‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 23 sur 77 · PRÉCÉDÉ · texte numérisé non relu

PRÉCÉDÉ

d'un rapport remis a monsieur tE DAUPHIN PAR UN MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ ROYALE POUR l' AMÉLIORATION DES PRISONS,

LEQUEL A ÉTÉ CHARGÉ PAR MONSEIGNEUR D'EN DONNER CONNAISSANCE AU CONSEIL GÉNÉRAL.

Rapport reriiis à Monsieur le Dauphin, président, par un membre de la Société ; lequel a été chargé par Monseigneur d'en donner connaissance au Conseil général.

Ce Rapport a été entendu dans la séance tenue chez M. le ministre de l'intérieur, le i3 décembre 1824, et présidé par lui. Le Conseil en a ordonné l'impression.

Monseigneur .

Dans les jouissances offertes au pouvoir , vous en avez préféré une à toutes les autres, c'est le soulagement des malheureux, et parmi les

(i) La première instruction, rédigée par M. D'Arcet, au nom du Conseil de Salubrité, a été

— i38 — malheureux que vous soulagez, les prisonniers vous ont paru d'autant plus clignes de votre sollicitude, que tous ne sont pas coupables, et que la pitié est due à ceux même qui ont mérité leur malheur.

Un article des statuts que le feu Roi a donnés à la Société Royale, est ainsi conçu : (f Les sommes provenant, soit des souscriptions des mem- «bres de la Société, soit des dons et legs qui pourront leur être faits, se- «ront exclusivement affectées à l'amélioration des prisons du Royaume.)'

Permettez , Monseigneur que je répète ce que vous avez dit à la lecture de cet article :

« Voilà notre règle pour la distribution des soulagements. Trouvons «une amélioration à laquelle tous les prisonniers puissent participer, «un genre de secours qui puisse être réparti d'une manière à peu près «égale entre tous les départements du Royaume.» (ij

Ces paroles ont été entendues, et la Société Royale a, sous votre Présidence et dans la dernière séance , accueilli une proposition faite pour assainir les prisons de toute la France. M. D'Arcet, membre de l'Académie royale des Sciences, a appliqué à l'assainissement de nos maisons d'habitation, de nos fabriques et de nos hôpitaux, le fourneau d'appel dont l'usage dans les prisons vous est proposé. Grâce à ce savant , la plus difficile partie de notre tâche est remplie. Dans plusieurs, les fosses d'aisances causent une infection insupportable. Vous avez pris connaissance des moyens proposés pour y remédier, ainsi que des expériences déjà faites. Aucun détail , Monseigneur, ne vous a paru abject et indigne de votre attention dans une proposition qui avait pour objet de garantir les prisonniers d'une peine à laquelle la loi ne les a peint condamnés.

La Société Royale ayant adopté cette proposition , et autorisé la dépubliée en iSîî, dans les Annales de tlndintrie nationale et éirangcre , t. 7, p. 5i. C'est elle qui forme les Irols premiers chapitres du travail que nous donnons ici. Elle a été réimprimée à part , en 1825, en une brochure in-4°, avec des planches et un chapitre de plus, par ordre du Conseil général de la Société royale des prisons. Ce chapitre contient les détails des appareils spéciaux à construire pour établir une ventilation forcée et régulière dans les grandes fosses des latrines de prisons, d'hôpitaux, et on trouvera dans le rapport de M. de Marbois et l'avertissement qui l'accompagne, les motifs de cette réimpression. Le rapport qui suit ce premier mémoire sur la vidange des fosses d'aisance, est de 1 83o. Il a été publié dans le Recueil industriel et maniifaciurier de M. de Moléon, t. J 5, no 44, p. 65 , avril i83o.

Le petit travail sur les latrines à l'usage des camps, a été publié en i834, dans les Annales d'hygiène, t. 12, p. Sgo, n» d'octobre. Enfin, on trouvera dans la description des figures de la pi. 17, une disposition de fosse favorable à l'emploi des matières fécales dans l'agi iculture.

(i) Le duc d'Angoulême, président de la société, avait pour sa souscription donné une somme de 80,000 francs.

— i39 — pense jusqu'à la somme de 1 00,000 fr. , il était à désirer pour les prisonniers que le travail fût promptemeut exécuté, et qu'une détermination qui avait pour but le soulagement des malheureux, une détermination prise en séance générale de la Société, et approuvée par son auguste Président, ne demeurât pas sans effet, et le fonds accordé sans emploi.

J'avais visité des prisons où j'avais observé que l'infection était à un haut degré; je crus devoir y faire construire quelques fourneaux d'appel.

J'entrai en correspondance avec MM. les Préfets et Sous-Préfets des départements qui avaient formé mon arrondissement. Ils m'apprirent que dans beaucoup de prisons, des courants d'eau pourraient obvier efficacement à l'infection, et que les fourneaux d'appel y étaient moins utiles; mais on en demandait pour plusieurs autres. Les besoins de la maison centrale de Gaillon à cet égard m'étaient connus : elle renferme douze cents prisonniers. M. Durand, directeur, homme recommandable par son zèle et sa capacité, m'écrivit ]ei'j août 1824 :

« La disposition provisoire de la maison ne permet point l'établissement «de baraques et de fosses inodores dans les préaux des femmes, à cause «des communications qu'elles pourraient avoir avec les hommes, dont «les ateliers les avoisinent. H a fallu conserver dans ce quartier l'usage «des fosses d'aisance, et, malgré toute la propreté qu'on y fait tenir, il '< s'en exhale une odeur très-forte, qui se répand dans tout le quartier, et «en rend l'habitation très-désagréable.

«Il en est de même pour les infirmeries, soit des hommes, soit des « femmes. L'on ne peut obliger les malades à sortir pour aller pourvoir à «leurs besoins dans des baraques établies sur les préaux; il a donc fallu «conserver une fosse d'aisance dans chaque infirmerie, et les inconvé- « nients signalés s'y font également sentir.»

A la réception de cette lettre j'envoyai à Gaillon les appareils nécessaires à quatre fosses. M. Aubert, architecte, et un poélier-fumiste s'y rendirent en même temps. M. Durand m'informe par la lettre suivante du résultat de l'épreuve.

A Gaillon, le décembre 1824.

« J'ai tardé à vous rendre compte de l'effet obtenu dans cette maison , de l'établissement de quatre fourneaux d'appel, parce que j'ai voulu m'assurer, par une expérience soutenue, du résultat du nouveau pro-

cédé. Je ne puis assez vous en faire l'éloge : il me paraît démontré qu'au moyen de ces fourneaux, toute odeur provenant des fosses est neutralisée. Le succès me paraît devoir être complet, pourvu que l'on tienne en état constant de propreté les cabinets où sont placés les sièges ; l'on aura résolu par là le problème concernant la désinfection des fosses d'aisance. Il n'en serait pas ainsi, si l'odeur provenait de la malpropreté des cabinets; carie fourneau n'agissant pas, ou du moins bien faiblement, sur l'extérieur des fosses, toute infection, dont les éléments seraient extérieurs à ces fosses, résisterait au procédé. L'on ne peut espérer que des cabinets journellement fréquentés par près de cinq cents individus, soient tenus aussi proprement que ceux des maisons particulières. J'ai la confiance , cependant, d'avoir obtenu, sous ce rapport, la plus grande perfection possible, par un système particulier de surveillance que j'ai établi dans celte partie. En un mot, avec de la propreté et le procédé dont nous serons à jamais redevables à la Société royale et au Conseil de salubrité, l'on n'aura plus à se plaindre de l'infection des latrines dans cette maison.

■ Le Directeur de la Maison centrale de détention de Gaillon ,

Signé Durand.

Ainsi, nous sommes assurés que les quatre fosses n'exhalent plus leur infection qu'au-dessus des combles de l'édifice; et la dépense pour chacune a été, ainsi que je l'avais annoncé, de la somme de Sa 5 francs ; les voyages de l'architecte, du fumiste , et le transport des poêles sont compris dans cette somme: ailleurs, ils pourront être achetés sur les lieux, et chaque fourneau pourra ne coûter que de 200 à aSa francs; peut-être moins.

Mais, pour plus entière conviction, il importait que les expériences fussent faites à Paris, sous les yeux des personnes en autorité, et que la Société pût en avoir une parfaite connaissance ; plusieurs prisons de Paris en offraient l'occasion.

La Grande-Force, oi'i les hommes sont détenus, éprouve dans quelques pièces l'infection à laquelle il s'agit de remédier; et elle y est à un haut degré. Celle de la prison des femmes est encore plus insupportable. On a peine à concevoir ce qu'ont à souffrir cent cinquante à deux cents femmes réunies au sein de ces exhalaisons méphitiques.

Les fourneaux nécessaires ont été commencés : ils seront finis dans la semaine.

Le Conseil, clans le cours de ses travaux, a soavent recommandé qu'on prît le plus grand soin de purifier l'air des prisons. Je n'ai rien à lui apprendre touchant les conséquences funestes qu'entraîne un air corrompu; et cependant , je crois devoir consigner, dans le rapport que j'ai l'honneur de lui faire, une observation particulière qui résulte d'une expérience de plusieurs années, ha prison de Clermont (Oise) er.t divisée en deux parties. L'une, occupée par les hommes, est dans une. exposition malsaine et voit le nord ; la mortalité y est annuellement au terme moyen d'un prisonuier sur seize, et on voit souvent les plus robu-stes succomber. On respire un meilleur air dans le quartier des femmes, et la mortalité n'y est que d'une personne sur quarante-trois, pendant la même durée d'une année.

On peut encore citer le résultat obtenu, à l'hôpital Saint-Louis: d'après les avis du Conseil de Salubrité, la désinfection des latrines y a rendu les salles également salubres dans toutes leurs parties, tandis que, avant cette opération , on était obligé d'éloigner des portes des lieux d'aisance, les lits des malades. On peut aussi rappeler les succès obtenus au laboratoire de la Monnaie, dans les ateliers de doreurs, dans les fabriques de bleu de Prusse, de ferblanc, de cendres gravelées, dans les cuisines, dans les soufroirs, dans la construction des appareils fumigatoires à l'usage des hôpitaux, etc., etc. C'est surtout à l'obligeance constante de M. D'Arcet, qu'on doit ces succès généralement obtenus.

Je ne crois pas qu'on puisse, aVec une dépense de 100,000 franc?, procurer une amélioration plus utile et plus générale que celle dont il s'agit. Une multitude de prisonniers que l'infection tourmentait pendant le jour et jusque dans leur sommeil, auront leur part dans le bienfait. Les personnes que la charité et la bienveillance conduiront dans ces maisons , y prolongeront leiu's visites avec moins d'inquiétude et sans dégoût.

La correspondance ferait connaître à M. le Ministre de l'Intérieur le nombre de prisons pour lesquelles le fourneau d'appel serait demandé.

Il conviendrait en même temps de faire lithographier les plans, coupes et élévations du fourneau; et de faire imprimer le Mémoire d'explication que le Conseil de Salubrité a bien voulu se charger de rédiger. Ces pièces seraient adressées en nombre suffisant à tous les Préfets. On leur ferait connaître en même temps le nombre de fourneaux qui pourraient leur être accordés , et la dépense serait faite dans les limites déterminées par la Société et suivant la répartition faite par le Ministre , entre les

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départements. Les Préfets seraient autorisés à lui adresser les mémoires de leur dépense respective. Ces mémoires seraient par lui transmis au trésorier bénévole : celui-ci les ferait viser par deux commissaires à ce autorisés par le Conseil-général et ferait parvenir la somme nécessaire , soit en un mandat sur le receveur général , ou de toute autre manière.

Monseigneur, la Société royale n'avait pu jusqu'à ce jour étendre son action à toutes les prisons; mais ses efforts ont eu dans beaucoup de départements, les plus heureux résultats. Ses mémoires, ses écrits, sont lus avec intérêt par beaucoup de personnes. Votre nom auguste accompagne tous ses actes et leur donne une grande autorité. Plusieurs départements ont voté des fonds considérables, et des constructions nombreuses y ont été faites. L'ancienne Normandie en rend témoignage dans presque toutes ses villes. Les prisonniers ont été classés par âges, par sexes, et suivant les délits et les cas particuliers.

Les soins de la propreté ont succédé à une extrême négligence. Les soupes ont été introduites, les entreprises poiu' le coucher, les vêtements et autres fournitures, ont été mieux surveillées. Le travail a été animé dans les grandes prisons. Le Gouvernement veut qu'on y apporte toute l'attention nécessaire, et vous observez nos travaux avec un intérêt dont cette séance même est une preuve. Beaucoup de prisonniers , cependant, attendent encore les secours de la sollicitude de la Société, et l'assainissement des lieux où ils sont enfermés fera cesser un tourment , qui , dans quelques prisons, est insupportable. Le Roi, qui nous continue la protection dont nous a honorés son auguste prédécesseur, apprendra avec satisfaction ces heureux résultats de la sollicitude de son Fils pour le soulagement des malheureux.

Marboîs.

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