CHAPITRE III
Des moyens à employer pour établir, à volonté ou en tout temps, dans la cheminée d'appel BD, le courant d'air ascensionnel convenable.
Nous avons dit que la ventilation des lieux d'aisances devait être, pour bien remplir le but que l'on se propose, continue et indépendante de la volonté des ouvriers et des domestiques ; rien n'est plus facile à obtenir lorsqu'on bâtit une maison. Il suffit, pour produire cet effet, de construire la fosse au-dessous des cuisines du rez-de-chaussée, ou de la placer à Taplonib de la principale souche des chemiiiées de la maison, et de faire communiquer la partie supérieure de la fosse avec la cheminée d'appel qui doit passer derrière la plaque de fonte formant le contre-coeur de la cheminée de la principale cuisine, et être placée, soit dans l'intérieur de la cheminée de cette cuisine, soit au centre de la plus grande souche de cheminées.
La cheminée d'appel doit être, dans ce cas, construite en poteries, ou, ce qui serait niieiix , en tuyaux de forte tôle ou de fonte ; elle doit être établie de manière à s'élever jusqu'au haut de la souche des cheminées, qu'elle doit même dépasser de deux mètres, afin que l'air infect, sortant de la fosse , ne puisse , dans aucun cas , redescendre dans les appartements en retombant dans ces tuyaux de cheminée. La description des fig. 2 et 3 , pi. i5, et 6, 7, pi. 16, fera bien concevoir ces dispositions.
La fig. 2 représente le plan dun fourneau de cuisine salubre, dont la description se trouve à la page io3 de ce volume : on voit en M le tuyau d'appel qui conduit l'air pris dans la fosse, derrière la plaque de fonte N, dans l'encaissement O où cet air doit s'échauffer.
La fig. 3 est une coupe en travers de la même cheminée de cuisine, selon la ligne AB (fig. 2 ); O est l'encaissement dans lequel l'air de la fosse est conduit par le tuyau M. Cet air s'échauffe contre la plaque de fonte N, à laquelle est adossé le bois brûlé dans la cheminée de la cuisine:
— r.^i — l'air ainsi échauffé monte dans la clieminée d'appel D B, et la ventilation se trouve ainsi établie sur la fosse et sur les sièges qui y sont placés (i).
En construisant la cheminée d'appel D B , d'abord dans l'intérieur de la cheminée de la principale cuisine de la maison, et en la dévoyant ensuite pour l'entourer, aux étages supérieurs, de quelques autres tuyaux des principales cheminées, ou trouve l'avanlage d'y établir en tout temps, sans dépense et sans avoir à s'en occuper, un courant d'air ascensionnel plus que suffisant (2). Lorsque les dimensions de la cheminée d'appel ont été bien calculées, lorsque cette cheminée s'élève plus haut que n'est placé, sur le tuyau de chute,- le siège le plus élevé , le tirage s'établit très-facilement dans cette cheminée, car la moindre élévation de température suffit pour produire cet effet. La chaleur que conservent ou qu'acquièrent, par leur décomposition , les matières qui tombent dans la fosse, y opère d'ailleurs réchauffement de l'air et facilite déjà l'établissement du courant ascensionnel dans la cheminée d'appel D B. L'action du soleil sur la couverture de cette cheminée contribue encore à produire le même effet.
La fig. 7, pi. 16, représente la coupe d'une souche de cheminée disposée comme nous venons de le dire; B est la cheminée d'appel placée entre deux cheminées de cuisine ou d'appartement A et C. La fig. 6 est une élévation de cette même souche de cheminée prise au-dessus du toit, on y voit en B la tète de la cheminée d'appel qui s'élève à deux mètres au-dessus des cheminées A et C.
Nous avons recommandé de placer la fosse, autant que faire se peut, à proximité des moyens d'appel naturels , c'est-à-dire de ceux qui n'occasionnent aucune dépense. S'il était impossible de faire une telle disposition dans la construction primitive d'une maison , ou qu'il fallût assainir les latrines d'une maison déjà construite, et mal disposée sous ce rapport,
(i) L'ouverture P, qui doit être tenue bien fermée, sort au nettoyage du conduit M el de la cheminée d'appel O D B. L'air qui passe dans ces conduits avec vitesse y entraîne beaucoup de pelils moucherons; les araignées y tendent leur toile, el finissent ain.ii par obstruer ces loyaux. On nettoie facilement le conduit M en jetant un ou deux seaux d'eau par l'ouverture P.
(a) Nous recommandons de faire monttr le tuyau de la cheminée d'appel dans toute la hauteur du bâtiment; et de l'élever à deux mètres au-dessus de la souche des cheminées, dans laquelle il est compris, afin que, dans aucun cas, l'odeur de la fosse ne se répande dans les appartements. Si l'on se contentait de conduire l'air de la fosse dans une cheminée de la maison el de l'y laisser se confondre avec la fumée, cet air puant suivrait la direction de la fumée, et rentrerait avec elle dans les appartements toutes les fois que les rafales de vent, le mauvais tirage de la cheminée ou d'autres causes feraient fumer cette cheminée : il faut éviter avec soin ce vice dte coDstruclion.
il faudrait cependant encore profiter de ces moyens d'appel , en les allant chercher même fort loin; il faudrait seulement, dans ce cas, avoir soin d'empêcher le refroidissement de l'air dans la partie de la cheminée d'appel qui aurait à parcourir un grand espace sous le sol , et de donner à ce conduit de plus grandes dimensions que celles qui seraient nécessaires si la communication entre la fosse et la cheminée d'appel était plus directe. Nous avons vu profiter de moyens d'appel existant à plus de lOQ et I 5o mètres de fosses d'aisances mal placées , et nous conseillons bien d'avoir plutôt recours à ce moyen, toutes les fois qu'on le pourra, que d'en venir à la construction d'un fourneau d'appel spécial dont le chauffage coûte trop, et dont l'effet est dépendant de l'exactitude de l'ouvrier chargé de son entretien.
La partie supérieure de la cheminée d'appel peut être garnie, soit d'un chapeau en tôle, fig. 6, pi. i5 et fig. G, pi. i6(i), soit d'une gueule de loup, soit d'une bascule turque, fig. 7, pi. i5, soit enfin de l'appareil connu sous le nom de bonnet de prêtre [-2). Nous pensons que le chapeau de tôle doit être préféré dans les cas où les cheminées ne sont commandées par aucun bâtiment vuisin : ce chapeau de tôle coûte peu ; il empêche la pluie de pénétrer dans la cheminée d'appel , et contribue au tirage de la cheminée qu'il recouvre toutes les fois qu'il est échauffé par le soleil. Mais dans les localités où l'action des vents nuirait au tirage de la cheminée d'appel , il faudrait alors placer sur le haut de cette cheminée un des autres appareils dont il a été parlé ci-dessus, et dont l'emploi fréquent a constaté le bon effet.
Nous avons insisté , dans ce qui précède, sur la convenance qu'il y a d'employer les moyens d'appel dont ou peut ordinairement disposer dans les maisons habitées, et nous avons fortement recommandé d'utiliser, pour cet usage, la chaleur perdue dans les tuyaux de cheminées, et surtout dans les tuyaux des cheminées de cuisine. Il nous reste à parler de la circonstance où les localités rendent tout à fait impossible l'usage de ces ressources, et où il faut nécessairement avoir recours à l'emploi d'un moyen d'appel spécial. Nous allons entrer, à ce sujet, dans tous les
(i) M. Tlicnard a proposé de donner à celle couverture de tôle la forme d'une lentille. Celle construction présente de grands avantages; nous l'avons indiquée fig. 6, pi. i5. Ce chapeau coûte plus qu'une simple couverture en tôle; mais l'elTel en est bien plus assuré. JNous conseillons d'adopter ce perfectionnement, surtout dans les localités qui présentent de grandes difficultés.
(2) On trouve dans le tome XXXIII, page 161, du Journal de pliysique, un bon mémoire relatif à la construction de l'appareil représenté à la figure 6, pi. ifi.
— i53 — détails que nous croirons nécessaires, en recommandant toujours de n'en faire usage qu'après avoir inutilement cherché des moyens plus simples, plus économiques et plus sûrs.
Étant obligé d'avoir recours à l'emploi d'un moyen d'appel spécial , ce moyen pourrait être nécessaire pendant toute l'année ou temporairement; c'est ainsi que, dans certaines localités, il sera possible de se procurer l'appel nécessaire pendant quelques mois de l'année , par un des moyens suivants :
La chaleur qui se perd en hiver dans les poêles destinés à réchauffement des habitations peut être utilisée en plaçant leurs tuyaux comme on le voit en R, pi. i6, fig. i : les fourneaux des éluves , des bains, de la boulangerie, etc., quoique irrégulièrement chauffés, pourront concourir au but qu'on se propose ; il y a encore un bon parti à tirer de la chaleur dégagée pendant la nuit par des quinquets, des lampions, des jets de gaz hydrogène placés de manière à échauffer l'air dans la cheminée d'appel et à éclairer l'intérieur de la maison, et montrés en S, fig. i, 4 et 5, pi. i6. On pourra aussi déterminer l'appel par un petit jet de vapeur d'eau, comme le montre la fig. 5, pi. i6, dans les établissements où l'on a de la vapeur à sa disposition. Un châssis vitré doit alors fermer l'ouverture qui se voit en S(i). Dans ces différents cas, il faudra établir la cheminée d'appel dans la positon la plus favorable pour réaliser cette économie. Si, au contraire, aucun de ces moyens ne peut servir, et qu'il soit nécessaire d'opérer la ventilation d'une fosse toute l'année, d'une manière continue, au moyen d'un fourneau construit pour cet usage, il faut alors placer la cheminée d'appel dans l'endroit du bâtiment où le service de ce fourneau peut se faire le plus commodément , et où l'ouvrier chargé de son entrelien peut être le plus facilement surveillé.
Nous avons ici à indiquer la construction d'un fourneau dont le seul effet utile doit être de dilater l'air dans la cheminée d'appel, et d'y établir le courant ascensionnel nécessaire, en dépensant le moins possible de combustible. Il faut donc que ce fourneau soit , ou logé dans la cheminée d'appel, ou assez épais pour ne pas laisser dégager de chaleur à travers ses parois ; il faut que la chaleur qu'entraîne la fumée serve à échauffer l'air qui passe dans la cheminée d'appel; il faut enfin que l'air qui sert à la combustion soit pris , non au dehors , mais dans la cheminée
(i) M. Péllgot a fait usage de ces trois moyens pour désinfecter les latrines de l'hôpital Saint- Louis : nous savons qu'ils ont été depuis employés avec plein succès dans beaucoup d'autres établissements.
— i54 — d'appel, afin d'échauffer, dans un temps donné, et avec une quantité déterminée de combustible, la plus grande quantité possible de l'air qui traverse la fosse et la cheminée. Le fourneau doit surtout être construit de manière à y pouvoir brûler le combustible qui , dans la localité où l'on se trouve, présente le plus d'économie, et à pouvoir y accélérer ou y retarder convenablement et à volonté la combustion. La planche 17 présente les détails de trois fourneaux d'appel spéciaux construits d'après ces principes, et pouvant servir à assainir des latrines publiques ou des latrines telles qu'on en fait construire dans les hôpitaux, les casernes, les prisons, etc. La description de ces figures servira à faire bien comprendre les détails de construction de ces appareils (i).