A L'ASSAINISSEMENT DES HOPITAUX
Lettrk à M. de la Hante, président de i administration des hôpitaux
de Lyon ( i ).
Monsieur,
Comme je vous l'ai dit dans le temps, vous avez eu une excellente idée en pensant à appliquer les principes de la construction des magnaneries salubres à l'assainissement des hôpitaux. J'étais bien convaincu que vous obtiendriez un succès complet en réalisant cette idée; mais je n'^en ai pas moins appris, avec bien de la satisfaction, l'heureuse réussite du premier essai de ce genre que vous avez tenté, et j'ai même donné immédiatement connaissance de votre lettre à l'administration des hôpitaux de Paris, pour que le fait pratique qui vous est dû soit bien connu et serve de point de départ dans cette grande amélioration. Quant aux renseignements que vous me demandez, les voici; je désire bien vivement que vous en soyez satisfait.
La théorie de la ventilation forcée repose sur des principes de physique usuelle très-simples et très-peu nombreux; malheureusement, il n'en est pas de même pour la mise en pratique de ces principes, car presque toutes les applications qu'on en peut faire sont des cas particuliers qui exigent une grande variété dé dispositions dans les appareils, et une grande intelligence pour le choix des moyens à employer.
On ne peut pas indiquer, à coup sûr, comment on ventilera les salles d'un bâtiment dont on n'a que les plans, car il y a un grand nombre de circonstances locales qui influent sur la direction des courants d'air dans chaque pièce. En pratique, les obstacles doivent être, avant tout, étudiés
(i) Annales d'hygiène, loine 27, p. 320. — Avril 1842.
- 5/i sur place, et ce n'est que lorsqu'ils sont bien connus, qu'ils peuvent être surmontés avec plein succès; voilà pourquoi les fumistes ordinaires, agissant au hasard, comptent tant de revers, et c'est à l'impossibilité de traiter par écrit de tous les cas particuliers qu'il faut attribuer l'état arriéré où se trouve encore l'application des moyens d'assainissement par ventilation forcée.
Il suit, Monsieur, de ce qui précède, que, pour mettre à exécution vos projets, il faudrait choisir un jeune architecte ou un jeune ingénieur instruit , bien capable , et voulant étudier tout ce qui a été publié sur les procédés de la ventilation forcée. Quand il serait bien au courant, il ferait les projets dont vous avez besoin; vous les soumettriez à l'examen d'une commission composée de l'ingénieur des mines et du professeur de physique qui habitent Lyon , et vous seriez ainsi assuré de faire pour le mieux dans chaque cas particulier où vous auriez à opérer. Cette marche n'est malheureusement pas aussi simple que cela serait à désirer; mais, faute d'hommes capables, tout formés dans cette partie, il faut de toute nécessité agir comme je l'indique, ou s'attendre à faire écoles sur écoles.
Dans le projet de ventilation forcée de l'hôpital Necker, que j'ai étudié l'an passé, mais auquel on n'a donné ici aucune suite, l'air arrivait jusque sous chaque lit, symétriquement et sans vitesse sensible ; il y avait en outre , à la tête de chaque lit , inie table de nuit fixe , servant de chaise percée, et où le pot de chambre éiait soumis à une ventilation continuelle qui emportait l'odeur au dehors, tout en contribuant à l'assainissement de la salle. Je vous engage bien à indiquer ce perfectionnement à la personne que vous clioisirez pour vous aider.
Je regrette bien d'être obligé de vous présenter la chose comme étant aussi compliquée; malheureusement, elle Test à présent, et elle le sera tant qu'il ne se formera pas une classe d'hommes capables qui voudront en faire leur spécialité. Les difficultés sans fin que j'ai éprouvées relativement aux ateliers de doreurs et aux magnaneries salubres , ne sont venues que de la non-existence d'hommes spéciaux, et je me résume en vous engageant à bien choisir votre ingénieur, et à vous aider en outre de la science, si vous voulez être assuré de n'avoir, en ce genre, que des succès bien positifs.
Agréez, Monsieur, etc.
D'Aecet.
Ce 3 décembre 1840.