CHAPITRE IL
Des ustensiles et du combustible nécessaires pour le service du petit
fourneau à coupelle.
Nous parlerons dans ce chapitre de tout ce qu'il faut se procurer avant d'allumer le petit fourneau, et pour s'en servir ensuite commodément.
Des moufles.
Les moufles, dont on fait usage, ont la forme que l'on donne aux moufles ordinaires; mais elles sont beaucoup plus petites. Nous en avons fait faire de deux grandeurs; les unes ont 60 millimètres de profondeur sur 40 millimètres de largeur et 35 millimètres de hauteur; les autres portent 90 millimètres de long, et ont la même hauteur avec la même
(1) On pourrait faire ces cercles en cuivre jaune ; ils coûteraient à la vérité plus cher, mais Ils auraient l'avantage de ne pas être détruits par la rouille.
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largeur. Les premières sont destinées à ne recevoir qu'une seule coupelle à la fois; les secondes en peuvent contenir aisément deux, placées Tune devant l'autre. Les fig. ï/\, i 5 et iG de la planche 0.1, représentent l'élévation de face et les coupes longitudinales de ces moufles. Ces petites moufles sont voûtées à plein cintre : elles doivent être faites avec de bonne terre, bien réfractai re, assez chargée en ciment et d'un grain assez grossier pour pouvoir supporter aisément les changements subits de température. Elles doivent, en outre, être bien cuites, afin de ne pas diminuer de volume, lorsqu'elles sont placées et chauffées fortement dans le petit fourneau. Leur ouverture doit être tellement réglée qu'elles puissent s'encastrer le plus exactement possible dans la feuillure qui est pratiquée dans l'épaisseur du fourneau, et qui se voit en u, fig. 7.
Des coupelles.
Les coupelles dont on doit faire usage sont les mêmes que celles dont se servent ordinairement les essayeurs. La fig. 18 représente la coupe d'une de ces coupelles. Elles pèsent environ 12 grammes, peuvent contenir 20 grammes de plomb fondu, et absorbent aisément 8 ou 10 gram. d'oxidede plomb. Les moufles, dont nous avons parlé plus haut, peuvent recevoir aisément ces coupelles ; et il reste même assez de place sur la largeur, pour pouvoir les avancer, les reculer, ou les enlever avec la pincette, sans éprouver la moindre difficulté.
Nous avons en outre fait fabriquer des coupelles assez petites pour pouvoir passer de front, dans les mêmes moufles, deux et trois essais à la fois. Les fig. 19 et 20 représentent la coupe de nos moyennes et de nos petites coupelles.
Nous n'entrerons pas dans de plus grands détails siu" cet objet, parce que nous croyons qu'il est plus prudent de se servir de coupelles ordinaires, d'opérer toujours sur le gramme entier, et de ne faire par conséquent qu'un essai à la fois. U est cependant des circonstances où l'on pourrait, avec les petites coupelles dont nous venons de parler, passer en même temps deux, quatre, six ou trois, six, neuf essais d'or ou d'argent; mais il faudrait pour cela faire des essais au f , au ^, ou même au ^ de gramme, selon le titre des matières que l'on aurait à essayer, et ce ne serait pas toujours sans inconvénients , parce que les balances dont se servent ordinairement les essayeurs des bureaux de garantie,
sont rarement assez sensibles pour qu'ils puissent obtenir des résultats exacts en opérant sur de si petites quantités (i).
Des creusets à recuire les essais d'or.
Ces creusets se font avec la même terre et dans les mêmes moules que les creusets dont se servent ordinairement les essayeurs pour faire recuire les essais d'or. On leur donne seulement moins de hauteur, pour qu'ils puissent entrer facilement dans la petite moufle. La fig. 17 donne la coupe d'un de ces petits creusets. On ne peut en placer qu'un à la fois dans les petites moufles ; mais on en met aisément deux dans celles dont nous avons parlé, et qui ont un peu plus de profondeur.
Du plomb à essai.
Le plomb dont on doit faire usage est le même que celui qu'emploient ordinairement les essayeurs; il doit contenir le moins d'argent possible, et doit surtout être exempt d'étain et d'antimoine. On l'emploie aux mêmes doses qu'en se servant d'un grand fourneau à coupelle.
Des pinces et des brosses à essais, des bruxelles , des poids et des
balances.
Nous ne dirons rien de tous ces objets, qui se trouvent décrits dans le Manuel de l'essayeur, publié par M. Vauquelin. Le service de notre petit fourneau n'exige rien de particulier sous ce rapport.
Des pincettes.
Les pincettes dont on se sert pour placer dans la moufle et pour enlever les coupelles, doivent être fort petites et surtout assez minces pour que l'extrémité de chaque branche puisse passer entre les parois de la
(1) L'adminislralion générale des monnaies a pensé qu'il serait utile de procurer aux essayeurs de peliles balances assez exactes et coûtant cependant beaucoup moins cher que les balances d'essai ordinaires; elle a chargé M. Gandolfi d'en construire au meilleur marché possible; l'on pourra bientôt s'en procurer chez cet habile artiste, à l'hôtel de la Monnaie de Paris, pour la somme d'environ 200 francs.
Ces petites balances seront très-porlatives , contiendront la collection des poids d'essai, et trébucheront au millième de gramme.
moufle et celles de la coupelle. La fig. 1 1 représente la pincette dont nous nous servons (i). On l'emploie aussi lorsque l'on veut commencer l'essai , pour porter le plomb et l'argent dans la coupelle chauffée au rouge.
De la baguette de fer.
La petite baguette de fer que l'on voit représentée à la fig. 9, est un outil fort commode pour travailler au petit fourneau à coupelle. Elle sert à arranger le charbon dans le fourneau, en l'y introduisant par l'ouverture /, fig. 6 et 7. On s'en sert aussi pour nettoyer la grille et pour faire tomber les cendres dans le cendrier : il suffit pour cela de l'enfoncer dans le fourneau par la petite fente o, fig. 6 et 7, et de la promener horizontalement et avec légèreté à droite et à gauche sur toute la surface de la grille. Quand on a acquis un peu d'habitude, cette baguette de fer sert encore très-bien à avancer ou à enfoncer la coupelle de la moufle, même pendant que l'essai passe. On appuie doucement sa tige contre les parois de la coupelle, et en tirant légèrement à soi, ou en poussant, on fait tourner la coupelle, qui avance ou qui recule suivant le sens dans lequel on agit. Ce moyen est fort bon à employer, surtout quand on craint que le devant de la coupelle n'ait pas assez chaud ; en lui faisant faire ainsi un demi-four avec la baguette de fer, on ramène le derrière de la coupelle sur le devant, et on régularise le degré de chaleur. L'anneau que l'on voit à l'une de ses extrémités ne sert qu'à la tenir plus aisément et à la suspendre.
De la petite main servant à mettre le charbon dans le fourneau.
Cette petite main, qui peut être faite en tôle ou en ferblanc, doit avoir la forme des niaiits àonX. on se sert chez les marchands de tabac, etc., pour mettre le tabac en sac ou en cornets ; elle doit être assez évasée par le haut pour que le charbon qu'on y a mis puisse couler aisément dans le fourneau. La partie antérieure doit être assez étroite pour pouvoir s'engager un peu dans l'ouverture circulaire /, fig. 6 et 7, du dôme du fourneau. On en voit le plan et l'élévat-on latérale aux fig. 12 et i3.
(i) Cette petite pincette peut se faire facilement avec un fer à friser; il ne faut pour cela qu'aplatir et courber légèrement l'extrémité de chaque branche.
Du petit ringard.
Le petit ringard que l'on voit représenté fig. lo, sert à retirer les cendres qui passent à travers la grille et qui tombent dans le cendrier. Il n'a rien de particulier que sa petitesse : il est fait avec un fort fil de fer, dont on aplatit et dont on courbe une des extrémités. La boucle que l'on voit à l'autre bout sert à le suspendre à un clou.
Du combustible.
Le charbon de bois convient parfaitement pour chauffer le petit fourneau à coupelle; le charbon de terre n'y brûlerait qu'au moment où le fourneau, allumé depuis longtemps, serait monté à im assez haut degré de chaleur, et ce charbon aurait en outre l'inconvénient d'encombrer !a grille de mâchefer, et souvent même d'ébranler et de déplacer la moufle en se gonflant pendant la combustion du fourneau. Le charbon de terre épuré, que l'on connaît aussi sous le nom de coke, ayant été déjà chauffé au rouge, ne présenterait plus les mêmes inconvénients. Nous nous en sommes servis pour chauffer le petit fourneau, et nous avons vu qu'en prenant quelques précautions on pourrait faire usage de ce combustible. Lorsqu'on voudra s'en servir, il faudra commencer à chauffer le fourneau avec du charbon de bois ; n'y mettre du coke que lorsque l'intérieur du fourneau sera porté à la chaleur rouge et le tirage bien établi; et avoir soin surtout de dégager la grille de temps en temps, parce que les scories qui se forment l'encombrent plus promptement que ne le font les cendres de charbon de bois. Eu prenant les mêmes précautions , nous sommes parvenus à chauffer notre petit fourneau avec des escarbilles (i), et nous y avons pu faire ainsi plusieurs essais de suite; mais, dans ce dernier cas, la grille se bouche beaucoup plus vite, et ce n'est qu'avec peine que l'on parvient à en tenir les trous ouverts. Il suit de là qu'il faudrait se servir d'une grille de fonte, ayant les barreaux bien espacés, si l'on n'avait que des escarbilles à employer; mais la dépense en combustible est si petite, en se servant de noire fourneau, que nous croyons qu'il faut préférer la facilité du travail à une bien légère écono-
fi) On donne dans les fabriques le nom d'eacai/iiUe au chaibon de leire plus ou moins biùlé i|ui passe à travers les grilles, et qui tombe dans les cendriers des fours à réverbère, des fourneaux de verrerie, etc., etc.
mie, el que le coke et les escarbilles surtout ne doivent être employés que dans les lieux où le charbon de bois est trop cher, ou lorsqu'on ne peut pas s'en procurer. L'emploi du coÂe nous paraît au contraire avantageux, lorsque l'on veut donner à la moufle une très-haute température, et que l'on accélère la combustion dans le petit fourneau, en introduisant sous la grille un courant d'air rapide au moyen d'un ou deux soufflets, comme nous l'expliquerons dans le dernier chapitre. Mais lorsque l'on veut faire dos essais, et qu'on n'emploie que le tuyau de tûle pour activer la combustion, nous conseillons de préférer le charbon de bois à tout autre combustible.
Le charbon de bois dont on se servira devra être bien sec et réduit en petits morceaux, à peu près de la grosseur d'ime noix ; beaucoup plus petits, ils empêcheraient la circulation de l'air dans le fourneau; plus gros, il resterait trop d'espace vide dans le foyer, et la moufle chaufferait mal. On pourra souvent se dispenser de casser le charbon pour le réduire en morceaux de grosseur convenable : dans toutes les villes où il se trouve des dépôts de charbon, il y aura de l'économie à acheter le menu charbon des fonds de bateaux ou de magasin , qui a beaucoup moins de valeur que le charbon en gros morceaux : il suffira dans ce cas de séparer la poudre trop fine, au moyen d'un panier à claire voie; on conservera les morceaux qui n'y passeront pas, et la poudre fine, qui s'emploie aujourd'hui dans beaucoup de manufactures pour la décoloration des liquides, pour la purification de l'eau, pour la fabrication de la soude, etc., pourra être ensuite, ou revendue, ou employée à d'autres usages, comme poussier.