‹ Collection de mémoires relatifs à l'assainissement des ateliers, des édifices publics et des habitations particulières, t. 1Chapitre 8 sur 77 · MEMOIRE · texte numérisé non relu

MEMOIRE

SUR L'ART DE DORER LE BRONZE AU MOYEN DE L'A^IALGAME D'OR ET DE MERCURE.

Ouvrage qui a remporté le prix fondé par M. Ravrio , et proposé par l'Académie royale des Sciences (1).

liapport fait à V Académie rujaîe des Sciences de r Institut de France , par M3I. Thenard, Vauquelin et Chaptcd , le 9 mars j8i8.

Feu M. Ravrio, fabricant distingué de bronzes dorés, a fait un legs de 3,000 fr., qu'il a remis à la disposiiiiMi de l'Académie pour être donné à celui qui trouverait le moyen de garantir les ouvriers doreurs de l'insalubrité des émanations du mercure.

La première année du concours n'a produit aucun mémoire qui ait pu mériter le prix , et l'Académie, en se conformant aux intentions de Ravrio, a dû le proposer pour la deuxième fois.

(i) L'histoire de ce travail se trouve tout enlit;re dans les rapports qui le précèdent et le suivent.

Depuis l'époque où M. D'Arcet remporta le prix proposé par Ravrio , l'application de ces procédés de venlilalion a clé exigée par l'autorité publique lors des demandes de permissions pour l'établissement des ateliers de doreurs au mercure.

Ce mémoire a été imprimé en un volume in-S°, chez madame veuve Agasse , en 181S ; l'édition n'étant pas épuisée, et ce voliune étant beaucoup trop considérable pour entrer dans notre collection , l'éditeur en a fait le résumé suivant , qu'il donne ici avec une planche publiée au bulletin de \a Socieié d'encouragemenc , tome iS, page iÇ)S. — 1S19.

Nous avons aujourd'hui à vous rendre compte de deux mémoires qui ont été remis au secrétariat de l'Institut. L'un a été inscrit sous le r.° i , et porte pour épigraphe ce passage de Sénèque : Faciamus meliora qucr accepinius, major ista hœreditas à me ad posteras transeat; l'autre, coté n" 2, a pour devise : Improhus labor omnia vincit.

Le mémoire n° 2 ne contient que la description d'un appareil qui n'a point été exécuté, et dont le modèle n'a pas même été déposé au secrétariat de l'Institut. Votre commission n'a pas cru devoir s'en occuper, attendu que le programme porte pour condition du concours que l'appareil proposé pour le prix soit en activité dans un atelier de doreur.

Le mémoire n" i a particulièrement fixé notre attention: non-seulement on y a joint des planches, mais on nous a soumis les modèles des appareils exécutés jusqu'à ce jour dans divers ateliers, et nous nous sommes assurés nous-mêmes, en visitant ces ateliers, que les ouvriers étaient à l'abri des vapeurs raercurielles, et que, depuis l'adoption de ces procédés, ils y jouissaient de la santé la plus parfaite.

Nous pouvons ajouter que ces perfectionnements ont été jugés si avantageux par les doreurs eux-mêmes, qu'ils s'empresseront tous de les adopter, et que, dans ce moment, il existe douze ateliers à Paris où l'on s'occupe de les introduire. Le préfet de police, qui en a pris connaissance, ne permet même plus qu'un doreur de bronze se déplace sans adopter ces méthodes dans son nouvel atelier.

Le procédé qu'on propose est tellement simple, qu'on doit être surpris qu'on ne l'ait pas employé depuis longtemps. Il consiste principalement à déterminer le tirage des cheminées par un fourneau d'appel, et c'est cette simplicité qui en rend l'adoption d'autant plus prompte, qu'elle n'entraîne presque aucune dépense. Ce procédé n'est même pas nouveau, puisqu'd est pratiqué, depuis plusieurs années, dans les laboratoires de l'hôtel des monnaies, où Ion s'est garanti complètement des vapeurs nuisibles par des moyens semblables. L'application seule aux fourneaux des doreurs appartient à l'auteur du mémoire; mais on ne peut pas nier que cette application ne soit d'une grande utilité et ne remplisse le but que s'est proposé M. Ravrio, surtout si l'on considère qu'il y a dans Paris plus de douze cents ateliers de doreurs, et que les nombreux élèves qiù y entrent en sortent presque tous perclus de leurs membres au bout de quelque temps

L'auteur du mémoire paraît avoir senti cette vérité, et l'on dirait que.

pour racheter aux yeux des savants le peu de mérite qu'il semble attribuer lui-même à l'heureuse application d'un procédé connu, il a embrassé son sujet dans une plus grande étendue que ne demandait le programme. Il a tiaité l'art du doreur dans tous ses détails, et il a apporté des perfectionnements dans presque toutes les opérations de cette importante industrie. C'est surtout ici qu'il fait preuve de connaissances étendues en chimie, et d'une grande habileté pour les appliquer aux arts. Nous nous bornerons à présenter ce qui nous a paru mériter le plus d'attention.

Il résulte des nombreuses expériences de l'auteur, que l'alliage le plus propre à recevoir la dorure est celui qui est composé de 82 parties de cuivre, 18 de zinc, 3 d'étain et i 1/2 de plomb, ou 82 cuivre, 18 zinc, I élain et 3 plomb.

Il détermine ensuite le titre que doit avoir l'or pour être utilement employé à former l'amalgame , et fait connaître les mauvais résultats qu'on obtient lorsqu'il est allié d'argent ou de cuivre.

Il instruit les doreurs sur la manière de purifier le mercure pour le rendre propre à former un bon amalgame.

L'auteur prescrit ensuite la meilleure méthode que les doreurs puissent employer pour former l'amalgame, et détermine les proportions dans lesquelles l'or et le mercure doivent y entrer. Ces proportions varient suivant la quantité d'or qu'on veut laisser sur le bronze. L'ouvrier fait en giméral son amalgame avec 8 parties de mercure contre

I d'or; mais l'analyse lui a prouvé que l'amalgame varie, chez les doreurs, depuis g parties pour 100 d'or jusqu'à 33, et depuis 67 de mercure jusqu'à 91.

L'auteur du mémoire décrit avec beaucoup de détails l'art de recuire et de décaper les bronzes, qui forment les deux premières opérations du doreur. Il en donne la théorie, et y apporte des améliorations sensibles.

II fournit les moyens de se garantir des exhalaisons métalliques que produit le recuit, et des vapeurs acides qui se forment pendant l'opération du dérochaçe.

En appliquant l'amalgame sur le bronze bien décapé, à l'aide d'un pinceau de fils de laiton trempé dans l'acide nitrique, l'ouvrier était condamné à respirer des vapeurs qui altéraient sa santé. L'auteur propose de substituer à cet acide une dissolution de nitrate de mercure qui produit le même effet, et que nous avons vu employer sans danger pour l'artiste. Il a pourvu lui-même les ateliers de cette préparation , et il

décrit les moyens de la faire. Il indique ensuite les précautions convenables pour que le maniement de l'anialgame n'altère point la santé des ouvriers.

Lorsque la pièce est couverte d'amalgame, il suffit de l'exposer au feu pour volatiliser le mercure, et cette opération est la plus dangereuse par rapport aux nombreuses A-apeurs mercurielles qui se dégagent. C'est pour obvier à ce danger que l'auteur du mémoire a fait construire des fourneaux d'appel dont le tuyau monte environ au tiers de la hauteur de la cheminée du doreur. Ce fourneau détermine un tirage très-rapide, qui entraîne au dehors toutes les vapeurs. On utilise le feu de ce fourneau en plaçant dessus une chaudière, un bain de sable , ou le poêlon contenant le mat. L'effet de ce fourneau est tel, que la fumée qu'on fait au milieu de l'atelier se dirige directement vers l'ouverture de la cheminée, et dans les visites que nous avons faites, nous n'avons senti aucune vapeur mercurielle, quoiqu'on travaillât sous nos yeux à décomposer l'amalgame.

L'auteur enlie ensuite dans tous les détails qui constituent la partie de l'art dans laquelle on brunit la dorure, on la met au mat, on lui donne la couleur d'or moulu, et d'or rouge ; il décrit avec soin toutes ces opérations, en perfectionne quelques-unes, et donne les moyens de se garantir du danger que présente surtout la mise au mat.

On trouve encore dans le mémoire un moven fort simple pour ramasser le mercure qui se volatilise; il consiste à chauffer les pièces couvertes d'amalgame dans une caisse , et à pratiquer un conduit cylindrique sur la paroi opposée à l'ouverture, lequel s'élève au haut de la cheminée et redescend sur un baquet rempli d'eau , où le mercure doit se condenser.

L'auteur termine son mémoire par la description de procédés aussi simples qu'ingénieux : \° pour enlever l'or de la surface des vieux bronzes et des pièces dorées mises au rebut ; 2° pour exploiter les cendres et déchets d'atelier provenant du travail de la dorure sur bronze; 3° pour traiter les eaux du dérochage, les eaux blanches, celles du tonneau à mettre au mat, les cendres de la forge, celles du fourneau à mettre au mat, la boue du baquet à gratte-bosser, la suie des cheminées, les balayures d'ateliers, etc.

En un mot le mémoire qui a été soumis à notre examen nous paraît présenter le traité le plus complet que nous possédions sur l'art du doreur sur bronze : il mérite d'entrer dans la belle collection des arts et

métiers qu'on doit à l'Académie , et nous proposons de décerner à l'auteur le prix fondé par M. Ravrio.

Signé TiiEtfARD, Vauquelin, Chaptal, rapporteur.

L'Académie approuve le rapport, et en adopte les conclusions.

Certifié conforme à F original.

Le secrétaire perpétuel, chevalier des ordres royaux de Saint-Michel et de la Légion-d'Honnenr.

Delambre.

Page 1