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La nouvelle ëgli« était achevée en 1096, Les religieux y transportèrent alors les restes de saint Eutrope, les laissèrent pendant quelques jours exposés à la vénération des fidèles, puis les déposèrent en grande pompe dans la crypte où l'on a, de nos jours, retrouvé son tombeau, dont la trace était perdue depuis plusieurs siècles.
Deux villes se partagèrent particulièrement le culte de saint Eutrope î c'était tout d'abord Saintes, puis Vendôme, o{i une partie des reliques du martyr saintongeois avaient été transportées au X? siècle.
L'historien Vinceht de BeaUvais, qui écrivait au XIIP Siècle, fait mention de la dévotion dont était l'objet, de son temps, le corps dé saint Eutrope, et des miracles qu'il opérait chaque jour, t Buper B. Eutropil corpus in gens Basilîca fabricatur in qua cunctis morborum generibus detenti crebro liberantun • Mais, ni chez cet auteur, ni dans les vieux bréviaires saintongeois, nous ii'avons rencontré aucun fait qui rende raison du pendu adossé ici au martyre de l'évêque.
En 1269, Alphonse, comte de Poitou, faisait, au prieuré de Saint- Eutrope de Saintes, une fondation de vingt livres de rentes pour entretenir un cierge allumé devant le corps du saint martyr. Cet acte de fondation fut renouvelé ensuite et confirmé par divers rois de France, au nombre desquels on ne doit pas être surpris de trouver Lotus XI, dont le nom est partout où il y avait une dévotion fort populaire. Le roi, dans ses lettres de confirmation de ladite fondatioU) de l'année 1478, y témoigne de la grande affection qu'il a eue de tout temps « au glorieux évêque et ami de Dieu, monseigneur saint Eutrope \ s
* Recueil des pièces relatives à la reconnaissance des reliques trourées dans rôglise souterraine de Saint-Eutrope de Saintes, en 1843, 2« partie, p. 18.
Ea 1 562, François Nouet, prieur du monastère de Saint-Eutrope, fuyant les calvinistes, se sauva à Bordeaux, emportant le chef du saint. Nouet mourut à Bordeaux, et le chef de saint Eutrope fut tendu, en 1602, par rarchevêque cardinal de Sourdis, àTévêque de Saintes, Pierre de La Courbe.
Nous en avons dit assez pour justifier Texistence de l'enseigne de pèlerinage présentée en tête de cet article. Le type principal, oii Ton reconnaît le martyre de Tapôtre de Saintes, est déjà tout expliqué. Quant au revci-s, où Ton voit un pendu, toutes les conjectures du monde ne vaudraient pas un fait bien constaté (au moins comme conviction populaire) . Ce n'est pas de l'imagination qu'on nous demande, apparenmient , mais de l'histoire. Un franc aveu d'ignorance sera donc mieux accueilli qu'une convention risquée, si plausible qu'elle soît. Or, il nous faut confesser que nos recherches à ce sujet sont demeurées sans résultat, quoique nous ayons eu recours, en dernière instance, pour la solution du problême, à des Saintongeoisj qui nous paraissaient plus particulièrement en mesure de le résoudre. La publicité que recevront ces lignes aura sans doute de meilleurs résultats que n'en ont eus nos démarches antérieures, et nous offrons d'avance le témoignage de notre gratitude à celui qui voudra bien nous donner le moyen de combler cette lacune regrettable.
Au moment de mettre sous presse, une lettre de M. l'abbe Lacurie nous apprend que saint Eutrope était particulièrement célèbre pour l'aide qu'il prêtait aux condamnés. Mais le savant chanoine ne connaît pas de fait particulier qui se rapporte à notre pendu.
SlINT EUTROPE.
TASIÉTÉ.
Ce fragment d'enseigne représente les mêmes scènes que la précédente, mais c'est un peu plus moderne et peutrêtre même du XV siècle.
La hache dont se sert le meurtrier du saint est dessinée d'une manière plus ample. Quant aux lettres qui restent de la légende, elles faisaient sans doute partie des mots :
S. EVT (rope de Saint) ES.
Trouvé au pont d'Arcole, en 1862.
SMNT GILLES.
Saint Gilles a vécu en Provence, dans un endroit où s'est élevée depuis la petite ville qui porte aujourd'hui son nom, et qui fwt maintenant partie du département du Gard. Ses reliques y étaient l'objet d'un pèlerinage dont la renommée s'accrut par la beauté de l'église consacrée à ce saint.
Sous Philippe le Bel, quand Nogaret, par ordre du roi, eut mis la main sur le pape Bonifaee YIII(i303)et, parces motifs, eut été
excommunié, il n'obtint l'absolu tion de Clément V, en 1311, qu'à diverses conditions, au nombre desquelles se trouvait l'injonction, pour pénitence, de divers pèlerinages en France, d'un voyage à Saint-Jacques de Compostelle et d'une croisade au Levant. Le pèlerinage à Saint-Gilles de Provence est désigné panni ceux que Nogaret devait accomplir pour son expiation. (Leroy, Histoire de Notre-Dame de Boulogne.)
Dans les articles préliminaires d'un traité de paix fait, en 1316, entre Philippe, comte de Poitiers, régent du royaume de France, et Robert, comte de Flandres, il était dit que le fils aîné de ce dernier accomplirait les pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle, de Notre-Dame de Vauvert, de Notre-Dame du Puy et de Saint-Gilles en Provence. (Recueil des traités de paix d^ Amsterdam, 1701, tome ?', p. 169.)
Saint Gilles, représenté debout, couvert d'une chasuble garnie de traits, comme tout l'ensemble, tient de la main gauche une crosse, pour indiquer qu'il devint abbé. Mais à l'époque que rappelle notre enseigne, il était tout simplement ermite ; et voici, d'après la légende, l'explication du petit animal qui se dresse à la droite du saint ; à sa gauche, une espèce d'arbuste qui indique un buisson.
Saint Gilles naquit en Grèce d'une famille illustre. A la mort de ses parents, il distribua tout son patrimoine aux pauvres, quitta sa patrie et vint à Arles, en Provence, auprès de saint Césaire, Après être resté quelque temps avec lui, il se retira dans une solitude proche la rivière du Gard. Quelques années plus tard, il entra pins avant dans le désert, et « y trouva une caverne, une petite fontaine et une biche qui avait été sans doute destinée de Dieu pour lui servir de nourrice, et qui lui donnait du lait à certaines heures. Et comme les serviteurs du roi allaient chasser, ils virent
la biche et la suivirent avec leurs chiens. Et, quand elle fut entourée de tous côtés, elle se réfugia auprès de celui qu'elle nourrissait, lequel fut tout étonné de voir qu'elle se cachait plus qu'elle n'en avait coutume. Et alors il sortit, entendit les veneurs et pria Notre- Seigneur que, puisqu'il lui avait donné cette biche pour nourrice, il ne la lui ôtât pas. Et alors aucun chien n'osa approcher de la distance d'un jet de pierre ; mais ils aboyaient ensemble et retournaient vers les chasseurs. Et la nuit vint, et le jour suivant ils retournèrent au même endroit et ne virent plus rien. Et quand le roi l'apprit, il eut soupçon de ce qui en était, et y alla avec l'évêque et une grande multitude de chasseurs. Et les chiens n'osèrent approcher et environnaient le buisson, qui était si plein de ronces, que l'on n'y pouvait entrer, et on lança au hasard une flèche pour faire sortir la biche, et ce trait fit une grande blessure à l'homme de Dieu qui protégeait la biche. Alors les cavaliers se frayèrent un sentier avec leurs épées, et approchant de la caverne, ils virent un vieillard vêtu d'un habit de moine et d'un aspect vénérable, et la biche couchée auprès de lui * . *
Plus tard, le roi ChUdebert lui fit bâtir un monastère de religieux qui priaient continuellement Dieu pour lui, et dont le saint prit la conduite. Après y avoir exercé les fonctions d'&bbé pendant quelques années, il mourut vers le milieu du VI* siècle.
Ce plomb, qui nous semble appartenir au XII' siècle, porte cependant toutes les traces d'un art roman populaire qui persista longtemps dans nos provinces du midi, et ressemble assez, dans sa rudesse, à plusieurs monnaies du XP au XIP siècle.
Cette enseigne a été trouvée au Petit-^Pont, en 1862*
^ Voir Ia Légende dorée.