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INSTRUCTION

PI. i4, fig. 1 ^'^. Plan général cVun soufroir construit sur de grandes

dimensions (li).

Ce plan peut donner l'idée d'un soufroir convenable dans un grand établissement, il nous servira à faire bien entendre le principe sur lequel doivent être construits \iè^ soufroirs de toutes les dimensions.

A , grand soufroir pouvant servir à passer au soufre les couvertures de laine, les schalls, les draps, etc., etc.

Ces objets doivent y être suspendus sur des perches ou sur des cordes placées de manière à utiliser, le mieux possible, le local. Le sol de cet atelier doit être dallé avec une pente convenable pour faire écouler au dehors l'eau qui dégoutte des étoffes mouillées que l'on passe au soufre.

C C , sont les vases où l'on fait brûler le soufre. Le nombre peut en être

(i) Les mots ventilation c\. ventiler que nous avons employés dans ce rapport, sont pris dans une acception difl'érente de celle qui est en usage dans la langue française. Nous les avons adoptés parce qu'ils nous ont paru exprimer, mieux que par une périphrase, ce que nous avions intention défaire connaître. Le mot ventiler, dans le sens que nous lui donnons, signifie employer des moyens artificiels pour établir un courant d'air qui puisse renouveler et assainir celui qui est renfermé dans un lieu clos. Ventilation désigne cette même action.

(2) Pour abréger les descriptions, nous avons désigné les mêmes objets par les mêmes lettres. Les majuscules sont consacrées à indiquer les parties du grand soufroir ; les lettres italiques sont employées pour les petits soufroirs.

augmenté à volonté, en ayant soin de les placer de manière à répandre le plus également possible l'acide sulfureux dans la pièce.

I , R , indiquent deux croisées qui servent à éclairer l'intérieur du squ-

froir. Beaucoup de soufroirs n'en ont pas, mais il est utile d'en pratiquer

lorsque la localité le permet. Les châssis de ces croisées doivent être fixes,

ou clore exactement. Si cela n'était pas, il faudrait coller du papier sur

tous les joints.

On voit en E la porte d'entrée du soufroir. Cette porte doit fermer hermétiquement : pour obtenir cet effet, il faut en garnir les joints avec des morceaux de peau de mouton couverts de leur laine, ou avec de la lisière de drap. Cette porte est percée à sa partie inférieure d'une petite ouverture G, de dix ou douze décimètres carrés, qui se ferme à volonté, en tout ou en partie, au moyen d'une petite porte à coulisse. Celle-ci se tient élevée ou abaissée au point convenable par une crémaillère en fer qui se fixe à un clou à crochet placé au-dessus dans la grande porte E. On distingue bien cette disposition en G (/%'• 2).

F, indique l'ouverture par laquelle l'acide sulfureux et les gaz délétères doivent sortir du soufroir, soit dans le premier moment de la combustion, soit pour y renouveler l'air avant que d'y entrer. Cette ouverture F, doit être d'un tiers plus grande que la chatière pratiquée à la porte E : il faudrait par conséquent ici lui donner i4 ou 16 décimètres carrés d'ouverture; elle se ferme comme la chatière G, avec une porte à coulisse qui se manoeuvre du dehors du soufroir, au moyen d'une corde bien graissée et passant sur des poulies de renvoi placées convenablement. Cette disposition est indiquée en H {fig- 3). Cette corde est terminée au dehors du soufroir par un anneau qui s'accroche à des clous placés en échelons et à différentes hauteurs, de manière à donner le moyen d'ouvrir la porte F au degré que l'on juge convenable.

D, grande cheminée destinée à conduire les gaz au-dessus du toit de la maison , et à la plus grande élévation possible. Elle doit avoir au moins 3o ou 35 décimètres carrés de section horizontale, c'est-à-dire, former un rectangle de 4 décimètres et demi, sur 6 décimètres et demi ou 5 décimètres, sur 7 de côté (i). L'ascension des gaz, dans ce tuyau de cheminée, est toujours forcée au moyen du fourneau d'appel B, qui peut être celui d'un poêle ordinaire , comme on le voit [fig. 2 ), ou celui du fourneau

(i) En général, cette rheminée d'appel doit être assez grande pour que tous les courants d' air que l'on veut y faire passer puissent y monter à la fois sans se gêner.

d'une chaudière qui serait utilisée pour le travail de la fabrique. Il suffit que le tuyau du fourneau d'appel soit placé comme on le voit en M : il doit être garni d'une clef ou soupape N, pour en fermer l'ouverture lorsqu'on ne se sert pas de ce fourneau.

La cheminée D ne doit servir qu'au soufroir et au fourneau d'appel, et ne communiquer ni avec des poêles, ni avec d'autres cheminées aux étages supérieurs. Il n'y faut point placer de mitres, mais bien lui conserver toute l'ouverture qu'elle a vers le haut, et la couvrir seulement d'un toit en tôle, fig. 7 et lo, pour empêcher la pluie d'y pénétrer.

Si l'on n'a point une cheminée entière à sa disposition , et que l'on soit obligé de se servir d'une partie d'une cheminée voisine, il faut y prendre dans toute la hauteur un espace au moins égal en surface horizontale aux ouvertures réunies de la porte F, et du tuyau M du fourneau d'appel (i), enfermer cet espace au moyen d'une languette ou d'une poterie montante dans toute la hauteur de la cheminée, et le continuer même en poterie à deux mètres au-dessus de la tête de cette cheminée, comme nous l'avons montré en plan et en élévation aux fig. 8 et 9.

Nous venons de décriie les différentes parties dont un bon soufroir doit , selon nous, se composer pour être salubre et ne pas donner lieu aux plaintes des habitants établis dans son voisinage; nous allons maintenant indiquer les précautions que l'on doit prendre pour bien conduiie cet appareil.

Pour se servir du soufroir, il faut s'assurer que les fenêtres sont bien calfeutrées, placer les tissus à exposer à la vapeur du soufre sur les perches ou sur les cordes du soufroir, et faire un peu de feu dans le poêle ou dans le fourneau d'appel B. Cela terminé, l'ouvrier mettra la quantité de soufre jugée nécessaire dans les vases C destinés à cet usage, et qu'il placera de manière à répandre le plus également possible l'acide sulfureux dans la pièce , sans risquer de mettre le feu aux tissus ou d'en trop échauffer une partie. Il allume le soufre, ferme aussitôt la porte d'entrée E, ainsi que la chatière G , et lève au contraire la porte de l'ouverture F, en tirant convenablement la corde qui y correspond et qui passe sur la poulie H , fig. 2; il accroche cette corde à un clou pour tenir la porte F ouverte.

L'air du soufroir s'échauffe, se dilate, et l'augmentation de volume en

(i) C'est-à-dire , par exemple , que . si la porte F a i décimèlre carré d'ouverture , et le lujau du fourneau d'appel i décimètre carré, il faudra donnerau moios ï décimètres carrés à la petite cheminée qu'on pratiquera dans la grande.

force une partie à passer par la porte F, pour s'élever dans le tuyau de cheminée D , où le courant ascensionnel, déterminé par le fourneau d'appel , l'oblige d'ailleurs à monter. On évite ainsi l'émission de l'acide sulfureux qui, dans les soufroirs ordinaires, se fait sentir autour de la pièce, au commencement et même pendant le cours de chaque opération. Au bout de quelques minutes, après que tout le soufre est bien allumé et l'équilibre établi , la porte F est presque entièrement fermée en lâchant la corde L fig. 2 , qui sert à l'élever ou à la baisser à volonté , et tout l'appareil est laissé en cet état le temps convenable pour que l'opération soit complète (i). Lorsqu'elle est terminée et que l'on veut ouvrir le soufroir pour en retirer les marchandises , il ne reste qu'à prendre les précautions suivantes.

Avant d'ouvrir la porte d'entrée E, du soufroir, il faut allumer un peu de feu dans le fourneau d'appel B : ouvrir entièrement la porte F, et élever un peu celle de la chatière G. Élever ensuite de plus en plus et de quart d'heure en quart d'heure cette dernière porte ; la laisser enfin toute ouverte pendant le temps que l'expérience montrera nécessaire.

Le courant ascensionnel, déterminé dans le tuyau de cheminée D par le fourneau d'appel B , oblige l'air atmosphérique à pénétrer dans le soufroir par la chatière G. Cet air se mélange avec les gaz délétères et les entraîne au dehors avec lui , en passant par l'ouverture F et par le tuyau D, qui leur donne issue à une grande hauteur et au-dessus des toits. Cet écoulement continuel rend bientôt l'air du soufroir respirable. Lorsqu'il ne sent plus l'acide sulfureux, et que l'on peut pénétrer dans le soufroir sans danger, on ouvre la porte d'entrée E, et on travaille alors dans le

(t) Nous ferons remarquer que le but proposé dans cette partie de l'opération, est d'empêcher l'acide sulfureux de sortir du soufroir par les petits joints de la porte E et la chatière G. Ce résultat s'obtient en ne fermant pas tout à fait la petite porte F; il suffit qu'elle puisse donner passage à une masse d'air un peu plus considérable que celle qui peut sortir du soufroir par les joints de la porte E et delà chatière G, pour que, le tirage étant bien établi dans la cheminée D , ce soit toujours l'air atmosphérique qui tende à entrer par les joints dans le soufroir, ce qui le rend complètement inodore. Cet effet s'obtient en faisant passer continuellement à travers le soufroir un petit courant d'air; mais l'économie exige que ce courant d'air soit le plus faible possible : c'est pour cela que nous recommandons de bien calfeutrer les croisées et de faire clore les portes le plus exactement que l'on pourra. Pour bien utiliser cette espèce de lut d'air ou de fermeture aérienne, il faut que la porte de l'ouverture F close mal ou soit conservée enlr'ouverte, et qu'au contraire la porte E du soufroir et la chatière G, sans être exactement closes, le soient le mieux possible. On augmente à volonté la vitesse de ce courant d'air, en ouvrant davantage la porte F, et en augmentant le feu du fourneau d'appel. Plus le courant d'air est rapide, plus l'acide sulfureux est repoussé dans l'intérieur du soufroir, et plus l'appareil devient inodore.

soufroir sans Y être incommodé, et comme clans un atelier ordinaire. En laissant les portes E et F ouvertes et le fourneau d'appel allumé , la l'enlilatioii du soufroir continue, et l'odeur que portent avec eux les tissus qui ont été exposés à la vapeur sulfureuse est diminuée d'autant. Leson/roir est ainsi vidé avec le moins de gêne possible pour l'ouvrier et sans inconvénient pour les voisins de la fabrique.

Nous avons cru devoir joindre, au plan du soufroir qne nous venons de décrire, les plans de trois autres soifroirs, allant en diminuant de grandeur et formant une série d'appareils construits suivant le même système de ventilation, et présentant au manufacturier l'avantage de pouvoir toujours se servir d'un soufroir salubre dont la capacité soit en bon rapport avec la quantité de marchandises qu'il doit y traiter (i). Nous donnons en a fig. i, deux de ces soufroirs qui sont adossés à la cheminée D, et c[Hi sont construits et se conduisent absolument comme le grand soufroir A , dont nous avons parlé plus haut (9.). l^e soufroir a, à droite de la ligne X Y, étant fort petit, peut être fait tout en bois comme une caisse ou comme une armoire. Le sol doit alors en être carrelé et les côtés garnis en tôle jusqu'à 4 décimètres de hauteur, pour éviter tout danger d'incendie.

La boîte cpie l'on voit (fig 3), représentée en perspective, est aussi construite sur les mêmes principes de ventilation. Elle doit être carrelée et garnie de tôle à sa partie inférieure, comme nous venons de le dire en parlant un petit soufroir a (fig. i ) : il doit y avoir par-dessus ou par côté

(i) Nous ne parlons ici que du rapport qui doit exister entre le cube du sou/roirel la quantité de marchandises que l'on y expose à la vapeur du soufre enflammé; il est un autre rapport qu'il pourrait être utile de bien élalilir : ce serait celui qui doil exister entre le volume d'air reuiermé dans le suufroir el la quanlilé de soufre qu'on veut y biùler. Les soufroirs que nous avons élé a même d'ex:miiner, nous ont prouvé que l'on en avait fixé les dimensions au hasard et s::ns établir préalablement ce dernier rapport. Il faudrait, pour cela, commencer par reconnaître si pour bien passer au soufre des tissus de laine ou de soie, il faut qu'il reste de l'air non décomposé dans l'appareil , et par fixer, si cela était, la quantité d'oxigène qui doit rester dans le mélanine des giiz mis en contact avec les substances qu'on veut blanchir, etc.

(2) Si l'on adoptait celte disposition de trois soufroirs adosiés à la même cheminée d'appel, il faudrait avoir soin de donner à cette cheminée des dimensions telles, en largeur et en profondeur, que la section horizontale de cette cheminée eût au moins un tiers en sus de la somme des trois ouvertures F,/,/ qui communiquent toutes dans la grande cheminée D (fig- i) des trois soufroirs , afin de pouvoir, en cas de besoin , travailler dans les trois appareils également bien à la fois. Il est inutile d'ajouter que, si l'on ne se servait pas d'un ou de deux de ces soufroirs, il serait bon de tenir bien fermées toutes les portes et chatières des appareils qui ne serviraient pas, parce qu'alors la cheminée d'appel D établirait un tirage d'autant plus rapide sur la partie de l'appnreil dont oa ferait usage, qu'il y aurait un moins grand nombre d'autres issues ouvertes.

une porte c, à coulisse , ou une porte ordinaire. La fig. 4 représente une boîte dont le dessus s'ouvre à charnière, et la fig. 3 indique un dessus de boîte s'ouvrant à coulisse. Dans tous les cas on doit coller du papier gris sur tous les autres joints de cette boîte, afin de la rendre bien close, i.a petite porte chatière doit toujours être pratiquée, comme on le voit dans la fig. [\, à la partie inférieure d'une des faces verticales Cette porte, placée ainsi, sert à ventiler au besoin la boîte et y placer le petit vase dans lequel on fait brûler le soufre.

I,e tuyau de tôle d, destiné à donner écoulement au dehors à l'acide sulfureux, etc., doit être garni d'une clef ou soupape n. L'exlrémité de ce tuyau se place comme on le fait ordinairement pour les tuyaux de poêle, soit dans le tuyau d'une cheminée ordinaire, soit en le fiisant sortir au dehors à travers le carreau d'une croisée. Il faut avoir soin, dans les deux cas, de le terminer par iui coude et im bout de tuyau veitical, comme on ie voit en di^fig. 4 ), et de couvrir ce tuyau d'un chapeau en tôle, s'il doit être exposé au vent ou à la pluie. Ce tuyau remplace la grande cheminée D des soufroirs A, et a, a (fig. i ), el sert connue elle à rendre le soufroir salubre.

Pour déterminer l'appel convenable dans ce tuyau de tôle , il suffit d'y engager, à la partie inférieure et par un trou fait exprès , la cheminée en verre d'une lampe d'Argant, à double courant d'air, comme on le voit en b (fig. 6 ). Cette lampe remplace le fourneau d'appel B (fig. i ), et sert à déterminer à volonté et au degré convenable l'entrée de l'air atmosphérique dans la boîte, par les joints de la porte, ou par la chatière g', ou par la porte e, et à régler la sortie des gaz délétères contenus dans le soufroir lorsque l'opération est terminée.

Ce dernier appareil est très-simple et peu coûteux : il convient surtout aux blanchisseuses de bas de soie, et à tous ceux qui n'exercent pas leur état en grand. Nous les invitons d'autant plus à en faire usage, que c'est principalement dans cette branche d'industrie que les soufroirs sont le plus mal construits, et que l'acide sulfureux cause les plus grands accidents.

Nous ne parlerons pas avec plus de détail de ce petit appareil; on en concevra tout l'avantage, et l'on apprendra facilement ;i en tirer le plus grand parti possible , en lisant avec soin ce que nous avons dit au sujet du grand soufroir k.

La fig. 2 représente une coupe verticale du soufroir 1^, selon les lignes X Y (fig. i), vue du point L L'explication de cette figure se trouve com-

prise dans la description de la fig. i ; nous ne pensons pas qu'il soit nécessaire d'y rien ajouter. Il en est même de la description des fig. 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10, dont il a été suffisamment parlé plus haut.

D'Abcet, rapporteur.

Vu et approuvé la réimpression de l'iostruction qui précède.

Paris, a5 juin iS35.

Le Conseiller d'État, Pré/et de Police,

GiSQtJET.

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