canada et ils ne manqueront pas de vanter leurs services et de paraître fort attachés aux intérêts de la Colonie, mais voici de quoi je rends témoignage devant Dieu :
Qu'avant que les Sauvages eussent commencé la guerre avec les Anglois, ils firent tout au monde de ce qu'ils purent pour les empêcher de l’entreprendre, et cela malgré toutes les exhortations que je faisois aux Sauvages de la part de Monsieur de Vaudreuil et malgré tout ce que Monsieur de Vaudreuil lui avait dit à lui-même.
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