CHAPITRE II
Applicatioti de la théorie expliquée dans le chapitre précédent.
La fig. r , pi. i6, présente une application de cette théorie (2). La partie
(1) C'est d'après ce principe que Dalesme établit, en 1S86, son réchaud à flamme renversée. Le chaullage des louis à porcelaine et de quelques tours à poteries est opéré comme dans le fourneau de Dalesme, en élablissanl un courai.t d'air debcendant sur le foyer, et en renversant la flamme dans les alandiers. Nous ajouterons que c'est en parlant de ce principe que les opérations de quelques arts ont été assainies. En effet, en supposant le tuyau de tôle A C D B (fig. 4^, coupé en e f, il est évident que l'air étant chauffé dans le tuyau vertical B D pénétrera par l'ouverture G, et que toute odeur insalubre ou désagréable dégagée en G ne produira aucun mauvais effet vers ce point, et ne deviendra sensible qu'à l'cxtrémilé supérieure B du tuyau. C'est la théorie de l'assainissement des ateliers de doreurs, des soufioirs, des fourneaux de cuisine, des laboratoires de chimie, et autres ateliers au sujet desquels il a été publié des instructions particulières, soit par le Conseil de Sahibrilé, soit en parliculicr par un de ses membres.
2) La figure i''", pi. i5, est le plan général du bâtiment dont la fig. i"^", pi. ifi, présente la coupe verticale; ce plan est pris sur la ligne ai (fig. 1", pi 16).
On voit en L', L', L', L', le plan des quatre cabinets d'aisances; en A', A', A', A', le plan des sièges placés dans ces cabinets; en C C, la coupe des tuyaux de chule, qu'on peut réunir en un seul, comme l'indique l'élévation ; en D B, la coupe de la cheminée d'appel, qui sert à établir la ventilation des sièges placés sur la fosse H; enfin R montre un poêle servant de fourneau d'appel.
— i47 — horizontale CD du tuyau de tôle (fig. 4> pl- i5) est ici remplacée par la fosse d'aisances H , représentée coupée dans le sens de sa longueur. La partie du tuyau A C devient le tuyau de chute C, sur lequel les sièges A et A' se trouvent placés, et le grand tuyau vertical BD est ici la cheminée d'appel B au moyen de laquelle s'opère la ventilation forcée de la fosse et des latrines. En effet, si l'air est échauffé par un moyen quelconque dans la cheminée BD, il montera en B, tandis que l'air extérieur entrera par les vasistas I, I' dans les cabinets L, L', se précipitera dans le tuyau de chute C par les ouvertures des sièges A , A', traversera la fosse dans toute sa longueur, parcourra la cheminée d'appel D B dans toute sa hauteur, et ira se perdre dans l'atmosphère en B et au-dessus du toit.
Un tel courant d'air, établi régulièrement, est évidemment le plus sûr moyen d'assainissement qu'on puisse appliquer aux latrines. Ici les sièges sont non-seulement rendus inodores par le système de ventilation continue , mais les cabinets mêmes où ces sièges se trouvent placés , continuellement traversés par un courant d'air convenable, sont, par-là même, complètement assainis et désinfectés. Il est clair que, dans ce système de construction , la désinfection est d'autant plus complète qu'il passe plus d'air dans le cabinet et à travers la fosse; le vasistas doit donc rester toujours convenablement ouvert, et l'ouverture des sièges ne doit jamais être entièrement fermée; on ne doit donc pas mettre de bonde à la cuvette: il faut en laisser l'ouverture inférieure libre, et recouvrir seulement le siège d'une planche ou couvercle fermant d'une manière incomplète et permettant toujours à une petite portion d'air de pénétrer dans le tuyau de chute, en s'introduisant par l'espace vide qui doit être méuagé entre le dessus du siège et son couvercle.
Lorsqu'il s'agit d'établir un courant d'air suffisant pour opérer la désinfection complète de tous les cabinets d'aisances d'une maison, il faut supposer tous les sièges découverts à la fois, ce qui est la chance la plus défavorable, et donner au tuyau d'appel BD, dans toute sa hauteur, une ouverture égale à la somme de toutes les ouvertures des sièges qu'on a à désinfecter au moyen de ce tuyau (i). L'ouverture inférieure d'une cuvette demi-anglaise (2), en faïence, est ordinairement de Ô9 centimètres
(1) Plus OD échauffe l'air clans la cheminée d'appel, plus le courant s'y accélère, et plus il passe par conséquent d'air, dans un temps donné, par l'ouverture des sièges ; d'oii il résulte qu'on peut diminuer les dimensions indiquées ici lorsqu'on a de grands moyens d'échauffement, ou lorsque le comhustible coûte peu.
(2) Les cuvettes connues sous la dénomination de cuvettes demi-anglaises, en faïence, et qui sont
— i48 — carrés. S'agit-il de placer sur la fosse dix sièges garnis de ces cuvettes, par exemple, la cheminée d'appel qu'on établira pour les rendre inodores devra avoir, autant que possible, 586 centimètres carrés d'ouverture: En lui donnant ces dimensions, il faudra y porter moins de chaleur pour établir l'appel convenable, et il sera possible d'y augmenter à volonté la vitesse du courant d'air; condition fort utile pour assainir la fosse lors de son ouverture, et en rendre la vidange et les réparations exemptes de tous dangers.
La cheminée d'appel B D doit prendre naissance au sommet de la voûte de la fosse, ou au moins un peu au-dessus de l'embouchure du tuyau de chute qui se rapproche le plus du sommet de cette voûte. Quant à l'élévation à lui donner, il suffit de dire que cette cheminée doit porter les gaz infects et délétères au-dessus du toit, et le plus loin possible des fenêtres établies sur le comble ; qu'il faut par conséquent la réunir, autant qu'on le pourra, à la souche de la cheminée la plus élevée, ou l'adosser au pignon le plus haut de la maison. Cette grande élévation favorisera d'ailleurs le tirage de cette cheminée d'appel, et donnera encore le moyen d'y entretenir avec moins de chaleur le courant d'air convenable : car, dans le cas où la cheminée d'appel ne pourra pas être montée plus haut que le siège le plus élevé placé sur le tuyau de chute , la désinfection de ce siège ne pourra bien s'opérer qu'en augmentant beaucoup la chaleur dans le tuyau d'appel BD ; ce qu'il faut tâcher d'éviter en élevant davantage ce tuyau , toutes les fois que les localités le permettront.
Une soupape T, placée sur la cheminée d'appel BD, servira dans tous les cas, à y régler la vitesse du courant d'air , de manière à ne point refroidir et incommoder les personnes qui feront usage de ces latrines , et à n'établir juste sur les sièges que la ventilation convenable pour les rendre inodores.
L'air destiné à opérer la ventilation et à pénétrer par l'ouverture du siège dans la fosse, et de là dans la cheminée d'appel, doit être pris, comme nous l'avons déjà dit , au dehors du cabinet , au moyen d'un bon vasistas I placé, autant que possible, au nord, sur une cour, sur une rue ou sur un jardin. Il faut éviter, autant que possible, de placer ce
sans bondes, ont l'avantage de rendre les sièges propres, d'être faciles à nettoyer, de coûter peu, et doivent être employées de préférence dans la construction des latrines inodores. On fait de ces cuvettes en fonte; elles sont plus solides, mais le nettoyage en est plus difficile, et elles ne peuvent convenir que dans les cas particuliers où la grande propreté d'un siège est moins importante que sa solidité, comme dans les casernes, les pensions, les hôpitaux, les prisons, etc., etc.
— '49 — vasistas clans une croisée ou sur un mur exposé au midi ou donnant siuun escalier, car, dans ces deux cas, la couche d'air échauffée le long du mur exposé au midi, ou la colonne d'air montant par suite de l'appel naturel que produit presque toujours une cage d'escalier, ferait, en passant devant le vasistas dont il est question , le vide dans le cabinet, tendrait à en tirer de l'air et contre-balancerait , souvent avec avantage, l'appel opéré dans la cheminée BD, qui alors, servant en sens contraire, favoriserait l'entrée de l'air extérieur dans la fosse, d'où il passerait dans le cabinet qui en serait infecté.
Le même effet aurait lieu si la porte du cabinet fermait mal et qu'elle communiquât à des pièces dans lesquelles les fenêtres ou les portes seraient exactement fermées, et où les cheminées auraient un tirage plus fort que celui qui serait établi dans la cheminée d'appel BD; car alors l'air descendrait par cette cheminée BD, traverserait la fosse et le cabinet, et irait dans les pièces voisines fournir aux cheminées la masse d'air qu'y nécessiterait le tirage établi. C'est à cette cause qu'il faut attribuer, le plus souvent, la mauvaise odeur que les latrines répandent dans nos appartements. Pour y obvier complètement, il faut clore exactement les portes des cabinets d'aisances, que l'on désinfecte au moyen de la ventilation forcée et continue (i).
D'après ce qui vient d'être dit, lorsque les cabinets d'aisances sont placés, soit dans les corridors, soit dans des chambres bien ventilées, ou dans lesquelles l'air extérieur circule facilement, il suffit de laisser pénétrer l'air dans ces cabinets par le bas de la porte, ce qui évite l'emploi du vasistas. Cet effet se produit facilement en enlevant sous la traverse inférieure de la porte, dans toute sa largeur, une bande de bois d'un centimètre d'épaisseur. Le bas de cette porte, restant ainsi éloigné du sol, laisse pénétrer dans le cabinet une lame d'air qui, en le traversant pour se rendre par le siège dans la fosse, y produit la ventilation convenable.
(i) C'est pour obvier à cet inconvénient que nous avons conseill é tie iiietire double porte aux cabinets d'aisances îles ibéàtres ; de faire l'ernier exactement ces deux pones, si le vasistas est placé dans le cabinet; et de laisser au coniraire, au bas de la porte du cabinet, une ouverture en long égale en surface à celle du vasistas si l'on préfère placer ce vasistas dans le tambour ou petite anlicliambre formée par la séparation des deux portes. 11 serait même utile, dans ce cas, démettre un vasistas dans le tambour et un autre dans le cabinet d'aisances; on évilerail ainsi complètement, surtout en faisant l'anlichambre un peu grande, l'influence nuisible qne peut avoir l'appel formé par la chaleur du lustre, et qui, agissant en sens coniraire de l'app/el établi sur la fosse, tend à introduire la mauvaise odeur des latrines dans les corridors, et de là dsns la salle. Dans tous les cas, la porte battante ouvrant sur le corridor doit être garnie de bourrelets en toile, afîo de pouvoir se clore parfaitement.
— i5o — Nous n'insisterons pas davantage sur ces détails; il faudra toujours les approprier aux localités; et, pour le faire avec succès, il suffira de se bien pénétrer du principe sur lequel repose ce genre de construction, et de ne point agir en sens contraire.